Ca démange

Publié le par Juliette



Ca a fait 16 jours ce soir que je n’ai pas vomi, je ne pense qu’à ça, tout le temps. Je ne pense même plus à une crise à la bouffe, je rêve de moi en train de vomir, je sens ma bouche s’ouvrir à tout moment de la journée comme si elle voulait vomir, je suis obsédée et happée par cette envie, ce fantasme : aller avaler de l’eau pour pouvoir vomir…

Je lutte contre ce moyen de destruction, mais tous les autres connus et abandonnés refont surfaces.
Mon poignet gauche me démange, en fait toutes les cicatrices que j’ai pu me faire me démangent et sans m’en rendre compte je vois de grosses plaques rouges sur mon corps, surtout sur mon avant-bras gauche et dessous mes genoux, en fait je me suis grattée sans même m'en rendre compte. Il n’y a pas de piqûre de moustique, pas de puces,pas de coups de soleil…
Non juste la destruction qui me démange.

Les cachets m’appellent, la petite boîte verte, les petites gouttes, les petits cachets roses…
L’alcool me berce en me disant qu’il saura étancher lui cette soif de destruction, que lui enfin pourra m’aider à remplir ce vide, ce néant intarissable.
Je lui résiste, je sais qu’il me ment, mais je ne sais plus quoi faire pour remplir ce manque.
Remplir mon corps pour combler mes peurs, remplir mon âme pour échapper à mes pleurs.
Chasser une dépendance pour une autre, telle est ma névrose.

La journée de jeudi fut particulièrement difficile, j’étais effondrée, je me demande comment je vais faire pour me remettre de tous ces espoirs qui éclatent en mille morceaux, je ne sais pas comment je vais faire pour surmonter de ne pas faire cette année ce qui animait mon espoir, ma dernière lueur. Je ne sais pas comment je vais faire pour me faire à cette vie qui m’attend. Comment faire pour faire sans celle que j’attends.
Encore une année dans le noir, une année dans la réalité, ça ne se terminera jamais.
La conclusion de la journée après tous ces rendez-vous était pour moi que je n’étais qu’une ratée, qu’une débile, qu’une idiote, qu’un ersatz, qu’un imposteur…
Je suis sortie de cette journée et entrée dans cette soirée désabusée, mortifiée, je ne croyais plus en rien et surtout pas en moi. Je voyais plus aucune raison d’essayer d’arrêter les TCA.
Pourquoi j’arrêterai ça ? Si la réalité est si moche, si la vie est celle qu’on me montre, je préfère encore vivre avec la destruction, au moins je m’occupe, au moins je m’anesthésie, au moins je ne vois pas ce monde crasseux et injuste peuplé de cons.
Je suis avec mon monde imaginaire, il est moche, il est sale, il est noir, mais il pourtant tellement moins que celui qui se présente.

J’ai résisté, je n’ai pas fait de crise pas vomi, mais les moyens de destructions, j’y ai eu recours, je vais passer les détails…

J’aimerai bien comprendre ce que je fous sur cette terre, j’ai rien à apporter, on m’apporte rien, je me relève, j’ai à peine un pied à terre je me reprends une claque qui me remet par terre, et ça ne s’arrête plus.
Dès que je fais un effort, il n’est pas récompensé par une belle surprise, un cadeau mais par une autre baffe, j’en ai marre, je ne vois pas bien l’intérêt de rester ici, de rester comme ça en "sous-vie".
J’en ai marre de regarder les autres vivrent à travers une vitre floue et quand je tente de me joindre à eux, je me prends la vitre alors franchement à quoi bon !???

Et pourtant je tiens bon, 16 jours sans vomissement, malgré aucune journée sans crise, je préfère ne pas monter sur la balance, je vomirai à nouveau aussitôt.
117 euros de soins juste mardi, 640 euros la couronne et le reste des soins et encore, ce n’est que le début, tout ça pour une seule dent !

Est-ce que ça va me retenir encore longtemps ?
Qu’est ce que je fais, moi maintenant ?
Je suis comme une droguée en manque, une droguée qui tremble. Car c’est bien la réalité, je suis en manque. En manque de vomissements. Ca faisait bien longtemps que je mangeais pour vomir et c’est si dur.
Je suis sous l’emprise de cette douleur maléfique, je suis dépendante de ce mal qui m’habite.


