Clair obscur

Publié le par Juliette



Je revois mon psy demain et mon cerveau est une cocote minute.
Je suis en colère contre lui. J’ai beau réfléchir à comment a commencé la crise de vendredi soir qui a duré jusqu’à dimanche soir, je crois que je me leurre un peu en pesant à la cause que j’envisageais.
C’est vrai vendredi soir, j’étais stressée, je devais faire quelque chose qui m’angoissais et m’excitais tout autant - et s’est trouvé devant moi un distributeur.
Je me suis enfilé un paquet de bonbons puis jusqu’à ce qu’il ne reste rien dans mon porte monnaie 3 barres de crunch que j’ai mangé honteusement dans les couloirs cachée.
J’avais un besoin de sucre pour m’accompagner et en même temps il me fallait du sucre parce que je ne pouvais pas me permettre de m’écrouler ce soir-là. Il fallait que je tienne debout, que je tienne le coup.
On est sorti ensuite avec des amis et là, il y avait des biscuits apéritif, j’ai engouffré… J’ai même avalé des chips. Je croyais que je ne me calmerai plus, je mangeais devant et au milieu de tout le monde. Je me détestais et pour me calmer, pour me « punir », pour arrêter ça j’ai mis un bout de pâté sur du pain que j’ai mangé en tournant le dos aux autres pour qu’ils ne voient pas ma grimace.
Je déteste ça, l’odeur et le goût me révulsent. C’est un mélange de toutes les merdes de cochons. Tout les restes les plus ingrats et les crades mélangés à du gras.
Samedi, je voulais continuer, ou peut-être me punir de la veille. C’était la crise ou les coupures, j’ai choisi la crise et à vrai dire je regrette, les coupures font moins mal et ne font pas grossir.
J’ai moins honte de moi après ça, sauf dans le métro quand on est agrippé pour se tenir, la manche qui se relève, des yeux face à votre poignet qui dévient leur regard pour observer votre visage et vos yeux baissés par la gêne.
Dimanche j’avais un manque, un besoin de sucre. Le sucre de la veille appelait le sucre…

Aujourd’hui je réfléchis et je me demande si cette crise, enfin ces 3 jours de crises étaient dus à une première compulsion, la première bouchée qui entraîne le monticule de bouffe ou si c’était une crise à retardement après la consultation vide de sens et forte en émotions, chargée de colère et décevante que j’ai eu mercredi dernier.
Il faut que je lui parle, que je lui dise que son petit coup de provocation était bien trop risqué, trop hasardeux et que je n’avais pas encore la force d’endosser ce genre de réflexion, ni la force de les supporter, de ne pas réagir.

Je ne comprends pas ce qu’il attend de moi.
Je voulais savoir, je voulais entendre : anorexie ?

Voilà, je ne sais plus où j’en suis et je commence à en avoir assez des réflexions par ci, par là, de ces « analyses » débiles que j’appellerais « jugement hâtifs » (pour être polie) venus même du corps médical.
J’en ai assez d’entendre de la part d’amis ou de la famille pourtant au courant de ces problèmes :
« wahou, bravo pour ton régime ! »
« continue comme ça ! »
« mais comment tu fais ? » et le meilleur : « je suis fière de toi »

Marre d’entendre de la part de médecins divers et variés :
« oui, mais faites attention à l’anorexie, vous vous souvenez ? »
« faudrait pas que vous fassiez de l’anorexie non plus »
« dites donc c’est spectaculaire ! bravo ! »
« vous savez, vous craquez souvent, vous pourriez faire de la boulimie »
« mais vous êtes anorexique là »
« vous êtes en malnutrition »
« non, quelle idée, pourquoi vous seriez anorexique ? »
Le couplet de l’anorexique trop grosse pour être anorexique me fatigue…
C’est vrai j’ai pas 12 d’IMC, mais je commence à avoir mal au corps et à la tête.

Assez d’entendre ma mère dire :
« mais qu’est ce que c’est que cette invention encore ? »
« tu t’es jamais fais vomir à la maison voyons ! Je t’ai jamais entendu ! »
« c’est juste une question de fatigue de moral, vas voir un acuponcteur, faut pas croire que tout vienne du cerveau et du mental non plus ! » (celle-là, elle date d’hier)

Et puis les personnes qui me disent que je suis anorexique, la plupart du temps sont elles même anorexiques.
Je comprends ce qu’il se passe, mais je n’arrive pas à l’admettre.
En fait je suis une petite fille capricieuse, une sale gamine à qui on a toujours demandé plus, qui a provoqué avec son comportement alimentaire, une petite fille qui ne sait pas s’exprimer et qui parle avec son corps !
J’ai soif d’une reconnaissance, et je ne sais plus qui je suis, je ne comprends plus rien.
Depuis toute petite j’attends de mes parents qu’ils me disent : « c’est bien, je suis fière de toi » et j’entends tout le temps, même encore hier « oui c’est bien mais… et mais… et… faut faire ça… tu devrais… faudrait plutôt… ».

