Le pire voyage de ma vie

Publié le par Juliette



Le pire voyage de ma vie, je veux partir, revenir a Paris, oublier, remonter le temps, faire en sorte que tout s'efface, esperer que tout soit faux.
Un etau me serre, la boule au ventre m'asphyxie, je veux dormir, je veux fuir et en même temps hurler mon dégoût, vomir cette situation, jeuner cette histoire pour la faire disparaitre.
Comment j'ai pu faire ca ? Je suis un personnage de cette histoire, j'ai joué un rôle, je n'ai pas reussi et jamais je ne me le pardonnerai.
Pourquoi je dis toujours "oui" quand on m'appelle sans, avant, mesurer les conséquences et les risques ?
Pourquoi je ne pense jamais a moi et en même temps toujours a moi ?
J'écris de Colombie, je suis à Bogota.
Pourquoi suis-je la-bas ?
Pas pour du tourisme.
Qu'ai-je fait de mal ?
J'ai joué un rôle dans les désillusions d'une petite fille.

Elle aura seulement 11 ans le 14 juin, elle est une enfant martyr depuis qu'elle est arrivée sur cette terre pourri, ce monde cruel et infâme.
Un père qui quitte sa mère a cause de sa naissance, une mère qui l'accusera de ça, une mère dans la drogue jusqu'au cou qui se fera poignarder quand elle aura 6 ans.
Elle passera d'orphelinats en famille d'acceuil durant pres de 4 ans puis apprendra un jour qu'une nouvelle maman l'attend, qu'une dame en France veut et désire lui offrir son amour, lui apporter une famille.
Elle rencontre cette personne, qui se trouve etre ma tante et l'enfer recommencera 15 jours plus tard.
Pour ma tante qui n'a pas non plus été gâtée par la vie, qui a espéré des années durant, mais en vain avoir une fille, une famille, la désillusion recommence.
Et bien oui, cette petite fille n'a plus 10 ans, mais 100 ans de souffrance derriere elle.
Elle est tres féminine, paraitrait 18 ans, mais voila sa sensibilité n'a pas cet âge.
Elle est agressive, elle est exigeante, elle pousse sa nouvelle maman jusqu'au bout, la provoque, la manipule.
Méchancete ? Perfidie ?
Elle me fait penser a quelqu'un que je ne peux pas supporter : à moi.

J'use les gens, je les teste cruellement.
Pourquoi ? parce qu'on m'a abandonné, parce que j'ai peur de decevoir, je veux voir, vérifier si la personne restera malgré tout. Je ne suis pas une enfant modèle pour qu'on m'aime, je veux vérifier, je veux qu'on vienne me chercher, je veux qu'on me courre après.

Un manque d'attention, en manque de câlins et pourtant si distante, si froide et si violente dans ses mots comme dans ses gestes.

Aujourd'hui, elle va savoir qu'elle ne sera finalement pas adoptée, elle dort encore, enfin, c'est ce que je préfère croire, je ne veux pas savoir, je fuie la suite, je ne peux pas croiser son regard alors que je sais, elle, ne le sait toujours pas. Enfin, elle a deviné, elle fait comme si jusqu'à ce que les mots sortent.
Comment lui dire adieu ? C'est une peste, mais il y a autre chose, je voudrai l'emmener avec moi, ne pas lui faire vivre cette déception, cette trahison.

Et oui, c'est une adolescente, elle n'allait pas etre parfaite et comme ma tante l'imaginait et la revait. Cinq ans d'attente, cinq ans de dossier, ca laisse le temps de rêver, d'idéaliser.
Est-ce que sa féminite précoce te dérange ? Allez, ose le dire, ose repondre, je sais tres bien que oui.

Elle est agressive, provoque et à des moments complètement differents, sponrannés.
Elle agresse cette nouvelle personne qu'elle appelle "maman" depuis le début tout en l'aimant déjà.
C'est aussi ce que je fais.
Une fugue dans le parc de l'hotel parce quelle veut provoquer, ne veut pas se montrer - elle a fait une connerie, un nouveau caprice et ne veut pas revenir, ne veut pas affronter quelquonque adversitée,ne veut pas se faire gronder ?
Je l'ai fait aussi, une nuit d'hiver, la temperature était inférieure a 0 C°, j'étais cachée derrière un buisson et je voyais ma mère tourner partout en voiture, j'entendais mon téléphone sonner.
Pourtant je l'aime ma mère, mais entre nous ça gueule.
Plus elle me donne de directives, moins je les suis, elle commence à me parler, je monte en décibels, elle finit par crier, je vais dans ma chambre et me bouche les oreilles en chantonnant l'alphabet dans ma tete.
C'était il y a plusieurs années, mais ca s'est passé, je suis toujours sa fille.

