Retour chez le psychologue spécialisé, un an s'est écoulé.

Publié le par Juliette



J’y suis allée en tremblant, mon I-Pod à fond pour rester dans ma bulle, l’envie de partir, l’envie de me faire mal au poignet pour alléger le choc, pour moins ressentir.
J’ai trouvé l’adresse puis suis partie. J’étais arrivé très en avance dans le quartier. Je crois que j’avais besoin de « poser mon sac » un moment avant, de respirer, je ne me sentais pas capable de passer du métro à sa porte d’entrée.
Je voulais respirer avant. Finalement, je n’ai pas respiré du tout.
Je cherchais un bar proche pour m’asseoir et j’ai croisé une boulangerie, puis une autre.
Puis j’ai trouvé un bar…
Je me sens telle une clocharde, une fille violée par cette merde de maladie sans aucune dignité, une bête, un zombi, je me contente même plus de m’humilier, me réduire et me détruire cloîtrée et cachée chez moi, je peux assouvir mes pulsions n’importe où.
Avant la « voix » me disait après la crise ou après une simple tomate « mais vomis espèce de faible, tu ne vas pas tout gâcher, tu vaux rien et blablabla ». Mais elle ne m’incitait à ça que chez moi pour la simple raison que jamais je ne faisais de crise ailleurs que cachée dans mon antre.
Maintenant elle commence, (je commence) à m’humilier même dans la rue : « Mais mange ! Bâfre ! Tu crois qu’on va te regarder ? Mais t’es invisible ma pauvre fille, moche et sans intérêt. ».
Je mange et elle se réveille pour me dire « mais vas te cacher, t’as pas honte ?! t’es pas assez grosse comme ça, pas assez répugnante et à gerber, tu te produit dans la rue ?! ».
Je me suis trouvé un square désert pour manger 1 part de flan et une part de tarte, cachée derrière des arbres.
Puis je suis allée dans le bar. « non je ne vomirais pas, je l’ai fait il y a à peine 2h et je me suis éclatée la gorge, j’ai les parotides gonflées, on dirait que j’ai prit 100 kilos, je vomirais pas, je vomirais pas… »

Finalement, je ne suis pas allée aux toilettes, j’ai commandé un café, sorti mon petit cahier, lui toujours lui, j’ai remis mon I-Pod à fond et j’ai fumé une cigarette en me pinçant pour ne pas pleurer. Encore humiliée, encore perdante, encore minable.
Je ne voulais vraiment pas vomir.
Ca faisait 1 an que je n’avais pas vu ce psy. J’ai commencé à mettre sur papier ce qu’il c’était passé, comment je mangeais mois par mois.
Et c’était pas beau à voir comme bilan.

Je fume et ça y est l’heure approche, je n’ai pas vomi, c’est génial, mon estomac est énorme et j’ai du mal à supporter le poids de ces 2 parts de tarte, mais j’ai tellement utilisé ma tête pour penser, pour préparer le rendez-vous que je n’y pense presque plus.
C’est l’heure, je passe aux toilettes en partant. Et une fois dedans je suis étonnée, j’ai rarement vu des wc si propres ! Des lingettes pour essuyer la cuvette pourtant propre, aucune odeur, du papier toilette, un lavabo dans les toilettes, personne n’attends derrière… Et je sors les tartes…

J’explique ce qu’il c’est passé avec le psy. Je lui ai dit que j’avais fuis parce que soudain j’avais eu peur de guérir pourtant je ne me sentais pas malade avant, je lui dit que les questions sur les hommes et la sexualité m’ont effrayé et il me répond : « évidemment, c’est classique. Plus des 2/3 des patientes ne reviennent plus à cause de ça… Vous êtes revenue, c’est très bien »

Il m’arrête quand je lui parle du sucre et essaie de m’envoyer sur une autre piste. Il me dit qu’il considère les crises de boulimie et les crises au sucre très différemment. Il me dit que le sucre révèle un besoin affectif, un besoin de présence, de douceur… Et me demande ce qu’il c’est passé et pourquoi j’avais besoin de « ce sucre » dans ces moments là…

Il réussit à me faire parler des hommes, mais me laisse le choix d’à peine effleurer le sujet. J’ai confiance parce qu’il comprend tout.
Sa conclusion est que je suis rentrée dans une phase très dépressive, assez brutale et qu’il est temps maintenant de comprendre pourquoi je maltraite ce corps, quelles sont les raisons qui me font le brutaliser. Il va falloir rechercher dans le passé.
Pour lui l’anorexie et la boulimie sont les mêmes symptômes, il n’aime pas dire : vous êtes anorexique, vous vous êtes boulimique.
Pour lui c’est trop proche et je fais les deux. Je me détruis en faisant de l’anorexie boulimie. Je ne suis plus restrictive seulement comme pendan ma jeunesse, plus seulement boulimique. Il veut qu’on cherche à quoi je réagis par la restriction, à quoi je réagis par la compulsion. Et surtout pourquoi le mode anorexique est bien plus ancrée en moi.
Pour lui l’anorexie gouverne et la boulimie fait son apparition régulièrement : pourquoi ?
Il n’entend pas : les restrictions appèlent les compulsions mais me demande de répondre à quels besoins émotifs je réponds en me coupant, en vomissant ou en mangeant.

