Un peu de rien...

Publié le par Juliette




Je suis une espèce de robot multifonctions, tous les après-midi, je me pose les mêmes questions : qu’est ce que je mange ce soir ? Je mange ? Je ne mange pas ? Allez, une petite crise ?

Je continue à voir dans les extrêmes.
Hier je n’ai pas mangé, mes premières calories ingérées étaient sous forme d’un capuccino. Le pire, j’étais tellement soulagée.
J’étais fière mais surtout, oh oui soulagée !
Je n’ai toujours pas refait de chute dans les vomissements, j’y pense, j’obsède, mais je tiens.
J’ai passé des jours et des jours à faire des crises, à les garder, je m’étais promis de ne pas monter sur  "la chose", ce parjure, cet objet d’aliénation, pourtant je n’ai pas résisté à son appel ce matin. Et bien : rien !
Je n’ai rien prit, que dalle ! Nada !
Pourquoi ? Je ne comprends pas ! Et je ne peux que me réjouir !
Maintenant, comment se fait-il que je grossisse quand je ne mange pas et que je ne prenne pas un gramme alors que j’engouffre.
Parce que c’était bien des crises, pas des compulsions, je me suis réellement remplie, et pété le bide !

Encore un coup de fil de ma mère, tous me réjouissent à un point !
J’ai, bien entendu, repoussé, retardé ce que j’avais à faire  avant de retourner voir l’assistance sociale qui s’occupe de moi. Rien n’est fait, c’était presque convenu.
Résultat, pour ne pas changer ma routine, je vais devoir courir dans tout Paris demain, pour chercher des dossiers, les remplir, me rendre jusqu’à certaines administrations.
J’ai toujours adoré ça.
Heureusement, je relis la définition de la procrastination que j’ai laissé ici et je me console : non je ne suis pas qu’une grosse feignasse ! Enfin, pas complètement…
En fait, je suis pétrifiée.
J’aimerai tellement disparaître, me coucher, m’endormir pour quelques mois, laisser le temps passer.
Depuis des années je cherche le bouton  "pause", mais en vain.
Orgueilleuse toujours, j’ai cru pouvoir un jour posséder le moyen d’arrêter le temps. Telle était ma conquête et telle est ma défaite.

Merci chère maman pour ton soutien, je me sens si apaisée après nos entretiens.
Cette pression qu’elle me lance retarde tout. Je ne la supporte plus.
A toutes les pro ana, j’ai une offre : je vous loue ma mère !
Il est temps qu’elle me fiche la paix, ma mère serai votre  "ana".
Par contre débrouillez vous, je ne la reprends pas après !  Ni échangé, ni remboursé.
Elle se louera cher, très cher, commencez à économiser. En attendant, quand on est motivé !
Résultats garantis, je vous le promets.
En revanche, je n’accepterai aucune plainte si d’autres dépendances venaient s’ajouter. Je ne rembourse pas les ordonnances de Lexomil, de Stilnox ni Prozac, d’Inexium et encore moins les lames de rasoir…

Ô courage, viens à moi !

Si je ne mange plus sous forme de crise, alors je ne mange plus. Comment faire ? La juste mesure ?
Qu’on m’apprenne, je ne sais pas faire.
Hier j’étais énervée. Je n’avais pas mangé et à 17h, je commençais à détester la terre entière, j’étais énervée contre tout le monde, les lents, les hésitants dans le métro et, bien entendu, des petits coups de sac par-ci par-là, des petites excuses  "j’étais en train de tomber".
J’étais comme dopée, en pleine hyperactivité, je bougeais partout, je me mettais à courir dans les couloirs du métro alors que je n’étais pas en retard.
Je n’arrivais pas à me poser, à rester tranquille, puis est venue l’euphorie.
J’étais comme complètement bourrée sans avoir eu recours à la bouteille.
Si soulagée, je suis passée par le Monoprix qu’il y a sur les Champs.
A 23h, je me sentais si sûre de moi, je regardais toute cette bouffe, cet étalage sans la moindre envie. Je les narguais, les insultais dans ma tête.
En fait je planais, j’avançais sans sentir mon corps, je volais tout simplement.

Il faut à tout prix que je prenne garde parce que c’est toujours soit l’un soit l’autre.
Aujourd’hui, j’ai un peu plus mangé, dirons-nous, mais je continue. J’ai peur que manger me donne faim, je tiens un aliment entre mes mains, je suis partagée entre l’envie de le jeter à terre et l’envie de l’engouffrer en pensant déjà à tout ce que je pourrai manger après et évidemment, je pleure.
C’est la principale raison qui fait que presque jamais je ne partage de repas, à moins que j’ai confiance en la personne.

