L'automutilation consiste, comme son nom l'indique, à s'infliger des blessures de manière intentionnelle. Cela passe par de petites coupures avec un rasoir ou un cutter, des brûlures, des morsures… L'ado s'impose généralement cette souffrance à l'abri des regards de son entourage, en se cachant dans sa chambre ou la salle de bain. Ces blessures pratiquées de manière répétée n'ont pas pour objet d'attirer l'attention, mais semble-t-il de permettre de contrôler ses émotions, ses angoisses, ses colères… à moins qu'il ne s'agisse d'un moyen de se réapproprier son corps.
Anorexie, boulimie et automutilation
Il semble y avoir des liens forts entre l'automutilation et les troubles du comportement alimentaires. Ainsi, ce besoin de se faire mal est souvent observé dans les problèmes d'anorexie. On le retrouve également dans les cas de boulimie. Cela semble logique, car troubles du comportement alimentaire et automutilation ont des causes similaires : expression d'un mal-être, volonté de maîtriser les changements de son corps… A noter, l'automutilation est également liée à l'abus d'alcool et de drogues. Mais bien sûr, il n'existe pas de règles en la matière.
L’automutilation est une blessure délibérément infligée par une personne sur elle-même.
Définition
Le terme « automutilation » est sujet à débat dans la mesure où il définit une multitude de comportements à la gravité et à la finalité variable, certains impliquant une mutilation irréversible et d’autres une blessure corporelle restant plusieurs dizaines de minutes. Dans tous les cas, les blessures sont infligées seul, sans l’intervention d’un tiers. L’automutilation est listée par le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (en anglais : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ou DSM-IV) comme un symptôme du trouble de la personnalité borderline et elle est parfois associée à d’autres troubles psychopathologiques tels que la dépression ou les troubles du comportement alimentaire. La méthode d’automutilation la plus utilisée est de se couper, mais ce n’est pas la seule et la définition inclut aussi les coups, les brûlures, les éraflures, les morsures, et bien d’autres atteintes corporelles infligées à soi-même. Au contraire, on ne peut pas parler d’automutilation si la personne qui se blesse le fait dans un but esthétique, sexuel (masochisme), social (rituels d’acceptation dans certaines sociétés, mode), religieux ou spirituel, car les blessures infligées ne sont alors pas considérées comme des dégradations corporelles.
Facteurs de risque
Un certain nombre de facteurs sociaux ou psychologiques ont une corrélation avec l’automutilation. Les diagnostics généralement associés à l’automutilation sont la dépression et le trouble de la personnalité borderline. On remarque également que les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, de troubles obsessionnels compulsifs, de phobies, de toxicomanie et les personnes ayant des tendances suicidaires sont considérées comme ayant un risque élevé de recourir à l’automutilation. Des formes particulières d'automutilation, souvent plus graves, sont associées à l'autisme et à certaines psychoses. Les situations de guerre ou d’emprisonnement sont aussi des facteurs de risque majeurs. Les causes de l’automutilation sont difficiles à déterminer et varient largement d’une personne à l’autre. On note tout de même deux facteurs principaux, mais loin d’être systématiques : les abus sexuels et les invalidations (être critiqué ouvertement, ne pas avoir été encouragé, avoir été souffre-douleur ou tout autre comportement nuisant directement à l’estime de soi). Les personnes touchées par l’automutilation représentent 0,2 à 2,4% de la population et sont principalement des filles (dans 67 à 97% des cas selon les études), adolescentes ou jeunes adultes. Malgré le nombre relativement élevé de personnes concernées, peu d’informations francophones pertinentes sont disponibles sur ce sujet.
Psychologie
Les personnes qui s’automutilent le font généralement pour mettre fin à des sentiments qui leur sont trop intenses. Il peut s’agir de tristesse, d’angoisse, de colère, de culpabilité (la blessure est alors souvent infligée comme punition) ou même de sentiments positifs. La sensation de vide, de perdition et de solitude -parfois conséquence de la dissociation- peut aussi mener à l’automutilation, qui a alors pour but de « ramener à la réalité ». Ce comportement peut amener à une addiction et la blessure devient alors la réponse immédiate et logique à une situation difficile psychologiquement. L’automutilation a d’ailleurs été classée dans les troubles addictifs en 2006. Certaines personnes s’infligeant volontairement des blessures ne ressentent que peu voire aucune douleur (couramment dans les cas de dissociation). Les cicatrices qui peuvent résulter de l’automutilation ne sont que rarement recherchées. Elles finissent le plus souvent par être acceptées comme une preuve de ce qui a été vécu et surmonté, un souvenir.
