Il y a une semaine

Publié le par Juliette




Comment ça va ? Bien en fait, ça va bien tout en allant assez mal.

J’ai enfin écrit à ma tante.
Rentrée prostrée, choquée, je ne pensais qu’à ce voyage, qu’à la Colombie, qu’à ma cousine que j’avais lâchement laissée.
Je me répétais les mêmes choses, me culpabilisais. Comment avoir pu laisser cette enfant ? Où était-elle ? Ce n’est pas juste.
Rongée par la culpabilité, l’inquiétude, je ne parlais plus, ne répondais plus au téléphone, ne regardais plus personne, je pleurais, c’était le seul témoin qui me prouvait que j’étais en vie.

Je me suis décidée à rappeler son psy, lui annoncer qu’elle était rentrée, j’ai décidé de ne pas sombrer,de ne pas rester comme ça et ce grâce à l’appui de certains amis.
Des amies, il y a encore deux ans, j’en en avais tellement, pourtant jamais je n’avais été aussi seule parmi tant de monde et depuis peu, jamais je n’ai eu si peu d’amis et jamais je ne me suis sentie autant aimée et considérée comme une amie.
Presque tous sont « neufs », mais ils sont là, ma Julia, et on aura beau dire ce qu’on veut des relations qu’on crée via internet ne sont pas forcément fausses et éphémères, ou encore virtuelles dans tous les sens du terme.
Dix minutes après avoir posé le pied chez moi, de retour de Colombie, le téléphone a sonné, c’était une amie inquiète, une amie qui était prête à entendre et à écouter, c’était ma chère Dolorès. Je sais que tu continues à me lire et je profite de cette circonstance pour te remercier.
Comme quoi…
Aussitôt vint sa question, LA question : quand retournes-tu voir ton psy ?
J’ai laissé traîner une semaine puis ma Julia est venue me laisser des messages, Un colis est arrivée hier à la maison, un colis remplis de pleins d’attentions, un colis plein d’amitié, elle n’avait pas oublié mon anniversaire, elle était elle aussi inquiète, elle me montrait qu’elle était là et surtout qu’elle me connaissait, merci ma Julia, j’ai sourie comme une enfant en ouvrant ce paquet !
Ce n’étais pas un cadeau qui sentait l’argent comme tant d’autres, comme ceux que me fait ma famille, il n’avait rien à voir. Je n’avais pas choisie moi-même mon cadeau.
Un cadeau plein de détails, un colis dont chaque cadeau avait un sens, un rappel, le cadeau qui sait réconforter et qui fait se sentir aimée et vivante.
Comme quoi, maman, papa : vous voyez, un chèque ci et là, c’est pas forcément ce qui fait le plus plaisir…


Je retourne chez mon psy, je lâche et me lâche.
Mon psy me pose une question à la fin : est-ce que vous souffrez comme si vous étiez S… ?
Et bien justement, non, je me rends compte de mon évolution, je ne me projetais plus à travers les autres en me prenant pour la « sauveuse », en imaginant que si je prenais un peu de leur souffrance, je pourrais les aider à aller mieux.
J’étais persuadée depuis petite, être venue sur cette terre pour pleurer, pour souffrir, alors tant qu’à faire…
Je me suis rendu compte que je n’en étais plus là, je ne souffre plus en me projetant. Je ne ressentais pas la souffrance de l’enfant abandonnée, mais enfin ma propre peine. Je souffre comme une adulte qui se rend compte qu’il est impuissant, je réalise, en restant à « ma place ».

Presque aussitôt, j’ai écrit à ma tante, à qui je ne donnais pas de nouvelles. Cette tante qui souffrait à Bogota et qui pensant que je lui en voulait en ne voyant que la tristesse de la petite fille abandonnée.
J’ai réussi à lui répondre que non, à lui assurer qu’il n’y avait pas de jugement, juste une incapacité à discuter, à communiquer après ce « choc ».
De mot en maux, je me suis rendu  compte que réagissait comme une adulte, que j’écrivait des phrases d’adultes et que la sale voix de pré-ado muant n’était plus là, incessante, toujours sur le même refrain : « de toute façon, c’est un monde de cons, c’est tous des enculés, personne comprend rien, c’est trop pourri la vie… »

J’écrivais comme une adulte, presque lucide, qui assurait à sa tante qu’elle ne lui en voulait pas et qui au contraire saluait son courage. Un courage que je ne connais pas, celui de dire « non », le courage des limites, le courage de se défendre comme une personne.
Combien de personnes auraient dit « oui » juste pour ne pas se culpabiliser, parf peur de s’en vouloir toute leur vie ?
Moi en tout cas je l’aurai fait, toujours en train de me victimiser et en même temps de me sentir supérieure.
A moitié philanthrope, à moitié misanthrope, en complet mépris du beauf de base, sociopathe sur les bords, moi l’orgueilleuse, j’aurai été lâche, j’aurai dit « oui » pour que ma souffrance si elle continuait ne soit que le résultat de ma vie de victime et de martyr car incapable d’assumer la vie.