Elle se fâchera pour une broutille, voyant qu'elle a l'air ridicule, que cette situation est humiliante, elle se met a s'énerver sur sa "maman", à lever la main sans la poser, à la tirer.
J'ai aussi fait ca, j'ai aussi poussé ma mère.

Elle saoule, serine, répète les mêmes choses, pose les mêmes questions, ne veut que de l'attention pour être sûre qu'elle existe, qu'elle n'est pas invisible.
Elle demande toujours, fait des caprices pour vérifier que la personne l'aime, que sa maman veut la choyer, être sure que sa maman l'aime comme si l'argent pourri était une garantie d'attention...
J'ai été comme ca aussi.

J'ai été adoptee aussi, plus petite. O oh oui, moi je n'etais qu'un bébé, moi je n'ai pas vecu tous ces abandons et pourtant, cette adoption a eu des conséquences sur mon comportement, sur mon caractère, ma personnalité.
Alors comment faire ? La laisser en Colombie tout ça, parce que ça ne passe pas bien entre elle et ma tante qu'elle appelle encore "maman" sans savoir que cet apres-midi cette maman l'abandonnera.
Je vais la regarder s'en aller ou m'en aller moi même.

Elle a été ma cousine dès que j'ai vu son visage en photo, on se connait depuis 15 jours, et je veux qu'elle reste ma cousine.
Elle ne m'appelle pas par mon prenon, mais m'appelle "prima" (cousine) depuis 15 jours. C'est ma cousine.

A ma tante : je t'ai soutenue, je suis restée dehors et dedans, je ne suis pas intervenue, mais j'étais à côte, de ton côté, du côté de ce qui serait le mieux pour vous deux. Je sais que c'est dur pour toi, seulement je t'en veux, j'en viens a te détester, te mépriser.
Les problèmes relationnels, le choc des cultures, ca se travaille, ca se résoud, tout peut s'arranger bordel ! Pourquoi tu fuies ? Pourquoi cette cruautée ?

Elle n'est pas un paquet, pas un échantillon qu'on teste avant de savoir s'il conviendra.
Une phrase me revient : "on ne choisit pas sa famille".
Qu'elle est conne cette phrase ! Si seulement...
Une chose me dérange : pourquoi jamais un enfant ne chosira alors qu'un "parent" peut en decider.
Elle a vu sa photo, c'était déjà trop tard, elle l'a prit dans ses bras, elle a dormi avec elle, c'est trop tard.
Elle est enceinte depuis 5 ans...
Elle a décidé de la connaître, d'accepter l'adoption, comme une femme décide de ne pas avorter, elle n'a pas le droit de jeter son bébé parce que ca ne passe pas, parce que leur relation est tragique, fusionnelle...

Mais dans quoi je suis encore allée m'aventurer ? Pourquoi ?
Juste quand je commencais à aller mieux, juste quand l'analyse commencait a prendre forme et il va falloir tout reprendre a zéro.
Ne plus me projeter a travers les autres.

Depuis toute petite je fais des transferts sur tout le monde, sur toutes les femmes. Medecins, instits, profs...
Et même sur des amies, même s'ils ont mon âge, même si elles sont plus jeunes que moi.
Je recherche ma maman, une maman parfaite, une autre maman, celle que je n'ai pas connu, celle qui m'a abandonnée.
Cette petite fille de 10 ans, ne s'entendant pas avec sa nouvelle "maman" m'a demandé hier pourquoi je ne pouvais pas l'adopter, si je ne voulais pas etre sa maman...
La gorge nouée, j'ai repondu la vérite, je ne peux pas, mais j'aurai bien aimé.