Traitement
Se blesser volontairement est un comportement qui, loin d’être anodin, est généralement révélateur d’un profond mal être. Dans la mesure où ce comportement aide à surmonter certaines situations ou un quotidien considéré comme trop dur à supporter et permet de retrouver un certain apaisement, un contrôle de soi, il peut devenir une addiction dont il est difficile de sortir ; pour beaucoup de personnes s’installe un phénomène comparable à l’accoutumance, avec une augmentation du nombre, de la fréquence ou de la gravité des blessures. Assez souvent, on remarque que les personnes qui s’automutilent ont des difficultés à reconnaître, à gérer et à exprimer certains sentiments autrement que par des blessures corporelles. Une première étape peut donc consister à prendre conscience de son mal être et à l’exprimer d’une façon non destructrice, par exemple par l’écrit ou par la parole. Les proches d’une personne qui s’automutile peuvent agir en étant disponible et à l’écoute, en instaurant une confiance réciproque, en proposant leur aide sans insister mais de manière suivie. Il est essentiel pour les proches d’apporter leur soutien sans juger la personne qui se blesse, sans l’obliger à montrer ses blessures ou la punir en cas de rechute. Le recours à une aide psychologique est généralement nécessaire. Trouver la thérapie et le psychologue ou le psychiatre (plus rarement le psychothérapeute ou le psychanalyste) qui conviennent peut demander du temps et plusieurs changements. Les traitements médicamenteux sont une aide ponctuelle réduisant le mal être, la fatigue et les tendances suicidaires dans bien des cas mais ne résolvent pas les problèmes à l’origine de l’automutilation. Les rechutes sont fréquentes, les progrès sont souvent lents et effectués « en arrière plan » mais cependant bien réels. Se blesser moins souvent, moins gravement, avoir recours à des méthodes de substitution à l’acte d’automutilation (par exemple dessiner des coupures sur soi ; verser un liquide rouge à l’endroit où l’on a envie de se blesser ; serrer des glaçons dans ses mains) est à considérer comme un progrès significatif. En finir de façon définitive avec l’automutilation demande beaucoup de volonté, or la volonté des personnes qui en souffrent est souvent annihilée par un trouble dépressif. L’automutilation représente l’aspect spectaculaire d’un profond mal-être ; résoudre le problème de l’acte d’automutilation sans comprendre le problème de fond n’est généralement pas suffisant et ne mène alors qu’à le remplacer par d’autres comportements autodestructeurs.
L’automutilation est une forme particulière de lutte contre la mal de vivre, analyse David Le Breton.En s’infligeant une douleur incontrôlée, l’individu lutte contre une souffrance infiniment plus lourde. Ce n’est nullement une volonté de mourir mais, à l’inverse, une volonté de vivre. Il s’agit de payer le prix de la souffrance pour essayer de s’en extirper. L’atteinte corporelle est une forme de contrôle de soi pour celui ou celle qui a perdu le choix des moyens et ne dispose pas d’autres ressources pour se maintenir au monde. Elle est une forme d’auto-guérison. » Contrairement aux tentatives de suicide, l’automutilation n’est pas un geste destiné à en finir avec la souffrance mais à s’en sortir.
Phosphore : Quel sens donner à ces actes de scarification et d'incision de sa propre peau? David Le Breton : Une première signification est de couper court à une souffrance intense, dévorante. On provoque de la douleur physique pour lutter contre la souffrance morale. Là, vous y mettez "un cran d'arrêt" en matérialisant votre désarroi paur une plaie. Il peut être aussi question de purification, une signification que l'on rencontre chez des victimes de sévices sexuels. Le sang qui coule matérialsie le souhait d'évacuer une souillure personnelle. Les actes de scarification sont toujours un moyen de se prouver que l'on existe, que l'on reste maître de son corps, surtout quand on est sous l'emprise d'un chaos intérieur. Ils donnent l'impression que l'on s'arrache de ce chaos en se déchirant à l'extérieur.
Ces actes concernent plus les filles que les garcons. Pourquoi? Chez les garçons, l'incision est plutôt une affirmation de virilité et une démonstration de force de caractère... Ils vont alors davantage rechercher des témoins. Les filles, elles, sont plus dans l'intériorisation de leur souffrance. Ce sont des coupures silencieuses, dans le secret, discrètes, elle ne vont en parler à personne. Ca ne se voit pas car le visage est le lieu sacré de notre identité personnelle. L'atteinte au visage est alors le signe du basculement vers la folie et la psychose. Un signal de non-retour vers le monde ordinaire.
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SCARIFICATION SOLITAIRE
Mais comment se fait-il que toutes ces filles "choisissent" la voie sanglante de l'automutilation et ne deviennent pas "simplement" névrosées... comme tout le monde ? D'après La der et Contario, il y a une dimansion sociologique dans le phénomène de la blessure volontaire: "Depuis l'aube de l'humanité, les êtres humains se marquent, se scarifient, se tatouent, pour exprimer leur appartenance à un groupe, leur statut social, leur accession ritualisée à l'âge adulte. Ce qui était autrefois un acre social est devenu une pratique solitaire. Nous vivons dans un monde de plus en plus centré sur l'individu et sur le corps. On est constamment bombardé de messages contradictoires et mensongers qui affirment que l'on se resentira mieux si l'on modifie son apparence. Les jeunes sont de plus en plus coincés entre survalorisation et haine du corps. L'enlaidissement volontaire de tous ces ados qui arborent "baggy look", cheveux verts et ongles noirs témoigne d'une crainte grandissante de la sexualité. Pas étonnant, dans ce contexte, que l'automutilation progresse comme une péidémie silencieuse." Mais quelle est la frontière entre le normal et le pathologique ? "On ne peut pas parler d'automutilation morbide chez les femmes qui usent de la chirurgie esthétique d'une manière sensée, ou chez les gens qui se font faire des pîercings parce qu'ils trouvent ça joli. Cela dit, le piercing peut constituer une voie d'entrée dans l'automutilation. Si la personne qui se perce ressent une jouissance qui la pousse à recommencer d'une manière de plus en plus extrème, on entre dans le pathologique. C'est l'aspect addictifs qui est inquiètant. " Pourquoi les femmes constituent-elles plus de 95 % des gens qui se blessent volontairement ? "Malgré des années de remise en question de la condition féminine traditionnelle, les filles continuent d'être socialisées différemment des garçons. On attend d'elles qu'elle soient douces, et surtout qu'elles soient parfaites. Face à cette exigence de perfection, les femmes retournent leur violence contre elles-mêmes. Les garçons ont davantage tendance à s'attaquer aux autres. Ils se retrouvent en prison alors que les femmes échouent les psys. Et puis il y a le corps: celui de la femme est beaucoup plus "encombrant", infiniment plus exposé aux jugements, à la pression des regards et aux agressions sexuelles que celui des hommes."
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