Sur ce mail, je me suis rendue compte de ce qui me gênait le plus et me mettait le plus en colère.
Il ne s’agissait ni du comportement de ma tante, ni de mon propre comportement, il ne s’agissait pas non plus du fait de  « la petite fille martyr », mais elle avait un regard lucide sur l’agence française d’adoption en Colombie.
C’est à elle qu’elle en voulait, une colère contre tous ceux qui n’ont rien fait.
Pourtant ma tante les a appelés à l’aide tant de fois, des dizaines de fois, elle a demandé des rendez-vous, a organisé des rencontres avec les psy de l’enfant, l’assistante sociale, l’avocate pour que tout soit dit, pour que tout ai une chance de se résoudre, mais non, ils venaient et lui disaient « ça va passer, c’est normal », rien n’était traduit correctement, rien n’était prit au sérieux véritablement.
Ils comptaient sur le désespoir foudroyant de la femme célibataire, désirant être mère plus qu’autre chose, et se fichaient de l’enfant, de son caractère, pourvu qu’ils réussissent à « caser les plus âgés ».
Ces enfants traités comme des paquets dans des supermarchés.
On cache les boites ayant la « date de péremption la plus lointaine au fond des étagères et on écoule le stock de manière technique.
Les célibataires cinquantenaires ou presque sont tellement seules et désespérées, elles ont attendu si longtemps, qu’elles ne diront pas « non » et hop, ça fait deux noms rayés, deux cas durs casés !

Une semaine plus tard, je suis revenue lire le mail que j’avas écrit à ma tante, seulement, 5 fois d’affilée, j’ai vu que je n’avais pas appelé Silvia (ma cousine)par son prénom,, je l’avais appelé « J… », une consonance très proche, mais pourtant… Lapsus ?
Aussitôt j’en ai parlé à mon psy en pensant ce détail sérieux et après cette séance, c’est comme si tout un poids c’était envolé.
Le nom employé pour désigner Silvia est celui d’une amie qui a connu une enfance assez dure et qui marquera sa vie à jamais.
Une amie très chère dont le père a abusé.
Un gros transfert s’est fait, je me suis rendu compte que dès que j’ai vu le visage en photo de Silvia, j’ai cherché pendant des heures à savoir, à deviner dans son regard si elle avait été violée. Cette idée était une obsession qui n’a jamais quitté ma tête.
Je voulais protéger Silvia comme j’aurai aimé protéger J…
Je voulais remonter le temps.

Un méchant transfert.
Un transfert douloureux qui font se croiser des sujets affreux, des angoisses si familières, ces angoisses qui alimentent mes troubles anxieux : inceste, enfance, abandon, adoption, humiliation, solitude…

Depuis une semaine je suis retournée travailler.
Les heures passent telles des secondes là-bas, les crises d’angoisses sont très fortes pourtant, juste une crise dimanche, pas un seul cachet en abus.
Dès que la terreur arrive, je me répète ; « ça va passer, ça va passer » et ça fin it effectivement par passer.
Je refuse de prendre encore une dose supplémentaire d’antidépresseur, ça va passer, d’ailleurs, je devrais un jour m’en passer.
Je me refuse à m’anesthésier, à endormir mes angoisses par des cachets, je ne veux plus vomir mes angoisses.
Désormais, au-dessus des toilettes, j’en ai marre, je me dit « putain, mais t’as plus 14 ans, t’es plus une ado, t’arrêtes tes conneries ! Tu te rends compte ? »
Plus envie, en fait j’en ai tout simplement marre de cette maladie.
J’en ai marre qu’elle se serve de moi, j’en ai marre de me servir d’elle, j’ai envie de dire stop.
Je ne suis pas complètement clean, je ne suis pas guérie et je ne pense pas l’être un jour, mais une crise même si elle dure plusieurs heures et se déroule en plusieurs fois seulement le dimanche, c’est presque plus rien, je dirais même que c’est mon « minimum » pour ma survie mentale.
Ca se fera à mon insu, plus tard, ça passera et puis si on essaie de faire les comptes, c’est pas très beau, mais on passe d’une douzaine de vomissements par jours à 4 ou 5 le dimanche, faisons le calcul, sur une semaine puis sur un mois, tout est bien moindre.

Seulement sans les moyens que je connais d’anesthésier tout ça, des trucs se passent dans ma tête et je me fais réveiller par ma patronne et des collègues ‘t
Si une obsession passe une autre entre en scène. Toujours en voulant oublier, toujours fuir, fuir…

« Tu as des problèmes ? Tu sais tu peux m’en parler si tu as des soucis ? »
« non tout va bien, pourquoi ? »
« bien tu es plus dans la lune qu’avant, tu bloques »
« c’est le décalage horaire, je suis désolée et puis c’est l’allergie, ça donne cette impression, c’est pas que je sois très fatiguée, c’est mes yeux » (une allergie aux yeux ou à ce boulot, je ne sais pas, mais j’ai l’air défoncée).