Voilà, j’ai un mois pour y réfléchir. Je le revois début août.
Cette consultation m’a fait du bien, mais surtout elle avait un goût. Cette fois c’était pour moi que je m’y étais rendu, je ne faisais ça que pour moi.
J’ai payé pour la première fois avec MON argent, l’argent qui provient de mon nouveau compte, du compte au quel ma mère n’a pas accès.
C’est comme si cette consultation avait un goût d’investissement. C’est mon argent et j’y ai mis 50 euros de MA poche. Comme si c’était MON effort.
Je ne sais pas comment expliquer ça, mais quand j’ai fait ce chèque sur mon carnet vert, carnet de la BNP, j’ai ressenti quelque chose, c’était différent de la Société Générale. J’étais fière de moi, je faisais ça pour moi.

(Et un Merci immense à A… qui je sais passe par là pour me lire de temps en temps : merci pour tes coups de téléphone, ils sont tombés à pic et toi aussi.
T’es celle qui m’a le mieux comprit et que je pense avoir le mieux comprit.
T’as toujours respecté mes moment d’isolement, tu les as jamais mal prit et pour ça encore Merci. Je sais bien que c’est parce qu’on a un fonctionnement commun et que j’ai fait la même chose avec toi, mais trouver une amie pareille sur sa route, tout le monde n’a pas cette chance.
Je me sens très cucul de dire ça, tu sais comme j’ai du mal avec ce genre de déclaration, mais heureusement que tu es là.
Je suis contente de ce nouveau cycle que tu entâmes et des émotions que ça réveille, il était temps que ça pète, que tu gueules, que tu t’en rendes compte. Ca ne peut que te faire du bien, même si je sais, ça chamboule et ça fait mal de découvrir pourquoi…
T’es la seule à ne pas m’avoir félicité pour la perte de poids, la seule à avoir vu qu’il était trop tôt pour bosser et qu’il y avait un risque d’explosion…)



Résumé d'une année

Ca commençait super bien en mars et avril. Aucune restriction, la tenue parfaite du plan alimentaire qu’on m’avait donné à l’Hôtel-Dieu. Pas de sensation de faim, pas de sensations de manque, pas de pulsions, je n’y pensais même pas.
Je maigrissais très vite et très bien.
On venait de m’enlever ce Tégrétol et cette Dépakine maudits à jamais.
Je n’avais plus de raisons de grossir. Je pouvais maigrir tranquille, enfin libérée de ces 2 molécules de malheur.
Un vrai miracle, c’est comme si tout était derrière moi, comme si je n’avais jamais fait de boulimie ni d’anorexie.

En Mai, ça commence mal.
Je rencontre une personne pourtant dans un groupe de paroles pour TCA qui me dit que je ne devrais pas faire de régime, que je suis très bien comme ça, qu’il n’y a pas de raisons.
Je suis encore obèse, mon cœur est trop petit à cause de l’anorexie qui ne l’a pas fait grossir, j’ai dans le sang des antiépileptiques (encore 2 molécules) des antidyskynésiques, si c’est dangereux. L’obésité, c’est dangereux.
J’ai beau lui expliquer que je ne fais pas de régime, j’ai juste un plan qui m’apprend à manger…
Il est super généreux, il y a 200g de féculents (cuits) à chaque repas, 1 yaourt + une crème dessert le soir pour éviter les crises et le manque justement. On ne m’a imposé aucune restriction sélective, on m’apprend juste à manger équilibré comme quelqu’un de normal.
Cette idiote était boulimique vomisseuse, soit disant « guérie », apparemment pas car toujours dans le contrôle...
Elle me dit que si je fais un régime, que jamais j’y arriverais, que tant que je chercherai ou désirerai maigrir jamais je ne maigrirai et plus je ferai de crises de boulimie.
On ne parle pas le même langage, elle n’écoute rien, je ne l’écoute plus, je la laisse cracher son venin et rentre chez moi complètement effondrée.
Je ne sais plus qui a tort, qui a raison.
J’entends : « mais viens, on va lui montrer à cette pétasse si ça marche pas ! Tu vas voir, laisse moi revenir, je vais te coacher ! » et de l’autre côté : « mais ma pauvre fille, t’es vraiment minable ! regarde toi ! Tu le laisse faire, tu réponds pas, même pas tu te défends et tu rentre en pleurant comme une débile, vas vite te faire vomir ! C’est tout ce que tu vaux de toute façon !! ».
Je réussis à n’en écouter aucune au début.
Je ne saute pas de repas, je ne restreins pas, je ne compulse pas, mais c’est vrai que c’est dur, c’est chancelant. Ses paroles raisonnent.
Je veux me défaire de ses chaînes et aller lui dire ce que j’en pense, retrouver un tant soit peu de dignité. J’ose et c’est un échec total. Je ne tremble pas, je lui dis tout ce que j’ai à lui dire, de façon sérieuse, pas l’air d’une pauvre victime qui s’excuse et pas non plus l’air d’une fille méchante, en colère ou pleine de rancœur.
Ca ne sert à rien, sa réponse fut « oui, mais tu sais je suis quelqu’un de malade, c’est la maladie. »
Cette fois c’est trop je commence les crises et ça ne s’arrêtera qu’à la fin du mois de Mai.
Je replonge. Je n’avais pas vomi depuis plusieurs années.

