L'anorexie gagne du terrain chez les adolescents

Publié le par Juliette

AGNÈS LECLAIR. Publié le 06 septembre 2007


Près de deux jeunes filles sur 100 seraient atteintes de troubles alimentaires graves. Le psychiatre Xavier Pommereau appelle à créer des centres spécialisés.

L'ANOREXIE mentale a fortement progressé en France ces dix dernières années et toucherait aujourd'hui 30 000 adolescents de 13 à 18 ans, selon Xavier Pommereau, psychiatre et grand spécialiste de cette maladie. Selon lui, le chiffre d'une adolescente atteinte sur 100 généralement avancé est sous-estimé. « Les spécialistes partagent le sentiment qu'il existe une augmentation significative des cas d'anorexie grave. Aujourd'hui, cette maladie concerne plutôt près de deux jeunes filles sur 100 », assure le fondateur du centre Abadie, à Bordeaux, une unité hospitalière consacrée aux jeunes anorexiques. « La hausse concerne en premier lieu les troubles des conduites alimentaires mixtes, qui alternent restrictions alimentaires et crise de boulimie avec vomissements », ajoute le Pr Pommereau, qui publie un livre (*) avec le journaliste et ex-anorexique Jean-Philippe de Tonnac sur cette maladie mystérieuse.



Les garçons aussi touchés

Il est difficile d'avancer des données précises, car les anorexiques - dans leur immense majorité des filles - ne sont pas toujours repérées. Vivant dans le déni, elles apprennent à enrober leur maigreur sous plusieurs couches de vêtements afin de ne pas éveiller la curiosité de leurs parents. Et ces derniers, aveuglés par les résultats scolaires souvent excellents de leur enfant, ne décèlent pas toujours le mal qui les ronge. Les troubles alimentaires moins graves touchent, eux, une adolescente sur dix.

Les garçons anorexiques sont encore moins facilement détectables. Mais s'ils sont moins nombreux, ils présentent des profils encore plus inquiétants. Vivant mal leur homosexualité ou présentant des troubles graves du comportement, ils cumulent généralement plusieurs pathologies - comme la schizophrénie - et leur anorexie n'est donc pas systématiquement décelée.

Pour le Pr Pommereau, ces « pathologies de la consommation » se sont développées dans les années 2000 en réaction à « la société de surconsommation ».

Les structures d'accueil spécifiques restent ridiculement peu nombreuses. Cinq centres spécialisés offrent une cinquantaine de places aux malades les plus gravement touchés. Les services de pédiatrie des hôpitaux réservent de leur côté quelques lits pour les adolescents mais ne peuvent accueillir plus de deux ou trois anorexiques. Plus nombreuses, ces patientes tendent à faire la loi dans le service et à résister aux traitements.

La liste d'attente pour rentrer dans l'unité de Xavier Pommereau comprend jusqu'à 30 demandes. « Nos patients viennent de dix départements. Je viens d'accueillir une jeune fille de 33 kg pour 1,70 m. Si nous avions attendu une dizaine de jours, elle serait morte de dénutrition », alerte-t-il. Il faudrait au moins une maison des adolescents par département, et une unité des troubles alimentaires dans chaque région ». Des installations qui mettraient fin à certaines pratiques d'internement quasi carcérales.



* Le Mystère de l'anorexie Albin Michel


Source: Le Figaro.fr




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