Ben oui, j’ai raconté au boulot que j’avais passé des vacances en Colombie superbes, une des personnes avait retenu comme nom de pays « Argentine », je n’ai rien dit, pourvu qu’on m’en parle pas, pourvu que je mente, pourvu que je retienne mes larmes, pourvu que ma vie privée reste privée là-bas, je ne les aime pas de toute façon.
J’ai des TOC bizarres qui me reprennent et oui j’ai l’air dans la lune, dans mon monde, mais j’arrive pas à en sortir. Le temps me paraît si long que j’ai le temps de penser.
Pour combler le temps, ma tête se met à faire des calculs étranges, je compte les heures qu’il me reste à passer debout, dans ce magasin, puis des calculs bizarres prennent place dans ma tête sans que j’y participe, ils violent ma tête et je dois subir. Je commence à compter les minutes, les secondes, puis tout un brouillard de chiffres se fait, je prends tous les nombres, je les divise, les multiplie.
Des opérations bizarres, tout le temps en rapport avec le temps. Pendant que je continue à « calculer », mon cerveau bloque sur autre chose et compte les secondes, je réponds à des clientes, parle, et pourtant, le compteur continu de tourner. La cliente part et je retrouve la voix du compteur fort dans ma tête.

Je suis dérangée, je me fais peur des fois…

(j’ai écrit ça la semaine dernière et je me suis arrêtée car les coups de téléphone fusaient : un flash spécial, Ingrid Bétancourt est libérée.
Je revois la Colombie à la télé.)






Publié dans Au quotidien

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petitelibellule51 11/07/2008 13:45

coucou juliette,vous me manquez beaucoup toutes les deux, toi & Dolorès...je suis contente de lire que ça va meiux, même si je suis un peu larguée parce que je ne connais rien de ta vie d'aujourd'hui, je ne savais même pas que tu travaillais...je te fais mille bisous et je te souhaite de continuer d'avancer et de grandir comme tu le fais!

Dolores 10/07/2008 13:21

Ah! Je ne savais comment traduire ton silence suite à mon texto, me voici rassurée ;) Je pense souvent à toi...à comment tu as su géré ce voyage après coup, à comment se déroulent tes journées aujourd'hui..bref, je viens d'avoir ici quelques réponses. Sache que je pense très fort à toi ! Je te dis à bientôt et gloire à la nouvelle adulte ?!Bisous

Roulio de printemps 09/07/2008 16:15

Bijour ma Juju !!!!!Comme je suis contente que tu nous donnes de tes nouvelles pitaing !!! je me faisais du mauvais sang. zaïe zaïe la vérité ^^.tu sais je viens de relire ton article d'hier et je me dis pinaise de pinaise comme elle est forte cette Jujuyette, elle est vraiment forte dis donc... ^^. c'est vrai tu sais, t'es un petit roc, avec plein de tendresse à l'intérieur ^^.et en lisant ton article, ca m'a fait penser à ce que je ressentais depuis quelques temps. je ressentais le truc tu vois et impossible de mettre des mots dessus... pis t'es arrivée avec tes mots lucides et voilà "Bingo!!!!" , je me suis dit c'est ca.JACKPOT mon pote !!! :pCe que je me dis depuis un moment c'est qu'être adulte finalement, c'est apprendre à avoir moins mal, à laisser s'évacuer la haine et la douleur et la souffrance, à tout laisser glisser le malheur dans le ruisseau pour finalement s'en foutre et essayer de s'appaiser la tête.Et si c'est ca alors etre adulte, eh ben, c'est merveilleux.Voilà ce que j'ai compris en te lisant, que tu arrivais petit à petit à laisser couler la douleur, TA douleur même si c'est vraiment difficile, malgré les épreuves (et quelles épreuves !!!! ) et malgré tout ce qui s'est passé pour toi et autour de toi récemment, bin je vois que tu y arrives et pitaing oui c'est merveilleux.( Je suis si contente pour toi ma Juju, je t'aime tellement ^^.)Enfin pinaise j'espère que je raconte pas trop de conneries, dis moi le si je me gourre total, j'espère juste que je t'aurai pas fait de la peine en te parlant ainsi...t'es un ange ma Juju, petit ange brun, je t'aime fort.post scrotum: j'avais pas trouvé de Lipton thea au citron meringué dans le Carrouf' de Poitiers, j'étais toute dégoutée :p :p :p :p y m'en reste toujours un dans mon porte feuille, il est tout pourri racorni mais quelquefois je le sors et je pense à toi :pgros bisous ma douce, à bientot !!! ^^