Ca avance doucement

Publié le par Juliette




Après plusieurs de journées ratées, des journées à 1 clinutren, voir 2 sans rien d’autre, ça commence à se mettre en place.

Je me suis calmée dès mercredi. Peut-être grâce à mon psy mais aussi grâce à la réalité.
En état d’hypoglycémie, il y a un monstre en moi. Je suis agressive, à fleur de peau, tout m’énerve, je suis imbuvable, dans un état de transe. Je sens mon corps et mon âme trembler comme une feuille et pourtant face aux autre tout est statique et stable. J’ai l’impression de ne plus avoir de force et pourtant je marche à une allure folle dans la rue et le métro.

J’ai réalisé qu’un jour j’allais me prendre une baffe dans la rue.

Le pire a été lundi, je ne me suis pas reconnue, il y avait un monstre en moi.
Je me rendais au métro, quelqu'un m'a bousculé, un bon vieux coup dans le bras. Je me suis retourné l'oeil brillant de hargne, lui aussi et bien sûr il est sorti, comme ça, en mode automatique : "pardon"...
Je me serai bouffé, il ne s'excusait pas et me regardait méchamment et là, j'ai rien vu arriver, j'ai juste entendu, j'ai fait un pas vers lui et :" et toi tu t'excuse pas trou du cul ? "bien fort... Il faisait 80 cm de plus, 30 kilos de plus, mais non, rien ne me fait peur !
J’ai continué mon chemin complètement aliénée.
Et voilà que je me suis "vengée" et énervé et faisant semblant de trébucher ou en étant maladroite à pousser tous les cons dans le métro, qui essaient de rentrer ou qui bouchent les portes en empêchant les autres de sortir (eux je peux pas les supporter) et sur qui j'ai marché sur les pieds et donné des coups de sac en faisant des grands sourires (c'est les vibrations du métro...) ?
Sur ceux qui restent sur les strapontins au lieu de se lever alors que tout le monde a une joue collée sur la vitre, un pied en équilibre et lève la tête à la recherche d'air...

Mon psy a joué à un jeu dangereux mercredi.
Evidemment, Elodie,  je sais que je suis anorexique, je le suis même jusqu’à l’os, si je ne me suis pas présentée à mon généraliste en lui disant que je l’étais c’est tout simplement parce que quand on l’affirme, les médecins sont moins inquiets parce que pour eux, le fait de le dire est un pas vers la guérison, parce ce qu’ils s’imaginent que le danger s’amenuise en même temps que le déni.
Et puis je n’avais pas envie d’avoir à refaire face à la bonne réplique « pas assez maigre pour être anorexique… »
Et puis tout simplement, je ne sais pas, je ne sais plus ce que je fais, ce que je suis. Mon psy veut à tout prix que j’arrête les « étiquettes », il ne veut pas poser de mots sur cet état, il doit avoir peur que je sois à la recherche d’une identité.
Il préfèrerai que je dise, (ce que je dis d’ailleurs) : «  j’ai un problème avec la bouffe. »
 En fait je pense qu’il attend de moi que je dise : j’ai tout simplement un comportement de dépendante et en même temps c’est vrai les TCA ne sont pas ma seule dépendance.

Mercredi je suis allée le voir à la recherche de réponses.
Je veux bien ne pas être anorexique et le dire, mais voilà, ça ne m’aide pas pour le déni et il est très présent chez moi. Tant que personne ne tire la sonnette d’alarme je continue.
Comment je pourrais me battre contre quelque chose sans savoir de quoi il s’agit ?
Et puis c’est dangereux pour moi de ne pas savoir. Je pourrais continuer, encore et encore jusqu’à ce qu’on me le dise, la provocation fait partie de moi…
Ca avait l’air d’une séance vide, on brodait et manipulait l’un et l’autre.
Lui pour ne pas mettre de mot, moi pour qu’il en mette.
Alors j’ai commencé à dire : « Mais c’est pas normal de si peu manger… »
Et lui me répond : « ben tant mieux d’un sens, vous vivrez plus longtemps en mangeant peu… »
Il m'a énervé et pourtant il a débloqué quelque chose. Il a un peu surestimé mon mode de réaction.
Quelques fois, il avance dans la provocation et c'est très risqué avec moi étant donné que je raisonne comme une petite fille qui provoque aussi, comme si c’était son seul mode d’expression.
Je ne sais pas m’affirmer alors je parle avec mon corps.