Me sortir « d’un sens tant mieux si vous mangez peu, vous vivrez plus longtemps », c’était pas très malin de la part de mon psy.
Il y a eu un autre truc, je lui disais que je voulais bazarder ces études que j’avais entrepris juste pour avoir l’air intelligent alors que je me suis ridiculisée, je voulais reprendre des cours mais par correspondance, essayer une autre matière, cette fois quelque chose qui me plaise.
Mon cerveau marche depuis que l’épilepsie n’est plus d’actualité et j’aimerai bien lui donner sa chance.
Je parle à mon psy du fait que j’aimerais faire psy. Je voulais savoir ce qu’il en pensait.
Il trouve ça très bien, il m’encourage, il me demande où j’en suis dans ces démarches. J’ai cru entendre ma mère, c’était juste l’idée pour l’instant.
Il me dit « pressez vous, faites vite, faite le… »
Je lui dis « faite pas ça s’il vous plait, ça me rappelle ma mère qui me met la pression et je voudrais pas avoir le même mécanisme à savoir, ne rien faire justement »
Et il me répond « bon et bien alors ne le faites pas, qu’est ce que vous voulez que je vous dise ? »

Je suis restée blême, en fait je suis restée « sur le cul ».
J’étais toute déboussolée, j’avais l’impression qu’on se moquait de moi.
Je n’ai rien comprit à cette séance, pas reconnu le psy que je connaissais, je baignais dans le flou.

Je ne sais pas quoi faire, quoi dire, comment m’y prendre. Est-ce que je dois lui en parler ? J’ai une telle envie de lui dire qu’il a été assez minable la semaine dernière !
Je n’ai pas la carrure pour supporter d’autres consultations pareilles.

Surtout cette semaine, une copine m’avait proposé un boulot, elle me proposait de la remplacer pendant qu’elle partait en vacances en me disant « tu me sauverais la vie » « en plus une personne en qui j’ai confiance… »
Elle devait me donner les dates. Deux semaines se passent et je vais lui demander où elle en est, si elle a trouvé quelqu’un.
Elle avait fait preuve de tellement d’enthousiasme, de sourires et d’entrain que je n’osais plus lui demander directement comment ça allait se passer, je ne voulais pas avoir l’impression de profiter d’elle. Elle avait l’air tellement convainquant que je pensais qu’elle allait revenir à moi.
Je l’ai vu dimanche, je lui ai demandé, elle m’a répondu qu’elle avait trouvé quelqu’un finalement, c’était bon. Une claque.
Puis m’a dit « comme tu venais plus me demander… »
Et moi en mode automatique : « oui, je suis désolée j’osais pas… »
Et elle : « non, non t’as pas à être désolée, je ne suis pas venue te revoir non plus, j’ai prit quelqu’un d’autre et c’est moi qui t’en ai pas reparlé.. »
Seconde claque…

Et cette diététicienne de Sainte Anne toujours injoignable, toujours absente. J’ai dû appeler une vingtaine de fois hier et aujourd’hui !
Et ce psy qui me stresse !
Et cet endocrinologue que je vais voir jeudi !

Et cette faim qui me tiraille le ventre et ces obsessions qui disent à ma tête de ne pas répondre à mon corps ! Et moi au milieu qui tourne la tête dans tous les sens !