Juin
Je me remets doucement de ce mois de mai, de cette déferlante de crises, je continue le plan alimentaire sans pourtant me rendre compte que je l’ai trafiqué au fur et à mesure. Tout est encore là (protéines, féculents, légumes, fruits, laitages, lipides…) mais voilà j’ai réduit la variété et j’ai commencé une espèce de « tri sélectif ».
« Il ne reste que 800 calories, mais et alors ? Puis qu’il y a tout !
Je mange 400g de légumes par repas, je ne me restreins pas ! »
Je commence à éprouver un bonheur à avoir faim. Je ne mange pas tant que je n’ai pas faim et ne me couche pas tant que je n’ai pas faim. Autant dire que tout mon rythme de vie est dérangé.
Il n’y a rien de très grave encore. J’ai un super moral, je maigris beaucoup, je dois avoir perdu 15 kilos depuis fin mars. Je suis contente.
Aucune compulsion, pas trop d’obsessions, j’ai l’impression de tout contrôler.
Puis j’en croise une autre, je suis en train de faire des courses au Monoprix, je la voix pas arriver. Au rayon des shampoings, une main me touche l’épaule : « alors comment ça va ? » je meuble, j’ai pas envie de parler mais elle est gentille normalement, bien entendu c’est une personne de plus au courant de ce qu’il se passe, elle sait tout depuis longtemps. En partant, elle me parle de mon régime. Je réponds « ça va, ça va bien », je fais semblant de sourire, qu’on me lâche un peu. Mon corps change et ça se voit, mais et ma tête ? Elle boue et n’en peux plus de ces remarques, elle passe en mode dissimulation. Malheureusement quelque chose dans mon regard a du me trahir. En partant elle me touche l’épaule et me dit : « écoute, entre nous moi quand j’ai comprit que tu te refaisais vomir, je me suis dit : tant mieux, c’est pas grave, après tout elle a beaucoup de poids à perdre ! ». Elle part vite.
Je remarque même pas l’atrocité du propos, la violence de ses mots, je note même pas qu’elle m’a dit ça alors que ce n’était pas le sujet. Je n’entends qu’une chose : j’ai raison, en fait il y a rien de grave à vomir, je suis grosse après tout, c’est pas risqué !
Puis je me rends compte…