Je suis restée blême, j’essayais de m’en convaincre, et en même temps j’étais en colère. J’ai répondu que je voyais mal en quoi se priver de bouffe pouvait rallonger la durée de vie. Je n’étais pas sélective et les produits gras et sucrés n’étaient pas les seuls que j’enlevais. Mon ventre me brûle, je sais que j’ai faim quand mes muscles se contractent, je suis en hypoglycémie, je suis déshydratée, j’ai encore un œdème, mon corps n’a rien de ce dont il a besoin… Je vomis et j’ai du mal à voir en quoi un vomissement pourrait prolonger la durée de vie.
Ce que je fais va à l’encontre de la longévité, ça s’appelle justement : la destruction…

Il souriait l’air satisfait et m’a dit : « et bien vous savez ce qu’il vous reste à faire désormais… »

Quand je demandais de quoi il s’agissait : anorexie ? boulimie ?
Il m’a répondu : et bien vous savez, l’anorexique ne mange pas et la boulimique mange trop…
Encore une fois j’ai bondi !
Une anorexique qui ne mange pas, c’est un leurre, c’est faux, ça existe, mais pas très longtemps et une boulimique ne mange pas trop. Elle fait de grosses prises alimentaires, mais vomit ou jeûne après. Au final, ça n’est pas du tout « trop manger ».

J’étais partie énervée et évidemment j’ai fait un détour via la pharmacie pour me ravitailler en laxatif, comme si j’en avais pas à la maison…
Je me disais :"ben tu vas voir ! Tu vas voir si je vais vivre plus longtemps !!"
En fait je me suis retrouvée face à moi-même et face à ma propre connerie.
J’avais deux choix.
Je ne sais pas comment il a fait et comment il a réussi à évaluer que j'en étais plus là dans les réactions de gamine mais c'était un coup de bluff dangereux.

Finalement, je me suis retrouvée face à moi-même : "bon alors qu'est ce que tu fou là ? Tu réagis comme une grande, t'essaie de t'en sortir, t'essaie de comprendre, t'essaie de vivre au jour le jour, de bricoler en attendant, tu te réveille ou tu réagis comme tu l'as toujours fait en provoquant, en voulant punir, attirer l'attention comme une gamine ??"
Finalement, je n'ai rien prit, j'ai appelé une copine et j'ai pas fait de crise le soir.
J'en ai encore les yeux grand ouverts d'écrire ça ! Il y a quelques mois j'aurai tout cassé, je serai rentrée, j'aurai fait une crise énorme, je me serait détruite et là, c'est resté plus bas, c'est mon cerveau qui a réagit.
Ca l'a fait réfléchir, ça l'a pas fait se rebeller. Je ne me pensais pas capable de ça !!
Comme quoi, ça avance à mon insu... Et j'avoue, je suis assez contente.

Depuis mercredi :
J'avance petit à petit...
J'ai réussi à empêcher une crise mercredi soir et à manger hier.
C'est très chaotique, très fragile, plutôt dur. Je n'y parviens pas toujours, mais j'essaie.
Je n'ai plus aucune notion du "trop", du "pas assez", de la "normale", quant aux notions de faim...

