un peu de rien

Publié le par Juliette




« Oh mais je vous dis félicitations ! C’est pour quand ? »
La garce, elle regardait mon ventre. « c’est pour mi-décembre !! »
Ben quoi ?! Je n’allais pas lui dire que je n’étais pas enceinte, mais faite de gras, pas envie de m’humilier un peu plus et puis j’en profite, on me félicite si peu !
Ca m’apprendra surtout à m’habiller comme un vieux sac, à mettre des trucs amples, à profiter de la mode et d’avoir plein de hauts qui serrent en haut et sont très amples sur le ventre, le genre de robe de grossesse, moi je les utilise pour tout cacher, finalement, ça en montre plus que ça ne le devrait.
Toute perdue et souriant nerveusement, je vais voir une des filles qui bosse avec moi. J’aurai jamais dû.
« Mais oui, mais t’as prit, t’as grossi depuis cet hiver, quand tu étais venue travailler ici en janvier t’étais beaucoup plus fine, t’as bien prit 5 kilos non ? »
« non, j’en ai prit 12 », c’est même pas vrai, tout ça pour en venir à attendre :
« ah oui ??!! ah ça se voit pas je t’assure, on voit juste un peu, mais on pas l’impression que t’as prit tant de poids ! »
Ah, bien quand même, espèce de vipère !

Vient ma pause-clope, j’appelle une amie.
« moi je trouve pas que tu aies grossi, au contraire t’as maigri, on voit vraiment rien, bon d’accord, je vais être honnête, t’as plus les mêmes joues toutes creuses que cet hiver, passé un temps tu faisais peur, t’avais le visage vraiment creusé. »

Toute perdue, je pleure comme une gamine capricieuse, sur un tas, sur un corps, sur cette masse aussi dysfonctionelle que ma tête tellement je l’ai détrui et je me rend compte une fois de plus qu’alors que je vante les mérites du clean depuis plusieurs jours, que je savoure ces derniers jours sans crise que bien, finalement, j’adore avoir l’air morte, je me met à pleurer et à rager quand on me dit que j’ai bonne mine et que j’ai reprit des couleurs, que j’ai l’air plus en forme…

Une semaine sans crise, un jour avec, mon rendez-vous hebdomadaire avec * elle * le dimanche.
Contre celui-ci, pour l’instant, je ne peux rien, mais rien dans la semaine, pas de crise et encore mieux : je mange à midi. Toujours le même rituel, un rouleau de printemps et une pomme.
Même rouleau, même pomme.
Je ne mange toujours pas seule le soir, ça se fera peut-être un jour, qui sait, ça évolue, je ne perds pas espoir, mais pour l’instant, seule et bien je ne digère pas.
Des progrès, des progrès et pourtant toutes ces crises d’angoisse, tout le temps toute la journée, j’en ai marre. Je crois que j’apprends à vivre avec.
Peut-être que je suis maso et que c’est parce que je suis encore bourrée de troubles anxieux que j’arrive à me calmer sur la bouffe, j’en ai la conviction, sans angoisses, mon petit cerveau dégénéré s’ennuierait et serait capable de chercher les crises pour s’occuper, pour se trouver une bonne raison de se lamenter. Je me demande si je ne suis pas un cas perdu.

Ma Julia, j’avais pas relu ce que j’ai écrit, je le fait jamais parce que sinon, « c’est trop nul, faut effacer, faut refaire, faut blablabla et finalement, rien ne reste, rien ne s’écrit » alors pour « couper la chique » à mon cerveau perfectionniste, je prends les devants, je tape sur « publier » et hop, on en parle plus !
En lisant les commentaires, j’ai lu qu’on me traitait d’adulte, je me suis relue, « oh que c’est nul et plein de fautes, je les corrigerais même pas, sinon j’effacerai tout, tant pis, je resterai un brouillon, tant mieux je ne suis pas parfaite ! »
Et je lis dans tes mots : « Ce que je me dis depuis un moment c'est qu'être adulte finalement, c'est apprendre à avoir moins mal, à laisser s'évacuer la haine et la douleur et la souffrance, à tout laisser glisser le malheur dans le ruisseau pour finalement s'en foutre et essayer de s'appaiser la tête.
Et si c'est ca alors etre adulte, eh ben, c'est merveilleux. »