Juillet
Les 15 premiers jours se passent comme le mois de juin, puis c’est le mariage d’un de mess cousins.
Je revois ma grand-mère, mes oncles, tantes, cousins…
Et j’entends toutes les 5 secondes : « whaou, bravo, c’est super, ce que t’as maigri ! Continue !! »
J’appréhendais ce week-end depuis des jours. Je n’allais plus pouvoir contrôler, plus pouvoir peser les aliments, plus choisir les formes, les couleurs, ils allaient mettre des lipides…
Et je fais un beau retour en arrière, un retour en adolescence. Je vomis entre chaque plat le soir du mariage.
Pendant que tout le monde célèbre un mariage pendant que ma grand-mère est heureuse et rencontre un nouvel arrière petit fils, sa petite fille se déchire la gorge comme un animal, juste à côté, à même pas 30 mètres.
C’est du « vite fait bien fait ». Je ne rencontre encore aucun problème à vomir, j’ai même pas besoin de me forcer, je ne fais pas de bruit, je ressors la tête toute fraîche, pas de quoi s’en douter…
Je passe une semaine chez mes parents et je finis par craquer, je fais une petite compulsion que je vomis. Là-bas non plus je n’ai pas d’inquiétude, il y a des toilettes en bas, en haut, des lavabos dans les deux, la maison est grande, je peux encore faire ça dans le plus grand anonymat.
Fin Juillet, je retourne enfin voir mon nutritionniste à l’Hôtel-Dieu. Cette fois c’est vraiment en train de déraper et je lui avoue tout. Je croyais qu’elle allait m’orienter vers une diététicienne spécialisée, je pensais avoir une adresse de psy…
C’est le service le plus reconnu pour la nutrition, j’espérais que de ce fait, ses compétences et connaissances allaient jusqu’à la compréhension.
Je n’arrête pas de pleurer, je suis paniquée, en gros je veux poser les armes, j’en ai marre, je lui lâche tout.
Et en fait c’est pire encore en sortant.
La nutritionniste se met à être agressive, elle lève le ton, sa voix est énervée, elle parle fort : « mais qu’est ce que c’est que ce massacre ? Pourquoi vous recommencez ? »
« Mais c’est n’importe quoi, il faut que vous alliez voir un psy !! ». « Arrêtez ça, de toute façon c’est impossible de perdre tous vos kilos ! ». « Vous n’y arriverez jamais, mais jamais ». « Vous, vous rendez compte, vous avez prit 60 kilos, vous ne perdrez jamais les 50% de votre poids que vous convoitez ». « Non même pas les 40% ! ». « C’est peut-être le tégrétol et la dépakine, j’en conviens, c’est tout à fait ça mais ces kilos qu’ils vous ont fait prendre, jamais vous ne les perdrez tous !! ». « Vous maigrissez trop vite c’est une catastrophe », « on se revoit dans 1 mois, mais je vous préviens, vous allez voir votre psy, vous y retournez, moi je ne m’occupe pas de votre alimentation tant que vous n’êtes pas suivie »
Je suis sortie de l’Hôtel-Dieu lobotomisée, une dizaines de feuilles d’analyses sanguines à faire en main, je pensais même plus. J’avais l’impression qu’un camion m’avait roulé dessus. Je me suis posée sur le premier escalier des quais et je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je n’ai pas vu passer le temps, je suis restée prostrée 2h sans me rendre compte du temps qui passait, comme si j’avais le cerveau qui s’était mit en pause, sans pensée sans rien du tout. Moment de mutisme.
Cette fois, elle ne me laissera pas. Ca fait des mois que je lutte contre cette voix mais évidemment elle revient, elle est la seule à pouvoir me réconforter. La devise habituelle : « qu’ils aillent tous se faire foutre ! Ils verront bien ! »
Le ressort anti-voix a été usé, ça fait trop de provocations !

Août
Les obsessions commencent à se transformer. Avant j’obsédais surtout sur la nourriture que je ne m’autorisais pas, la nourriture de crise, maintenant une seule chose m’intéresse : maigrir.
Je me pèse au réveil, après chaque gorgée d’eau, je vérifie que le poids du repas est bien le poids qu’il y a dans mon estomac. Je vérifie sans cesse que la balance alimentaire est bien réglée comme le pèse-personne.
Je me pèse plusieurs dizaines de fois dans la journée et je note tous les chiffres.
Je commence à compter les calories au dixième près et surtout je change de façon de compter.
Je compte les calories de manière dégressive et je suis si fière quand je n’ai pas 700 le soir, je vois 500, je suis fière de moi, c’est un bonus !
Je ne fais pas de compulsions, pas de vomissements, mais je saute de plus en plus de repas ou réduit de plus en plus les quantités.
Mes repas sont tous les mêmes, je n’achète plus que des tomates -cerises, du surimi, des yaourts, des petits pots pour bébé et du pain.

Je rencontre 2 personnes géniales, elles me proposent de m’aider à trouver un boulot dans un Musée à Paris. Je n’entends que de bons échos, tout le monde est fière de moi, tout le monde m’encourage…
Seulement une amie se doutait que c’était risqué et que c’était peut-être un peu tôt. Je ne fais plus de crise d’épilepsie depuis seulement 7 mois. Je suis seulement en train de retrouver toutes mes capacités de mémoire, de langage qu’on croyait endommagées à jamais.
Je n’avais encore jamais pu travailler, même pas non plus faire de baby-sitting….

