D'un pas aérien à un pas bovin.

Publié le par Juliette






Je ne ressens plus le besoin d’écrire aussi souvent qu’avant. Je me rends compte que je n’ai pas écrit depuis longtemps et pourtant tellement de choses se sont passées.
Je me rappelle avant, quand j’étais au fond, désespérée, je cherchais des blogs comme celui de Justine (alias Youstinette), des blogs qui donnent de l’espoir, des blogs qui avancent dans le bon sens, dans le sens contraire du mien, des blogs de rémission, des blogs de rétablissement. Je voulais lire qu’on pouvait s’en sortir et je voulais savoir comment.
J’étais avide de lueur, avide de compagnie, de conseils noyée dans mes crises quelles qu’elles soient…
Aujourd’hui, je vais mieux et je n’écris plus.
Je vais terriblement mieux, j’ai envie de dire : putain que c’est bon !
*elle* m’accompagne toujours, mais je lui cède plus, j’y pense, mais je ne le fait pas, je découvre la liberté et c’est aussi apaisant qu'excitant.
  
Ce n’est pas le top du top, ce n’est pas la perfection, mais existe-t-elle vraiment ? Je crois que non, je le sais, c’est vérifié.
Je repasse souvent, presque quotidiennement sur ce blog pour voir où en sont des amies qui sont dans mes liens, je passe en survolant et quand je lis la présence de Lara, je sourie, ça me touche tellement. Une personne qui est restée là depuis longtemps. Un merci immense. Je ne sais pas vraiment comment exprimer ma gratitude, elle n’a pas de blog et est pourtant toujours là, à chaque article, une seule personne sans aveux de dépendance et qui soit pourtant toujours là, une personne qui ne demande pas d’aide, une personne que je ne connais pas du tout, une personne qui jamais ne s’est confiée et je retrouve le sourire.
Je ne te connais pas, comme je viens de le dire, absolument pas et tu as toujours été là, comment te remercier ?
Tu penses peut-être que tu n’as rien fait de spécial, et pourtant… oh oui,  "et pourtant" !
Je viens donc donner quelques nouvelles.

Voilà, je ne suis pas sûre d’être heureuse, je préfère faire gaffe avec ce genre de thème, je ne préfère pas choisir ce mot, toujours parano, j’ai peur que ça me porte malheur.
Après tout, tout n’est pas parfait, j’ai des crises de larmes quotidiennement, tous les matins quand je dois m’habiller.