"J'ai appris à vivre, pour ainsi dire, avec l'idée que ne trouverai jamais la paix et le bonheur.
Mais tant que je sais qu'il y a une chance assez bonne de mettre la main sur l'un ou sur l'autre de temps en temps, je ferais de mon mieux entre les grands moments."
Hunter S.Thomson


Je vais le marquer en gros pour essayer de me rendre compte que c'est une victoire:
15 jours sans vomissements.




Publié dans Au quotidien

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Elisa 03/09/2007 18:01

(merci pour ta réponse ! ;) j'adôoore ces dessins aussi ! ;)
Accroche-toi à tes rêves, reprend tes études, Respecte toi comme tu le mérites !
Et quoi qu'il arrive continue, donne-toi le temps qu'il faut pour arriver à ton but. C'est la seule chose qui pourra combler ton "néant". Tu es déjà quelqu'un de très riche, tu n'es pas une assistée. Tout ce que tu donnes dans ce blog ce n'est pas du vent, c'est profond, sensible, intelligent... Ne sous-estimes pas tout ça, ça fait partie de toi.
Je suis certaine que tu vas t'épanouir de cette manière. Bravo pour ton choix et pour ces 16 jours !! Chaque jour est une victoire !
 

Dolores 03/09/2007 16:34

Ca y est, j'ai tout bien lu petit génie égaré ! J'espère que cette semaine t'apportera de meilleures nouvelles ;) A bientôt...tu sais où ! Kissou kissou ?
Oui, oui j'ai osé;)

Marie 03/09/2007 15:30

JulietteTu as bien raison de te battre pour avoir le droit de faire ce que tu as envie de faire. Les études c'est tellement important.. Je te souhaite de réussir, car tu le mérites. Tu es une fille très forte et je suis sûre que tu vas y arriver. Bats-toi encore. Je sais c'est facile à dire mais je t'assure, ça en vaut la peine.Un gros bisou d'Allemagne, Marie.

until-the-end 03/09/2007 13:30

waaaa !!! BRAVO !!! continue ! tkt pas ! lache pas !!!!
 
bisoux

Pam 03/09/2007 09:25

Tu as raison : 16 jours, C EST UNE VICTOIRE ! et une belle, une vraie, une forte. Tiens le coup, c'est la première bataille de gagner, garde en tête que c'est toute la guerre que tu dois gagner.
Tu as tort : la vie, c'est pas un truc chiant et moche. J'peux te le jurer. Suffit juste d'oser se le dire, et d'oser savourer ce qu'il y a de beau, ce qu'il y a de bon.
 
Courgae petite juliette,
 
(k)