Septembre
La voix revient et me terrasse sur place, elle me dit qu’ils se trompent que je vais encore décevoir tout le monde, je ne suis pas aussi intelligente et pleine de capacités comme ils le croient, je vais m’humilier et les ridiculiser si elles se prononcent à ma faveur. Je n’y arriverais jamais, je vais encore décevoir tout le monde, je ne suis pas à la hauteur, un jour ou l’autre, elles verront qui je suis…
Résultat : je suis harcelée par des angoisses, par la tristesse. Je commence à devenir de plus en plus fatiguée. J’ai peur de tout. Je commence à instaurer un décor intemporel. Je n’ouvre plus mon courrier, ne fais plus à manger, je ne range plus, je m’isole, ne réponds plus au téléphone.
Je commence à ne me nourrir que de capuccinos, j’en prends 3 par jour, je ne les garde pas toujours. Il y a une boule dans mon ventre, elle presse, prend toute la place dans mon corps et dans ma tête.
Je vais prendre ma tension à la pharmacie tous les jours. J’ai entre 8 et 9.
Je suis incapable de marcher plus d’1/4h ou de rester debout.
Faire les courses est très dur. Je suis dans un état second. J’oublie, je reste dans un monde de repli.
Je refusais de prendre des AD, je ne voulais pas perdre le contrôle (je ne l’ai plus depuis bien longtemps) j’ai peur que les AD me fassent déculpabiliser et que je grossisse en perdant tous mes repères, cette fois je me rends compte qu’il y a un problème réellement avec la bouffe car je ne veux surtout pas me déparer de ces démons qui régissent ma vie.

Octobre
Je vais finalement demander des AD. Je ne connais qu’un nom de molécule, je l’avais déjà eu avant et ça avait été très bien, ça avait même été plus que bien, j’étais euphorique.
Mon généraliste ne s’y oppose pas.
Ca ne s’arrange pas, ça va de pire en pire, les angoisses sont présentes sans cesse. Ma vie est une crise d’angoisse incessante, la nuit comme le jour, je n’ai pas de répit, je n’ai plus de sommeil.
Mais on attend, c’est le temps que l’AD fasse effet et puis j’ai du Lexomil à côté au cas où… J’en prends presque 3 par jour !
Ma nourriture est la même qu’au mois de septembre. Quelques fois, je mange des tomates cerises ou un yaourt.

Novembre
Je tiens plus debout, je peux à peine parler sans avoir la voix qui tressaute tellement les angoisses sont présentes, je retourne voir mon psy.
Il me remplace immédiatement le Prozac par le Séropram.
Les angoisses sont toujours présentes. Ca met plus de 3 semaines avant de se calmer.
Je recommence à me couper.
Ces angoisses me terrassent et j’en peux plus, je recommence à faire des crises. Je n’ai aucune envie de manger, mais je n’arrive plus à dormir, je n’arrive plus à supporter cet état. Je veux remplir mon ventre et le vider pour ne pas penser aux crampes dues aux angoisses. J’ai besoin de remplacer une douleur par une autre. Cette seconde douleur, je la connais, elle m’est familière, elle me rassure et j’y trouve une certaine jouissance. Avec elle revient le sentiment de contrôle et il me manquait quand bien même il est totalement factice !

Décembre
Ca commence à se calmer un peu mais trop peu alors j’ai droit à d’autres cachets.
Je garde le Séropram et en complément j’aurai du Rivotril, du Stilnox.
En fait je prends toujours les AD, jamais les somnifères et le moins possible d’anxiolytiques. Pourtant j’en ai toute une collection, j’ai toutes les molécules dans toutes les quantités imaginables.
Dès que je commence une tablette, je vais chez un généraliste inconnu et m’en fait prescrire d’autres. Je n’ai aucune idée suicidaire, mais c’est comme un besoin de voir les boites pleines et entassées. Ca me rassure, ça me protège au cas où. Au cas où je ne sais pas quoi d’ailleurs.
Je rentre chez mes parents pour Noël, je fais manger tout le monde. Je prépare à manger sans arrêt, que des choses très longues à faire, très dures, il faut que ce soit parfait. Que ce soit aussi bon que beau !
« Moi j’y aurai passé tant de temps qu’il ne me viendra pas à l’idée d’en manger ou de compulser et puis ça m’occupe. Il ne faut plus que je pense, il ne faut pas que j’entende ma mère, il ne faut plus écouter ces angoisses. Il faut que je vois les autres manger. »
Du grand n’importe quoi mais tout le monde se régale !
En fait je ne mange presque pas, mais personne ne s’en aperçoit, je cours partout pour aider à servir, à faire à manger, à débarrasser…
J’espère être la plus crevée possible pour m’endormir enfin tôt. Je n’en peux plus de me lever tard et puis je ne peux pas prendre trop de cachets, ma mère surveille tout et si j’émergeais en fin de matinée, j’aurais droit à un laius sur ma façon de me nourrir, sur mon rythme de sommeil…

Février –Avril
Le moral commence à aller de mieux en mieux, la dépression s’efface peu à peu. Je commence à pouvoir respirer, à pouvoir vivre un peu plus, je romps l’isolement un peu plus.
Je fais toujours beaucoup d’insomnies.
Les angoisses arrivent le soir. Je commence à mieux manger, enfin presque.
Plus de crises. De temps en temps une compulsion ou même pas, je ne sais pas comment on qualifie ça, peut-être la « normalité », peut-être un « craquage » pour une « régimeuse » mais c’est pourtant un supplice pour une boulimique anorexique : je mange des fois un pain au lait ou une barre de chocolat. Je ne vomis plus toujours.
J’alterne des phases de restrictions et de « normalité ». Je vomis toujours.
Mon corps a dû être trop chamboulé, je ne maigri presque plus depuis que je ne manges plus, ou presque plus, j’en suis à -34 kilos.