Publié dans Au quotidien

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Emma 04/08/2007 04:09

Waouh, déjà 5 commentaires sur l'article du jour, ta vie est suivie, je ne sais pas si ça t'aide, en tous les cas c'est impressionnant. Il faut dire aussi que ton blog présent l'attrait indéniable d'avoir une fenêtre d'ajout de commentaire s'ouvrant naturellement dans une fenêtre réduite, permettant ainsi une relecture complête (ou pas... ^^) de ton article. Classe. Chic. Enfin bon, c'est le détail très classe qui m'a persuadé de laisser un commentaire moi aussi, rien que pour le défi de me démarquer sinon. Je suis un monstre, je sais, et les choses sont bien pires encore quand je sais que je me reconnais parfaitement dans chacunes des définitions de ton article sur les dépressions... Si tout le monde était fou, personne ne le serait, sur ce principe l'on peut dire que je suis parfaitement heureuse et que je n'ai aucune TCA ! Oh, joie, dieu, tu as entendu ma prière (je dois avouer que, sur le même principe également, je lui ai demandé, après deux verres de vodka black (ça t'assome vite ce truc là :D Et avec des mentos ? Tu connais ? ^^), si éventuellement ou hypothétiquement, il pourrait rendre le monde entier obèse, si, par malheur, il ne pouvait moi me rendre mince. Sans mieux et sans TCA, plus aucune raison d'être pro-ana ou de se distinguer. Mais bon, passons à ton article parce que je ne doute pas que mon commentaire va s'éffacer à un moment ou à un autre - c'est fou le nombre d'erreur de manip que je peux faire - alors autant que le commentaire perdu soit le plus petit possible. Ou le moins grand. C'est dépressif comme point de vu ça ? C'est comme voir le verre à moitié vide ? ^^ Ton psy tient une place très importante dans ta vie, je le comprends, mais vu ses reflexions de parfait conn*rd, il n'a pas l'air de vouloir être la raison de vivre de chacun de ses patients. Ne pas se sentir unique, ne pas être reconnue pour ses valeurs, c'est vraiment affreux je trouve. Ca te vide une vie... Grosse crise, y a t-il besoin de mettre un nom ? Les TCA, tu en as, c'est évident, cela doit être bien frustrant de voir les autres les dénigrer. De mon avis, il n'est pas besoin d'être maigre à l'extrème pour être ano (d'ailleurs, de l'anorexie restricitve à mentale, il y a des différences qui fond que le poids n'est pas le même), tu es donc anorexique tout autant que boulimique, comme tu le dis. La crise, ça n'a pas du être une partie de plaisir, évacue ça demain, mais n'oublie pas de dire à ton psy qu'il a "été nulle la semaine dernière", parce qu'avec le choc que ça va lui faire, et si tu restes effectivement pour lui laisser le temps de réagir, les choses vont bouger, enfin... Enfin c'est ta vie, mène la comme tu le sens, tu es la première concernée. (d'ailleurs je trouve ça nul que les TCA soient causées par son entourage... Leur donner le copyright de l'incidence alors qu'ils ont déjà toute leur importance... ça nous efface, ça brise une vie. On ne se doit même plus notre maladie ! Ou va le monde ? Mais là non plus, nou n'y pouvons rien.) XDDD le pâté. Ma pauvre, le masochisme est à son comble, cela parait dérisoire mais en même temps c'est profond, superbement bien écrit ^^ Marre des proches qui ne reconnaissent pas la maladie, et des "professionels" (ironie ? oui :P) qui la voient sous un mauvais jour... C'est à se demander ce que l'on veut, c'est flou, c'est dur. Courage à toi. En tous les cas tu es dépréciée de façon atrôce. Ton enfance a du être mouvementée... Cela se poursuie avec une super copine ! Génial (ironie, là aussi.), et puis la diététicienne qui se la joue solidaire... "Et moi au milieu qui tourne la tête dans tout les sens !" --> respect, absolument, et, non, ce n'est pas ironique. J'ai beaucoup aimé te lire, c'est un plaisir, bien écrit, bien tourné, avec un sujet des moins banals pour lequel on se prend d'affection. Une note ? Nooon, les profs et moi, ce n'est pas ça. Nos rapports d'amour s'arrêtent aux notes et aux bonnes remarques du bulletin. Ensuite, tu as lu Werber, les fourmis ("la révollution des fourmis", il me semble, le tome 3 de la trilogie ?) ? Dans ce même bouquin, l'encyclopédie du savoir relatif et absolue déclare que toute personne souhaite exercer un métier en rapport avec les problèmes qu'il a eu dans son enfance. Atteinte de TCa, tu souhaites faire psy, un garçon ayant reçu une greffe du coeur, médecin, ect... On ne se doit plus rien à sois même, c'est affligeant, quand même la maladie devient banale, qu'est-ce qui est donc à même de communiquer notre détresse ? (sans choquer les habitués des services en communs aux heures de pointe ^^) Fais comme tu le sens, mais il paraîtrait que les bancs des écoles psy sont le squat des étudiants en mal d'orientation, et donc surpeuplées... Les cours par correspondances seront peut-être interessant, mais les débouchers seront peu nombreux. D'ailleurs je sus sûre que si ton psy est resté évasif jusqu'à la nullité absolue, c'est parce que c'est un sale frustré de la vie qui regrette son orientation. Qui sait ^^ Courage ^^ Ta vie est plus palpitante que celle des autres, si cela peut te consoler de quoi que ce soit , je te souhaite beaucoup de bonheur for the moment. See ya later ! =] Emma.

sur le fil 05/07/2007 07:42

Juliette,
J\\\'aurai eu envie de te repondre hier soir car tout ce que tu dis je le ressens de la meme maniere...Je penserai a toi pour ce rdv. J\\\'espere qu\\\'il sera fructueux. J\\\'ai egalement un rdv auj... mon dernier essais de medecin...Ne te rends pas rsponsable de ce qui t\\\'arrive, je t\\\'en prie...Courage a toi.
A ce soir