Oh toi, vieux pantalon noir immonde, si tu savais ce que je te haie. Alors que tout le monde n’en pouvait plus de te voir tenir avec une pince à papier, une espèce de trombone géant, je ne t’ai pas jeté.
J’avais des réflexions plusieurs fois par jour.
Combien de fois j’ai failli de me retrouver les fesses à l’air car la pince se détachait. Tu ne m’allais plus, peu importe, un bon bourrelet de tissus, on pince et ça tient et c’est tellement jouissif.
Tu me rajoutais des kilos, j’avais l’air deux fois plus grosse avec toi qu’avec d’autres pantalons à ma taille, tu avais une drôle de forme, peut-être parce que tu n’avais pas de formes. J’aurai pu prendre et mettre un pantalon 3 tailles en dessous et pourtant.
Certaines éprouvent de la fierté et du plaisir en achetant des pantalons enfin à leur taille, elles se disent "enfin le 34 ou 36, (peu importe)", moi j’avais un petit orgasme en te voyant plissé, en voyant tout l’espace qu’il y avait.
A vrai dire je me fiche de paraître mince, que les autres me voient grosse ou non, je m’en fiche, c’est une relation avec moi-même, voir les vêtements devenir de plus en plus larges, cette pince qui ne tenait plus, qui allait plus loin.
Contre plus de vide dans mon pantalon j’échangeais et composais avec un bourrelet de tissus. Inesthétique, mais c’était si bon de voir que ce truc, ce pantalon avait de plus en plus l’air de rien…
Le vide te remplissait, tout comme je remplissais mon estomac de vide.
Quel drôle de concept, se remplir par le vide et pourtant… Encore une contradiction qui m’en rappelle une autre quand je trouve le silence trop bruyant.
Noir, tu avais des petites tâches rouges ; Tâches qu’il faut pouvoir repérer mais  "tâche" néanmoins, les traces qu’avait fait la javel quand en nettoyant les toilettes.
Tu t’étais prit des éclaboussures.
Ah ces tâches, j’en avais si souvent, je me suis retrouvée honteuse, pas par rapport aux autres parce qu’ils ne voyaient pas, parce qu’eux je m’en fou, mais je repérais si souvent des éclaboussures de ma débauche, c’était comme si cette maladie ne me quittait jamais. Des traces qui écrivaient à leur manière "boulimique vomisseuse" sur mes vêtements.
Des tâches indélébiles sur ce pantalon comme pour me rappeler qui j’étais, ce que je faisais…
Je t’ai gardé et mis à l’abri durant cet été, tu étais bon pour la poubelle et pourtant… Comment peux-tu me jouer un tour pareil après tout ça ?!
Je t’essaie mardi, idiotement, naïvement, je me rends dans la salle de bain avec toi et la pince qui t’étais devenue indispensable et voilà que tu tiens seul, sans elle !!
Les larmes coulent, je tâte ma peau, je cherche les os, j’examine les différences d’épaisseur en suffoquant. Je ne comprends pas, je ne me suis pas vu grossir à ce point là, je sentais que mon pas étais différent, je sentais en marchant que je m’envolais moins, mais quand même… Autant de différence.
Je tire dessus, c’est peut-être le sèche-linge… Tu parles…
Et pourtant ignominie, je te porte, c’est ma pitance, ma punition.
"C’est bien fait pour ma gueule", j’ai qu’à continuer à te porter jusqu’à ce que tu tombes encore. Humiliation.
Tu es à ma taille, tant pis, ça m’apprendra à me laisser aller comme ça !

C’est très dur d’accepter de grossir sans flancher à nouveau, chaque jour je me dis : mais pourquoi ? Avant, je maigrissais alors que je bouffais et là, maintenant que je ne "boulimise" plus, maintenant que je prends sur moi, je grossis alors à quoi bon bordel ?!! Je préfère maigrir en mangeant que grossir en ne mangeant plus.
J’ai tellement ruiné mon métabolisme que même avec des journées de café au lait et un seul  "repas", pour ne pas dire "prise alimentaire" le soir, je grossis, si ça c’est pas injuste !!
J’en viens à avoir des pensées méchantes, des pensées surtout très connes.
*elle* me susurre : "Quand même c’est dégueulasse, tu vois les hyperphagiques, elles au moins quand elles vont mieux quand elles arrêtent leurs conneries, elles maigrissent, c’est leur récompense. Pour les anorexiques et boulimiques, il faut accepter de grossir, c’est pas juste, il faut composer avec la souffrance contre laquelle on a lutté !!"

Je me sens grosse, je suis grosse et j’ai changé, à Noël, j’étais dans un état bien différent, dans une spirale, je sais, mais je ne veux pas rentrer, je ne veux pas retourner voir mes parents, j’ai peur de voir mes amis, je ne prends pas de vacances, tout simplement pour ne pas me montrer grosse.
J’ai honte d’en être réduite à ça. Ca tourne encore autour du poids…
Alors qu’est ce que je fais maintenant ? Je bois pour ne pas replonger dans la boulimie, je me bourre de cachetons pour ne pas empirer l’anorexie ?
Ce qui me fait le plus mal : une dépendance en chasse une autre…

Je veux bien faire le grand ménage, mais bordel un signe !!