Mai, Juin
Je retourne à Marseille, à La Timone voir mon neurochirurgien pour la conclusion. Elle est bonne, mais je pressens que ce retour ne sera pas très bon, j’ai très peur de rentrer, j’aimerai rester là bas chez des amis et plus loin sur la côte, chez mon frère.
C’est l’année dernière que tout a commencé en fait. Justement, j’ai commencé mon « régime » après notre dernier rendez-vous.

(Ca se passait bien puis tout le monde sachant que l’opération était en train de réussir, on a exigé de tous les côtés, et on n’a rien reconnu du passé. C’était comme si un nuage de guêpe me sautait dessus. « Maintenant tu peux faire ça… Maintenant tu vas faire ça… Maintenant tu dois faire ça… »

Je dois faire le deuil d’une période, atterrir, mais on ne me laisse pas l’espace ni le temps pour.
Comme si rien ne s’était passé. Je n’ai rien comprit. C’était comme s’il c’était passé quelque chose de grave pour que maintenant je puisse faire tout ce qu’on me demandait et en même temps comme si rien n’avait été assez grave pour qu’on le fête pour qu’on reconnaisse que ça avait vraiment été la merde avant.
Je voulais clouer le truc, dire au revoir à cette crasse du passé, voir que c’était fini, un symbole, un sourire, un contentement. Rien, tout était normal, je n’avais rien eu de grave, je ne m’étais pas battue, mais pourtant maintenant je devais faire tout comme tous les autres de mon âge. Comme tous ceux qui eux ont pu tout faire, moi j’ai arrêté de progresser et de m’adapter à la vie à 11 ans et l’épilepsie a handicapé ma vie et m’a empêché toute normalité depuis mes 14 ans !
Et là j’entre dans la cage aux fauves, on me lâche dans les contraintes, les responsabilités, la vie alors qu’on me surprotégeait sans même me laisser respirer. Je dois tout faire toute seule, comme ça, en un claquement de doigts.
C’est un orage d’exigences qui m’arrive en pleine tronche et moi incapable de tenir le coup, bien je décide de ne plus penser, je vais faire un régime, je vais maigrir…
Comment occuper son temps autrement… Certains boivent pour oublier moins je jeûne pour oublier…)

Finalement mon retour de Marseille s’est très bien passé, j’ai eu enfin droit à ce que j’attendais depuis toujours : la reconnaissance de mes souffrances.
Car cette fois la conclusion était la définitive : la tumeur qu’on a attaqué est détruite, inactive, mais la lésion restera toujours là. Peut-être qu’un jour d’autres tumeurs reviendront, peut-être que jamais.
Donc je décide d’enlever une autre épée de Dame O’cless de sur ma tête et de ne retenir que : « cette tumeur est inactive, l’opération a réussi ».

Et pourtant je ne comprends pas, les angoisses reviennent, elles refont surface et les restrictions sont vraiment inhumaines. Si je mangeais moins, je ne mangerais plus. Et je continue à sombrer.
J’aménage un espace intemporel chez moi. Je ne vais plus dans la cuisine, elle est pleine de poussière, le frigo ne sert plus à rien, les papiers s’entassent, je ne veux personne chez moi comme si le temps s’était arrêté.
Le problème c’est que ce n’est pas le cas, le temps passe et mes années avec.
J’ai plus le temps, plus les moyens financiers, ni la santé de tenir une année pareille, je dois réagir, je dois me relever, pas refaire ça, pas me laisser en état de survie encore un an. Je voudrais reprendre mes études, travailler.
Plus j’y pense pire c’est. Plus j’essaie, plus j’entreprends pires sont les angoisses, mais je veux plus d’une année de déchéance. Pourvu que, pourvu que, pourvu que septembre soit un beau mois, un mois de rentrée scolaire, de nouveau boulot…
Je ne pourrais pas survivre à une autre année pareille.




Publié dans Au quotidien

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Did 14/12/2007 23:18

Bonsoir,
Bon courage à vous.
Que l'année 2008 vous apporte plein de bonnes choses.
Courage.
D.