Hunter 04/07/2007 20:49

Bonjour Juliette, cela fait quelques semaines que je te lis, j'ai d'ailleurs pioché chez toi l'idée de la phrase-thème chez le psy, je suis trop perdue si je n'écris pas tout de suite après la consultation.Je suis étonnée par sa phrase...voir même choquée, comment un psy peut répondre de cette façon là??!En tout cas ne te fie pas à ce qu'il dit, l'essentiel c'est de chercher quelque chose qui te plait dans la vie, après peu importe, c'est toi et toi seule qui décide.Je comprends ta déception pour l'histoire du job avec ton amie, c'était tellement important à tes yeux!!!Ne t'en fais pas, tu trouveras quelque chose à ta mesure.Bon courage

Elodie 04/07/2007 18:23

Tu ne vas pas bien, c'est indéniable.Après...Comment dire. En lisant ton article, j'ai l'impression que tu ne sais plus trop ce que tu es, ni ce que tu veux, ni ce que tu veux entendre. Résultat: ce que te disent les gens te blessent sans cesse Et doublement du fait de ta sensibilité.L'impression aussi d'une énorme colère en toi. Contre qui exactement? A cause de quoi? Ca non plus, tu ne sembles pas trop le savoir. Ou, parce que tu l'as réprimée trop longtemps, tu ne sais plus. A moins que ce soit contre des événements que de toute facon tu ne pouvais pas maîtriser? Dans tous les cas, puisqu'à un moment ou un autre, il faut que cette violence se déchaîne, c'est contre toi que tu l'exerces. Mais vu que ce n'est pas la bonne "victime", bien sûr que cette colère ne s'apaise pas, et gonfle de nouveau.Et de facon plus archaique, l'un des facteurs contribuant à tes crises est bien sûr aussi la faim due à ta faible alimentation au quotidien. Ca n'aide pas.Je ne dis pas qu'il s'agisse là d'une analyse juste et exacte, je ne suis pas psy, hein! Simplement un commentaire sur l'impression que m'a laissée la lecture de ton article.En tout cas, je te souhaite de trouver un jour l'apaisement. Accroche-toi à l'idée qu'il n'est jamais trop tard pour guérir. Bon courage!

Dolores 04/07/2007 12:23

Et voilà comment je me suis retrouvée en Droit pour un an, sauf que...pour la première fois de ma vie je parvins à m'opposer à cette direction qui n'était pas mienne !! Je ne me suis pas présentée aux examens du second semestre. J'ai prévenu mes parents mais j'ai attendu un long mois avant de redescendre pour les voir !! Je flippais comme une malade. Et pourtant !! Moi qui pensais entendre maintes remontrances et autres réprimandes, cet acte les à fait réagir !! Enfin surtout ma mère car mon père...un peu absent, même si il était le premier à trouver que juriste était une belle étiquette pour sa fille !
 

Frustrée de n'avoir pu passer un bac littéraire, je crois que j'ai voulu réparer la blessure. J'ai ainsi passé une maîtrise de lettres modernes, pour aujourd'hui finaliser un master 2 en communication. Un excellent feeling est passé entre mon directeur de recherches et moi et il m'a proposée de tenter une formation en master pro "sémiologie et stratégie", complétant ainsi mes compétences, ce master m'ouvrira les portes dans le domaine de la publicité, marketing, chargée d'étude.
 

Voilà je suis désolée de prendre tant de place pour te répondre, je ne savais où répondre, ici ou sur mon blog ? Un mail aurait peut-être été préférable mais je n'ai pas de moyen de te contacter plus intimement. En tous les cas si de ton côté cela t'intéresserait qu'on apprenne à se connaître un peu plus, sache que je suis ouverte. Et toi quel fut ton parcours, il me semble tu as fait prépa non ?  La vie ne fut pas tendre avec toi, tu possèdes une belle force en toi. Ah en parlant de ça, c'est ton ascendant qui effraie !! Les scorpions ont mauvaises réputations, à juste titre peut-être, on peut parfois se montrer impitoyable ;)
 

Sinon je pense qu'il faut que tu dises à ton psy qu'il t'a 'trop' secouée, personnellement le mien m'a déjà beaucoup énervée, à cette époque je m'étais même vengée sur une brioche ce qui était énorme alors qu'aujourd'hui si seulement je pouvais m'arrêter à cela...
 

Il est important que tu exprimes clairement à ton psy ce qui est monté en toi et pourquoi. Ce que tu as pu ressentir sinon la situation restera bloquée car toi tu ne seras plus apte à échanger, à t'ouvrir. Voilà je te souhaite beaucoup de courage et j'ai hâte de lire les résumés de tes entretiens ;) A très bientôt. Gros bisous et prends soin de toi ! Et encore merci pour ton touchant commentaire !