Ma mère, je ne l'ai jamais connu et je ne l'ai jamais cherché, j'ai toujours eu l'intuition qu'elle était morte, que ma naissance l'avait tuée.
A la naissance , je pesais 2,4 kilos, j'étais prématurée et mon crâne a encore la forme que les forceps lui ont donné.
Cette femme, morte ou vivante, a supporté d'attendre, de me supporter plusieurs moi avant de m'abandonner, on ne s'est pas connu, on a pas eu le temps de s'aimer.

Mais là, tant d'espérance, elles se sont connues, elles se sont prises dans les bras l'une de l'autre, elles se sont embrassées, elles ont dormi ensemble, elle ont rit ensemble !

T'as pas le droit de la laisser, t'as pas le droit de dire "non", il est trop tard et si tu fais ca, tu n'auras pas le droit de souffrir ou de pleurer.
Jamais je ne te pardonnerai, jamais je ne me pardonnerai.

Je pars demain de ce pays, je ne veux plus jamais y revenir, je brûlerai la carte mémoire de mon appareil-photo, je m'endormirai, mais jamais je ne t'oublierai.
Comment faire pour lui dire au-revoir ?
Il est 11h15, le moment s'approche, j'ai si peur, peur pour toi, peur pour moi, peur tout simplement.
Pourquoi je n'ai pas peur pour ma tante ? Parce que je suis cruelle, parce que je suis nombriliste, parce que je me projète, elle a pourtant tant de raisons de ne pas pouvoir, ni vouloir assumer, c'est pourtant si dur pour elle.
Seulement voila, je ne pense qu'à elle, qu'à ma cousine.

Le pire voyage qui soit, le voyage dans ce pays, le voyage dans cette experience, ce voyage dans mon passé, ce voyage dans mon impuissance, ce voyage dans la désillusion, et un réveil qui fait mal : le retour a la réalite, je ne peux pas choisir.


Publié dans Au quotidien

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aurelie 07/12/2008 02:12

bonjour voila je sui tomber sur ton histoir et je voudrai bien en parlai  jai vecu la meme chose aujourdi jai 18 ans et je les jamais vraiment ecrite si tu ve bien me contacter et en discuter tu as mon msn bisous la puce et courage

Anorchidea 15/06/2008 01:05

Je crois que la "tâche" ne te revient pas et que c'est un moment qui se passera entre ta tante et ta cousine. Tu lui diras aurevoir le coeur meurtri, sûrement, et elle laissera une énorme place derrière elle. Le vide. Mais j'imagine qu'il y a maniére de ne pas perdre contact.Ce n'est pas toi qui doit lui anoncer. D'autant plus que tu as ce bagage aussi, l'adoption. Et que ça doit te remuer dans tous les sens. J'espere que tes ruminations ne seront pas négative et que cette remise en question t'éclairera...Moi j'ai une maman, mais je la cherche partout aussi, fait des transferts sur d'autres femmes. C'est drôle j'en parlais dans mon dernier article avant de venir lire que tu évoquais ce "problème" aussi. Je dis problème parceque ça ne m'apporte que des emmerdes.Ma petite soeur est tahitienne. C'est très dur à la maison, bien qu'elle soit là depuis qu'elle est bébé. Elle a aujourd'hui 16 ans...elle et ma mére c'est pas l'entente idéale, je sais que c'est dur de trovuer sa place aussi, et qu'elle fait chier le monde pour nous crier qu'elle existe. C'est très complexe, délicat.Je t'envoie plein de courage.Quelque soit la décision que tu prendras, ce sera la bonne.Je t'embrasse

Aliana 13/06/2008 13:37

Ce n'est pas ta faute!!!!!!!!! Courage courageJe pense très fort à toi

Yomguaille 13/06/2008 12:20

On ne choisit pas sa famille mais la vie est déjà assez compliquée pour se créer des ennuis. C'est une désillusion pour ta tante mais cette décision est plus sage. Faut pas se prendre la tête plus que ça. Ce n'est pas facile mais c'est tout, ça va passer.

petitelibellule51 13/06/2008 10:04

coucou juliette,alors c'est pour cette raison que tu es allée en amérique du sud, je me posais des questions sur ce voyage, lmaintenant que je comprends mieux...mais toi tu n'es responsable de rien!!! même si je comprends que tout cela te touche... j'espère que tu arriveras à prendre du recul sur tout ça, comme tu le dis tu commences à aller, ça ne doit pas tout détruire, non tu ne le mérites, tu mérites d'aller, bien d'avancer, enfin...mille bisous