Rougemarie 23/07/2007 15:54

Chère Juliette, Voilà deux jours d’affilé que je lis ton blog. J’en ai les yeux tout rouges. Je ne pouvais pas ne pas t’écrire. J’ai beaucoup réfléchi à ce que j’allais te dire la nuit dernière. Sache que dans cette « lettre » que je t’adresse, je ne veux en aucun cas émettre un quelconque jugement de valeur sur ta personne. Mon envie est simplement d’être sincère et de te parler.Je viens de me faire un bon thé noir comme je les aime et, si tu me le permets, j’aimerais te dire ces quelques mots. Tout d’abord, je voulais te dire que tu écris très bien.  Quand on te lit, on vibre avec toi. C’est incroyable comme tu sais faire passer tes émotions, tes impressions, tes idées à travers tes écrits. C’est très rare de nos jours (surtout sur le net) de lire des gens qui s’expriment aussi bien, et ce, sans fautes (ou si peu !) d’orthographe ! :-) As-tu déjà pensé à te lancer dans le journalisme ou dans l’écriture de romans ? Aller, si on résume, tu es une jeune femme d’environ 3 ans plus âgée que moi, tu as été adoptée, tu as développé  très jeune la maladie de l’épilepsie, puis un peu plus tard mais toujours très jeune, tu es devenue anorexique, puis boulimique. Aujourd’hui ta tumeur au cerveau n’est plus et tu es définitivement guérie de l’épilepsie. Mais l’anorexie et la boulimie sont toujours présentes. Tu vis reclue chez toi et entre deux, tu fais quelques courses ou passes à la fac (ça aussi ça a sûrement dû changer).Les relations avec les autres, la société ? D’après ce que je lis, c’est bof bof. C’est soit virtuel (échange avec les liseuses de blog comme moi), soit téléphoniques (mais rare à ce que j’ai pu lire, à moins que ça ait évolué), mais avant toute chose : le moins possible. Ta Maman ne semble pas être la personne vers qui tu te tournes pour trouver du réconfort ou de l’aide. D’après ce que je lis, elle ne fait qu’empirer les choses. Pourquoi j’écris tout ça Juliette ? Parce que je vois que tu es très très malheureuse. Moi j’avais envie de te dire que tu es une personne avant d’être une esclave de ces deux maladies. Tu es une personne qui, comme tout le monde, a le droit de vivre. Prends ce droit, Juliette, prends-le ! Tu n’as pas besoin d’elles pour te sentir exister. Tu n’as pas à te faire mal physiquement pour te sentir exister, pour te sentir aimée, pour te sentir reconnue par les gens autour de toi. Dans tes écrits, tu dis que tu as peur de guérir parce qu’après tu vas redevenir « seule », sans elle. Elle, ta seule et unique amie. Est-ce une véritable amie celle qui te fait souffrir ? Je sais que c’est un peu stupide de dire une chose pareille puisque tu le sais déjà. Mais je voulais quand même le répéter. Ces « voix » dont tu parles si souvent, cette « voie » qui précède une crise de boulimie, et puis celle-là encore qui suit la crise, celle qui te dit d’entrer la tête la première en enfer, ces deux voies, ce n’est pas ton cerveau qui se dédouble, c’est les voies malsaines de la maladie. Encore elle, cette soit-disant amie. Tu as peur de guérir, car sans elle tu es seule. Non tu n’es pas seule. Regarde je t’écris. Regarde, on lit ton blog. Ecoute, on t’appelle au téléphone et on t’invite au cinéma ou à boire un verre. Tu as peur de regrossir : tu grossiras certainement, mais tu feras aussi très vraisemblement (étant donné la relation que tu entretiens avec la nourriture) un régime santé à vie qui te maintiendra à un poids stable et sain pour le restant de tes jours. Tu mérites d’avoir la santé, je t’assure. La santé c’est plus important que tout. La souffrance serait-elle pour toi un moyen de te sentir vivre ? Mais la vie est également possible sans souffrance. La vie, dehors, le vent qui caresse le visage, la peau blanche qui boit les rayons du soleil en lui criant merci, et les yeux qu’on ferme pour écouter les oiseaux.. La santé, Juliette. La santé. Quelle est cette vie celle où l’on souffre continuellement ? Crois-moi, on peut vivre d’autre chose que la souffrance. Pour moi. tu ressembles à Peter Pan. Peter Pan ne voulait pas grandir. Pour moi, c’est comme si tu prenais la souffrance extrême comme une immense barrière qui te bloquerait l’accès au monde des adultes. Le monde des responsabilités à prendre, le monde où on apprend à dire « non » (ou « oui » ça dépend..), celui des difficultés et des contraintes continuelles. Dans ce monde-là, je crois qu’il faut un jour y entrer, Juliette. Mais