Cette définition m’a fait sourire car elle m’a rassurée, merci, ça m’a fait du bien, parce que je me rends compte que ce « gros » mot en fait n’est pas seulement le synonyme de ces mots qui devraient être prohibés, de ces mots qui irritent mes oreilles et rendent fou mon cerveau : responsabilité, pression, hiérarchie…
Blablabla…
Ma Julia, pas d’article sur ton blog depuis des mois, tu fais la taupe, et je le sais, ça va mal, reviens, viens tout me raconter, tu me manques, viens à Paris, allez ! Je t’installerai un petite antre indépendant dans mon antre personnel, Batavia sera là, je prendrai soin de toi et je te présenterai à une amie à qui j’ai si souvent parlé de toi, la même amie qui devinait que le colis que j’allais chercher était de toi alors que je m’imaginais avec des courriers recommandés qui me demandaient d’évacuer mon appartement, ou encore tant d’autres, mon imagination paranoïaque est insatiable, tout comme mon, estomac de boulimique.

Je vais mieux depuis quelques jours, je respire. J’ai eu si peur.
Pendant deux semaines, j’étais dans un état dur à décrire. Je volais, je ne sentais plus mon corps, quand je buvais, j’avais encore soif et je ne sentais pas l’eau couler dans ma bouche, quand je me touchais je ne me sentais rien, je me grattais, mais ça ne me démangeais pas.
Des troubles de l’équilibre, la vision trouble, ça tournait de tous les côtés, l’impression de mourir, l’impression que j’allais tomber dans les pommes et que mon nez allait saigner.
En fait, je ressentais exactement ce qu’il se passait quand je faisais encore des crises d’épilepsie, mais là elles ne duraient pas quelques secondes, voir quelques minutes mais tout le temps, nuit et jours sans interruption.
Ca ne pouvait pas être de l’hypoglycémie, ça ne pouvait pas être de l’hypotension, j’allais prendre ma tension à la pharmacie, je pète la forme, j’ai 10,6 enfin, je ne suis plus en dessous de 10.
Le fait de « revivre l’épilepsie » m’angoisse et je commence même à avoir du mal à parler, à avoir des pertes de mémoire.
J’ai peur, on m’a dit, il y a un an presque pile une phrase que je n’oublierai pas : « la tumeur n’est plus là, on lui a fait la peau. L’opération a marché. La zone dangereuse, le « carrefour » est toujours là, peut-être qu’un jour, une autre tumeur viendra, peut-être que plus jamais, c’est un cas tellement complexe qu’on ne peut rien certifier… »
Depuis, alors que je devais retourner à Sainte-Anne, ne surtout pas arrêtée d’être suivie, alors que je devrais être à Marseille en septembre avec IRM, EEG et analyses pour « l’anniversaire » de l’opération, bien je n’ai rien fait.
Je ne voulais plus entendre parler de tumeur, d’opération, je voulais plus.
Et ça recommence.
D’après mon psy, il pourrait très bien s’agir d’une régression.
Mon sang n’a fait qu’un tour et là, j’ai fait un petit retour dans le passé, j’ai eu l’impression d’entendre les cons qui me diagnostiquaient « hystérique » en me disant que j’étais épileptique et boulimique et dépressive, donc si Freud l’avait dit…
Seulement les théories de Freud ont prouvées leurs limites et, ce,  justement dans ce domaine.
« m’accuser » d’avoir « crée » « mon » épilepsie alors que la tumeur est visible sur l’IRM… je m’énerve.
Cela étant, j’ai tellement confiance en mon psy que je me dit « mais oui c’est ça ! pas besoin de retourner à l’hôpital, c’est pas une nouvelle tumeur.
Je serai soit-disant en régression car c’est le seul moyen qu’aurait trouvé mon inconscient pour se protéger de toutes ces souffrances (en rapport avec la Colombie).

Puis ma mère cynique arrive et se moque « une régression temporelle ou temporale ?? »
(sachant que « ma » tumeur était située dans le lobe sub-temporal gauche…), elle a fait un petit jeux de maux.
Elle me secoue un peu et en même temps je rie de moi, de ma connerie, je finis par aller chez mon généraliste, ah j’aurai tout cru pour ne pas aller le voir pour ne pas repartir avec un livret d’analyses sanguines à faire !