Juliette 03/09/2007 13:38

A toutes,Déjà un immense merci pour vos commentaires et votre soutien, ils me sont précieux et je remarque qu'en cas de baisse de moral, les mêmes sont toujours là alors encore MERCI.Je m'excuse, je me suis trompée, en fait ça n'a pas fait 16 jours sans vomissements, mais 15 jours hier, mais je m'engage à ce que cela fasse 16 jours ce soir.J'en profite pour remercier Pam, beaucoup de personne m'avaient déjà dit que le premier pas vers la "sobriété alimentaire" était l'arrêt des vomissements, mais j'avoue que c'est Pam qui m'a convaincu. Tu as prit le temps de m'expliquer en quoi ça pouvait être possible et pourquoi, merci.Bravo à toi et aussi la petite Youstinette qui en est à plus d'un an sans vomissements je crois !!En fait je me plains, je grogne, je trouve le monde crade, je sais...C'est ce que mon psyu appelerai une "rechûte émotionnelle", dans le sens où je me trouve confrontée à une situation que j'ai déjà éussi à traverser sans retomber comme aujourd'hui dans le moralisme.Mais là c'est dur, enfin dur pour moi.Ca fait quelques temps que j'ai dû arrêter mes études, déjà à cause de l'épilepsie qui s'était transformé en monstre avec toutes les opérations chirurgicales et leurs suites puis est venue cette année, cette année que je compte appeler "l'année dernière" qui fut une période de belle rechute dans les TCA et la destruction, la dépression...Je décide de donner fin à cette période. Je décide de reprendre mes études, de finir ce qui me tenait à coeur et de me séparer de l'emprise qu'ont mes parents sur moi à savoir, la dépendance finacière.J'ai entendu et lu des dépendantes de TCA dirent que leurs mères les aimaient par la bouffe, moi c'est avec l'argent.Avec ça ils m'ont tenu en laisse et avaient tout pouvoir d'humiliation et d'intrusion. Il est vrai que jusqu'à maintenant je n'ai jamais pu travailler, avec l'épilepsie je ne pouvais même pas faire de baby-sitting.Cette semaine je suis allée enfin voir une assistante sociale pour voir ce que je pouvais faire pour remonter la pente et être indépendante, car je ne sais rien faire toute seule. Je n'en suis pas fière, mais il y a encore 1 an, ma mère remplissait elle-même les feuilles maladies !! Non pas que je n'avais pas envie de le faire, mais elle était persuadée qu'elle devait le faire parce que j'étais trop con pour le faire moi-même !!Et verdict de l'assistance sociale: je vais être au RMI, pas pouvoir reprendre mes études cette années car on ne peut pas cumuler les 2 !Je vais devoir attendre encore au moins une année et je vais passer mon année à faire des bilans de compétences, des CV, des entretiens d'embauche, on va encore m'assister comme une pauvre fille qui ne sait rien faire, à tenir un budget !!J'arrive dans cette vie, je ne sais rien faire toute seule et je ne peux rien faire !!Les études, ça a été ma lueur d'espoir, ce qui m'a toujours tenue en vie, la raison pour laquelle je me disais: reste en vie, il y aura ça après.Sans cet espoir, je ne serai plus là aujourd'hui, ma vie n'avait pas de sens, ce n'était pas une vie et je ne pensais qu'à ça.J'ai pas pu terminer mes études à cause de cette épilepsie de merde, à cause de cette dépression chronique, à cause de ces TCA et autres dépendances et le jour où je commence à être en vie et prête à affronter la vie, finalement on me sort que tout le monde n'a pas pu faire d'études, qu'il existe des formations !!Mais moi, ces formations, je m'en fou, c'est pas ce que je veux faire !Je veux aller à la fac, pas pour me déresponsabiliser le plus possible mais parce que je voulais avoir un métier dans la recherche !Expliquez moi comment être chercheur en archéologie, histoire de l'art ou comment être conservateur sans diplôme ???Résultat, je ne suis qu'une ratée, qu'une pauvre fille qui va terminer sa vie en gratte-papier !Si encore j'avais essayé et échoué mais non, je n'ai même pas eu ce choix, même pas cette possibilité, j'ai même pas pu faire mes preuves et je suis effondrée.Je m'étais pourtant bien démerdée malgré l'épilepsie, j'ai jamais lâchée. Je suis restée en cours, quitte à passer 2 matières par an, je bricolais.Je voulais pouvoir donner une chance à mon cerveau et à moi-même quand ce serai posssible et bien non, voilà, ce n'est pas possible...Je ne sais pas si je vais pouvoir composer avec ça.En tout cas, je le signe ici : peut-être que cette année ne sera pas la bonne, mais je m'en fou, même si je termine mes études à 40 ans, personne ne m'obligera à faire ce que je ne veux pas faire et à être ce que je ne veux pas être.Ces diplômes je les aurai, ces boulots, j'y accèderai. Et peu importe ce dont on a pu me convaincre.Cette liberté qui s'est toujours refusée à moi, je la trouverai un jour.Le gros problème est que dans ce genre dépisode, une seule phrase résonne en moi "qu'ils aillent tous se faire foutre!" et je ne vais pas cacher que cette phrase, c'est ma phrase d'autodestruction, ce que je me suis toujours répété avant de replonger dans l'anorexie...Désolée pour toute cette colère, toute cette haine qui sort de ce commentaire, en fait il n'a rien à voir avec vous, mais voilà, je ne vomis plus et je crois que je crache ma haine d'une manière ou d'une autre...