tu me diras : « Pourquoi se décarcasser à vouloir entrer dans ce monde pourri où tout le monde ou presque est un enculé (pardon mais c’est vrai) ? » Parce que … et bien tout simplement parce que c’est la vie, Juliette. C’est ça, la vie. C’est un monde où il faut se battre contre des enc…., un monde où chacun se bat pour soi, un monde où des gens malpolis entrent dans la rame de métro sans attendre que les gens à l’intérieur en descendent, un monde où les gens regardent comme ils regarderaient un train passer l’intérieur de ton panier de course, un monde où des grands idiots te bousculent et ne te disent pas pardon, un monde où une telle a perdu son chat, un monde où tel autre s’est cassé la jambe... Mais c’est aussi un monde de partage, de couleurs, de sourires, de joies et de plaisirs simples. Et ton corps, Juliette ? Tu parles de lui comme s’il t’était étranger. Mais ton cerveau et ton corps ne font qu’un. C’est toi. Ton corps, cette enveloppe te permettant d’évoluer dans le monde, ce corps il faut l’aimer. Embrasse-toi, Juliette, fais-moi ce plaisir. Embrasse-toi l’intérieur du bras, tu sais, là où la peau est toute douce, comme une peau de bébé, et en plus elle sent bon cette peau ! Et puis effleure-là du bout des doigts, touche, caresse cette peau ! Et ton ventre, ton ventre, si noué, si tendu.. Allonge-toi confortablement sur le dos, et pose délicatement tes mains sur ton ventre nu. Pose tes mains dessus. Voilà, doucement. Et puis si mettre tes deux mains en entier c’est trop difficile et bien commence par mettre un bout de doigt, puis un deuxième, un troisième, un doigt en entier, deux, trois, etc. jusqu’à la main entière. Ecoute ton ventre, Juliette, écoute sa plainte ! Laisse-lui te dire qu’il est à bout, laisse-lui te dire aussi combien il t’aime et combien il voudrait que la guerre entre toi et lui s’arrête.Toi tu n’en peux plus mais lui aussi il en a marre, Juliette. Lui aussi il crie grâce. Alors comme ça on s’infligerait les pires souffrances et on refuserait de caresser ne serait-ce que l’espace d’un instant son ventre, le magnifique ventre que la nature nous a donné ? Je ne peux pas le croire, et toi non plus, Juliette, tu ne peux pas et ne dois pas croire une chose pareille. C’est impossible, ça. Il faut écouter ton corps, il a plein de choses à te dire, il veut te dire des choses mais toi tu ne veux rien entendre, tu le punis sévèrement dès qu’il essaie de raconter quelque chose. Ecoute ton corps, Juliette, écoute-le. Respecte-le. Ne lui fais plus de mal. Il ne le mérite pas. Tu ne le mérites pas. Tu dis utiliser une pomme de douche pour ne pas avoir à toucher ton corps. Moi j’en utilise une pour tenter te calmer les fortes démangeaisons de mes jambes. Tu perds tes cheveux : je n’ose plus me peigner dans la salle-de-bain car à chaque fois je redoutede voir la vérité en face.. plus, toujours plus de cheveux par terre… Et puis mon ventre, le sale nabot, en collaboration avec mon cerveau, n’en fait qu’à sa tête. Et moi pendant ce temps-là, je déguste.. Mais je m’égare. J’aurais aimé, chère Juliette, t’envoyer ce message dans ta boîte email personnelle. Ou encore mieux, j’aurais aimé te l’envoyer chez toi, à Paris, cette lettre. Au lieu de tout ça je poste ceci en commentaire de la dernière fois où tu es venu poster quelque chose dans ton blog. J’espère que tu le verras. J’espère que tu vas bien, que ta santé n’est pas trop fragile, que tu avances petit à petit. Je pense bien à toi et je te souhaite beaucoup de courage.Amitiées, Rougemarie.

sur le fil 19/07/2007 08:17

Juliette,Ton silence m'inquiéte sérieusement... même si le temps te manque ou qu'il y a tout un tas d'autres raison, fais juste un petit signe. Je pars demain pour une semaine et ca me rassurerait d'avoir quelques nouvelles avant de partir. Comme les silence sont souvent le signes d'un petit moral, ce que je ne souhaite pas, n'hesite pas a en paler et surtout ne reste pas seule.A BIENTOT.

naima 15/07/2007 22:48

Salut ma belle,
cela fait si longtemps que je ne suis pas venue sur ton blog.J'espère que tu m'en excuse mais j'avais besoin de recul.
A bientot.Bisous

lilou 15/07/2007 14:39

Juste envie de te dire que je me reconnait dans tout ce que tu dis. Je vis à quelquechose près la même chose. les rechutes sont de véritables cauchemards pour moi et je perds tout espoir d'un jour m'en sortir... pourtant je le veux, donc je m'accrocher... alors accroches toi!