Comme j’ai reçu des "signes"  ces derniers jours, je patiente, je mange comme une "régimeuse", une "ultra régimeuse", même, mais je mange, je me force, je me dis : ça va passer

En une semaine : j’ai passé un entretien, ce fut un lundi, le mercredi on m’a appelé pour que je commençais le lundi suivant.
Certains me félicitent, alors pourquoi je me dis : "ils sont du faire erreur, ils ont pas encore vu qui j’étais ou alors : ils avaient vraiment besoin de quelqu’un dans l’urgence !"
Au boulot, l’équipe est super, tous discrets, très respectueux gentils, bien élevés, pas cons et sympas en plus !  Pas d’yeux qui inspectent.
Ca ne fait qu’une semaine, mais je le sens : ils y a de vrais gentils dans cette équipe.
C’est à côté de chez moi je rentre souvent à pieds, je passe devant la tour Eiffel, je suis bien, je suis rassurée, je suis sonnée (ma mère aussi d’ailleurs).

Alors contre ce sort, je peux bien accepter d’avoir prit du poids. (???????).
C’est pourtant si dur !
Je ne veux pas grossir, je ne veux pas grossir, je ne peux plus, stop, si c’est une mise à l’épreuve », c’est dur,

"Ca va passer, ça va passer, oublie, n’y pense pas. Pense : tu as un CDI et en plus il y a des avantages et dans une équipe bien, pas loin de chez toi, c’est un CDI, maintenant tu vas pouvoir te consacrer à ton rêve, pas celui de ne pas peser plus de 48 kilos, mais un tout autre.
Alors pense à ce rêve, imagine-toi.
Tu y seras bientôt, plus que 3 ans. Trois ans et ce sera là, trois années et tu seras là-bas.
Ca y est, tu l’a eu ta putain de revanche sur la vie, tu es opérée, guérie, t’a fais ta petite crise d’ado à retardement, maintenant on s’investit.
Allez, arrête de penser à ton poids, arrête de penser à tes os, on s’en fout, c’est que des os, c’est superficiel, mais arrête de penser que la vie serait différente si tu étais maigre, arrête, c’est pas ça, c’est fictif, c’est chimérique ! Arrête, reviens là !!
Encore trois ans, le temps de faire deux formations en accéléré, en même temps en plus du boulot, mais c’est pas grave, c’est pour un rêve, pour ton rêve, 3 ans avant de quitter ton psy car c’est bien fragile, bien trop tôt, reconnais le…
Dans trois ans tu seras là-bas, à des milliers de kilomètres, enfin, tu y seras, enfin tu feras ce que tu voudras, 3 ans encore à Paris, tu ne vas pas te plaindre ! 3 ans !!
C’est possible en 3 ans, trois petites années puis tu t’en vas…"

Trois petites années et elle sera à des milliers de kilomètres, trois petites années et elle fera ce qu’elle voudra, trois petites années et elle pourra vérifier que c’est ce qu’elle voulait faite, ce qu’elle voulait devenir ou tout le contraire,mais 3 petites années et elle saura !!

Sans la santé, on ne peut rien faire et ce rêve, je veux le faire. Si ça ne marche pas là-bas, si c’est nul, et bien tant pis, je ne veux plus de regrets, je ne veux pas être frustrée, je le ferai, j’y serai, 3 ans… Peut-être deux d’ailleurs.
Trois petits ans et elle s’en va !









Publié dans Au quotidien

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ptitedelph 09/03/2017 13:36

Je ne sais pas si tu lis encore tes commentaires, où tu es, si ça va au moins à peu près depuis ces 10 ans... déjà... mais je n'ai jamais rien oublié et pense souvent à toi.. j'espère que tu tiens le coup... Je t'embrasse

AnaboulV 29/07/2015 01:10

Je suis nouvelle mais j'espère que ça va :/

Lara 12/06/2012 09:42


Je ne t'oublie pas...

Lara 05/03/2012 13:12


Bonjour Juliette !


J'aimerai tant avoir de tes nouvelles d'une manière ou d'une autre.... j'espère que tu ne vas pas mal...


Lara

Lara 20/10/2011 09:52



Où es-tu ?... :'(