Oui, je vais y aller à Sainte-Anne, mais si vous saviez ce que ça me fait chier !
Devoir tout expliquer, encore et encore. Encore et toujours.
Demander le dossier, expliquer comment étaient mes crises, refaire l’historique, l’évolution, passer des tests comme un cobaye, ça me fait chier, ça me fait chier, je veux en finir avec cette tête, laissez là tranquille !

Puis miracle, je découche et oublie mes cachets chez moi, pas de lamictal mercredi et ça va mieux, je n’en prends pas jeudi non plus, puis même vendredi.
Complètement idiot, très dangereu, je sais, inconscience pure, je sais aussi.
N’empêche que c’était bien ça, j’étais en surdosage, maintenant que je ne faisais plus de crise et que mon cerveau n’avait plus autant besoin de ce lamictal, de mon sauveur, des effets secondaires se mettaient en place.
J’avais oublié que des troubles de la vision et de l’équilibre s’étaient mannifesté il y a deux ans et qu’on m’avait baissé la dose. Quand je pense que j’en prenais encore 800 mg il y a encore deux ans !
Quand je pense que je cumulais 1g de lamictal par jour plus l’épitomax plus le keppra (traitement expérimental) il y a encore 3 ans et que maintenant 200mg de lamictal me mettent dans cet état…

J’ai arrêté mes bêtises et j’en reprends, toujours en faisant des bêtises puisque je m’auto médicamente et que j’ai baissé les doses.
En attendant, je n’ai plus peur et j’ai confiance « en moi », combien de fois ai-je dû m’auto médicamenter auparavant en devinant moi même ce qu’il fallait baisser, monter avec l’appui de mes neurologues..

Mardi, je ne bosse pas, mardi j’appelle Sainte-Anne, d’accord, promis, mais je suis contente, je respire, je n’ai plus ces troubles bizarres, je ne vis plus ça…
Il m’aura fallu ces jours pour me rappeler que finalement, je revenais de plus loin que je ne pensais, pour me rappeler que je devais être suivie absolument pour que justement ça ne recommence pas.
Quand je pense que j’ai vécu cette torture avant. En « revivant » ces crises, j’ai eu honte, j’étais encore là, encore sur terre et j’avais puis fuie malgré cette épilepsie et tout ce qui l’accompagnait et je pense à la mort dès que je pense à mon poids…
Lamentable, j’ai honte de ma connerie…
Si seulement…





Publié dans Au quotidien

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Anorchidea 07/08/2008 23:26

Juliette, j'ai relu les mots que tu m'as laissé ce soir. Je l'avais déja fait, encore et encore, mais ils m'ont drôlement touchée tu sais...Je crois que c'est la première fois que je me sens aussi comprise, c'est étrange. Les mêmes ressentis, les mêmes sensations. Se dégrader, un peu plus ou un peu moins, il y a un point de non-retour, un jour où ça n'a plus d'importance, où ça ne compte plus. On arriveà se dire que c'est le corps qui porte les stygmates, mais que l'intérieur est intact. Pour moi ça a marché pendant un temps, d'ailleurs quand j'y repense je me dis que j'avais une belle résistance au sordide, comment on peut se bourrer le crâne comme ça, je me le demande encore. C'est chèrement payé ces inepties. Ces soirées glauques où les souvenirs sont flous et le voisin inconnu, shoutant dans les cadavres de bouteilles pour retrouver ses fringues. Il y en a tant, des fragments comme ça, où, vaseuse, j'essayais de me remémorer, en essuyant le mascara sur mes joues. Je me dis que l'esprit est sacrément tordu, convaincue d'un côté que cela ne me touchait pas, et de l'autre, je pleurais sous ces corps qui s'agitaient sur moi, en silence. Ma psy m'aide beaucoup moi aussi, j'ai eu la chance de la trouver sur ma route dès mes premiers dérapages, et Dieu sait que je l'ai malmenée, mais elle est toujours là...Je commence juste à comprendre les messages qu'elle mes balançait sans que je sois prête à les recevoir, ça fait son chemin et je crois que l'évolution est là.Je suis heureuse pour toi, pour cette ouverture vers l'avenir, vers un futur possible. Ca m'a fait super plaisir lorsque j'ai lu ces notes si positives...Le chemin n'est pas tout droit et il faut dire qu'on n'a pas choisi le plus facile, mais je reste persuadée que l'on peut transformer ces meurtissures passées en une force unique. Et si tu commences à la voir...c'est génial.Pour ma part je reste optimiste et veux découvrir ce monde que j'ai tenu si éloigné de moi. Je veux en faire partie, je veux vivre avec et en faire la connaissance, en plein air, plus dans les catacombes. J'en ai envie et cela me porte, il y a des portes qui restent verrouillés, d'autres qui se claquent mais la lumière commence à les percer, doucement. Mais ça vient. Evidemment je suis trop gourmande et je veux tout tout de suite, trop alors bon des fois je me casse la gueule, mais aujourd'hui...je crois que je peux me relever. Avant, je serais restée la joue sur le carrelage, en attendant...je sais pas quoi dailleurs. Je me serais dit, ouais, à quoi ça sert...puis peut être bien que je me serais pris une poignée de cachetons, vodka en main, attendant le lendemain. Plus aujourd'hui. Et ça, victoire... ;)Je te souhaite le meilleur Juliette, le plaisir et tout ce qui s'ensuit, mais surtout de continuer ta route, tranquillement mais dans la bonne direction...celle que tu as déja commencé à emprunter.Je t'embrasse bien fort, prends soin de toi...et merci.