Je déteste cette  "maladie de la dépendance". Si on en chasse une, une autre prend le relais et sans même avoir eu le temps de m’en rendre compte je me retrouve dans un état qui en rappelle un autre et qui pourtant n’a pas été initié de la même manière…
Je suis fatiguée, j’ai envie de vivre et en même temps, je me sens si effrayée. Je dois faire plein de démarches administratives, je dois renoncer à ce dont je rêvais cette année, aller dans le sens d’une vie que je n’ai pas choisie.
Le faire sans rien ? Je dois affronter ça sans vomissements, faim ou crise ?
D’accord, peut-être que c’est possible, mais faire tout ça, faire de telles concessions sans être dans un état un peu second, sans ressentir cette douleur confortable qui m’accompagne ?

J’ai peur de moi car je suis ma principale ennemie. Si je commence à avoir faim, je ne pense qu’à une chose : prendre du (bip) pour dormir et ne plus penser.
Si je ne  "plane pas à la faim", le même refrain revient.
J’en suis à 17 jours sans vomissement et mon cerveau bouillonne !

Demain es-tu forcé d’arriver ?
Aidez-moi à stopper le temps.
Est-ce que je vais être capable de faire tout ces trucs administratifs sans cachet, avec une alimentation équilibrée et saine ?

Qu'une camisole s'offre à moi, à moins que la sagesse apparaisse…




17 jours sans vomissements.
(et j'ai pourtant l'impression que ça fait des mois)




Publié dans Au quotidien

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Commenter cet article

mam 02/02/2008 02:16

J\\\'espère que tu va bien .
J\\\'ai lu quelque part que la Boulimie guérissait l\\\'Anorexie (-d\\\'un psy ou d\\\'un toubib.....). Mais je me rends compte que les médecins sont des apprentis sorciers, ou mème des Dr Frankestein....les seuls crédibles sont les survivants qui reviennent de cet enfer. Mais dans quel état ? qUI A PUT les laisser dériver , les créer les façonner...
S\\\'il faut sans doute une dose de déterminisme pour devenir Anorexique...les grandes claques qu\\\'on reçoit dans la gueule de partout aident à chuter de façon vertigineuse.

Dolores 06/09/2007 11:36

Je croise les doigts pour toi ! Bonne chance petite Juliette ! J'espère que la roue tournera en ta faveur...
Bisous

Rasperdil 06/09/2007 01:58

Et bien moi, lire des blogues comme le tien, parfois ça m'inquiéte de ne pas savoir comment va la personne. Comme si j\'avais un attachement alors qu'en réalité, je ne te connais même pas. (ce qui, il est vrai, est déplacé de ma part, mais voilà, ce sont des choses qui arrivent. J'en suis bien désolée, mais tel est mon caractère stupide qui ne sait pas prendre de distance et incapable de se dire, "ok, je ne la connais pas, je vais pas y penser pendant des mois"!)Bref, je veux dire: je déteste blesser des gens quand je ne sais pas comment ça va: je n'aime pas de ne pas savoir comment ça va, si ça va vraiment mieux. Je dirais, oui, à priori. Mais en même temps, je n'en sais rien. J'espère que oui pour avoir ma conscience tranquille, mais apparemment, ça n'est pas suffisant pour la calmer. Encore plus maintenant (je n'ai pas la conscience tranquille, même  en ayant essayé de prévenir, voilà.)J'en fais des tonnes? Comment ça va? (Rasperdil etc.)

Albertine 05/09/2007 19:28

Bravo Juliette pour cette nouvelle victoire - ou plutôt, devrais-je dire ces nouvelles victoires parce que, franchement, même sans circonstances particulières, je crois que pour les démarches administratives et autres il faut toujours prendre sur soi...
J'aimerais moi aussi que demain n'arrive pas trop vite... En même temps, je crois que si l'urgence et le sentiment de l'urgence ne pointaient pas parfois le boût de leur nez, il y a beaucoup de choses que l'on ne ferait jamais, attendant, pour les faire, que "tout soit parfait", etc., etc., tu connais le refrain je crois...
J'espère que tu as pu faire tout ce que tu voulais aujourd'hui, j'ai cru comprendre qu'une journée chargée t'attendais.
Je veux avoir le temps pour répondre à ton message : je le ferai donc plus tard (après....). Cependant, je crois déjà pouvoir dire que je ne pense pas que tu sois réellement concernée par ce que j'écrivais.
Je t'embrasse ma pas manipulatrice mais certainement génie Juliette et.... je file, je file !
PS : Pour l'orgueil et l'humilité, je te donne raison. A cette réserve près cependant : il est aussi un bon orgueil, celui par lequel nous nous aimons aussi à notre juste valeur. Quant à l'humilité, je crois en effet qu'elle est rarement bonne mais vient très souvent du mauvais  orgueil (l'orgueil mal placé) et naît de ce que nous nous comparons aux autres (ce qui est absurde) ou à une espèce d'essence idéale qui n'existe pas. Bref, je crois que l'essentiel est de connaître ses forces, ses talents, mais aussi ses faiblesses et ses travers, cultiver ceux-là, tordre ou composer avec ceux-ci - et faire avec soi, sans déplorer de ne pas être autre qu'on est.

Justine 05/09/2007 17:25

17 jours !!  super continue !!!!
 
bisoux juliette !