Fidele parmı les fidele 05/08/2008 18:48

Hola!Ca m'a fait rigoler, jaune bien sur, mais rire quand meme, le debut de ton post..En general, quand les gens me font une remarque, a moi, c'est "wahou, t'as tellement maigri, ca te va tellement bien, c'est trop la classe" comme si j'etais objectivement (parce que bon, dans ma tete, c'est autre chose) obese, avant. Quand je faisais 60 kg, pour 1,72 cm, on ne me disait rien. Quand je fais entre 55 et 58 "trop maigri, trop belle, ne redeviens pas comme avant". Quand j'ai fait 49, une seule personne a reagi. Quand apres ca, j'ai fait 69...Ma mere m'a dit que "suivant comment tu t'habille ca va". Et heureusement, j'ai rencontre un amour de vacances, qui a su rigoler de tout ca et m'a dit que quoiqu'il en soit, j'etais parfaite (64kg) et il rigole en saisissant ces saloperies de poignees d'amour. Il n'aime ni les grosses, ni les maigres (reponse a ma question), il n'aime que moi. Donc, morale de l'histoire...Il nous faut apprendre a ne pas nous regarder dans les yeux des autres qui bien souvent sont stupides. Combien de fois les filles sont mechantes et les garcons sans idee...Continue a te chercher, Juliette, tu n'es plus tres loin du but. Courage, gros bisous

Lara 01/08/2008 20:31

Hello Juliette !Je pars en vacances demain pour 3 semaines. Je ne sais pas si je pourrais me connecter alors je post pour te faire un bisou, te dire que je pense à toi, que je t'encourage de Normandie, de Bourgogne et de la Méditérannée !!! (je fais des km en voiture cet été !!..).A très bientôt. Que ton été sois lumineux.Lara

juju 30/07/2008 18:57

BONNE FETE petite patate !!!!!!(et gros bisous !!!)

Roulio de printemps 29/07/2008 17:50

Bonjour ma Juju!!!Un énooooooooooorme bisous en passant hihi ^^.J'espère que tu vas bien , que la vie t'est douce en ce moment. Je pense 'hachement fort de 'hachement fooooooooooort à toi pitit koala, prends bien soin de toi, gros bisous à toi et Batavia et à ton amie Claire aussi and at zi Eiffel tower yeaaaaaaaah yeaaaaaaaaah :p(le 14 juyett j'ai pensé à toi aussi, je me suis dit dans mon vieux barbe grisâtre, ma Juju elle est surement en train de lorgner le feu d'artifesses at zi Eiffel tower hihi, ca a du être magique !!!!)gros bisous tous pègueux (ma madeleine adorée... la madeleine c'est rapport à ton prénom, bah oui, rooooooh mais oui, ton nom qui se finit en -ette, you see: ....nette, c'est le nom d'une madeleine tu m'avais dit une fois) :pgros gros gros bisous tous doux