Je n'avais bien entendu, pas encore mangé mercredi à 22h si ce n'est un clinutren dégueu et je commençais à trembler. J'avais réfléchi jusqu'au bout et laissé passer tant de temps. Persuadée que la première bouchée entraînerait la crise que la première bouchée entraînerait ma perte...
Et encore un exemple qui montre que je ne sais plus rien du tout: je suis allée m'acheter 12 makis et une petite barquette de salade de choux.
Avec du recul, je sais que ce n'est rien, que ce n'est même pas le menu entier d'une personne qui va bouffer japonais.
Ce soir-là, j'avais mal partout, le ventre me brûlait. Je ne savais pas si c'était parce que j'avais encore faim, si une crise venait, si mon ventre se rebellait. J'étais persuadée d'avoir fait une crise, trop mangé.
J'ai décidé de tout faire pour laisser ça dans mon ventre. C'est une bataille douloureuse, mon corps a faim et ne veut rien me rendre les vomissements sont de plus en plus douloureux.
J'avais mis mes chaussures, j'étais prête à sortir, je voulais manger, manger encore ou plutôt, je le vois aujourd'hui, je voulais manger plus pour remplir plus, pour pouvoir vomir...
Finalement je me suis envoyé un clinutren en me persuadant tant que faire se peut qu'il s'agissait d'un milk-shake. Il y avait du sucre dedans et j'en avais besoin pour m'apaiser. La crise a été évitée.
J'étais contente. Enfin mon corps l'était, mais mon âme saignait.

Hier j'ai réussi à manger à midi. Manger avant le soir c’est un exploit pour moi. (carottes râpées, lentilles et pomme) les quantités étaient ridicules mais elles étaient là.
Comme une idiote en allant au Monoprix, je me suis acheté des carambars en me disant, qu'il m'en fallait un ou deux dans mon sac que je ne risquais rien, que c'était pour l'hypo et je m'en suis envoyé 20 soit, 660 calories !!
Finalement je suis sortie, j'ai donné le reste du paquet à ma gardienne pour son fils. Oh que ça a été dur de me détacher de ces carambars !
J’avais l’impression d’abandonner un enfant, de trahir.
Puis j'ai mangé de la salade verte et un yaourt. J'ai réussi à ne pas me "punir"...
Pas de Clinutren, mais 2 prises alimentaires et surtout, j’ai mangé après 660 calories de carambars…

Petit à petit…




Publié dans Au quotidien

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Mina 19/12/2009 22:32


J'ai lu quelques uns de tes articles, tu écris tellement bien qu'on n'arrive pas a decrocher... Je te souhaite du courage... Amitiés.


Lucioling 23/08/2007 16:43

Je suis de tout coeur avec toi...pendant 2 ans j'etais dans le meme etat que toi. Je m'en suis completement sortie a present...soulagement, je m'accroche!
Si j'ose te donner un conseil. Le probleme n'est pas la nourriture..la nourriture est une repercussion de ton mal-etre...Plus tu lutteras contre les crises ou contre la faim et plus ton obsession sera grande. Il y a certainement des choses en toi que tu n'arrives pas a evacuer, des sentiments, des ressentis....essaie de te poser chez toi, sans rien faire...sur le canape...sans musique. Essaie de ne penser a rien, laisse juste venir, attends de voir ce qui se passe en toi...Tu dois faire une crise?Fais la......et relativise.
Ohh et PS: les laxatifs ne font pas maigrir..tu perds de l'eau mais rien de ce que as ingurgite, c'est un loeur!
Si je te dis tout ca, c'est parcque je suis passee par la et que je suis convaincue qu'on peut s'en sortir...il faut juste savoir par ou commencer. Ta notion des quantites..c'est normal de ne plus savoir, tu as ignore ce que ton corps te demandait pendant tres longtemps, il ne sait plus. Le meilleur moyen et de faire tes courses au jour le jour, te preparer des menus, voir meme consulter une dieteticienne...pas dans l'optique de perdre, mais dans l'optique de retrouver une alimentation equilibree...
Accroche-toi et bon courage!!!!

Alice 30/06/2007 20:57

Bravo pour tes efforts, je suis vraiment contente et de tout coeur avec toi... Je lis ton site régulièrement et je n'avais encore jamais osé écrire un message mais aujourd'hui je me lance.
Je te trouve d'un courage admirable, d'une intelligence et d'une capacité d'auto-analyse rares. Nul doute que tu es quelqu'un de très bien et que tu t'en sortiras, ça prendra le temps qu'il faudra, mais surtout, accroche-toi, pour toi d'abord, bien sûr, mais aussi pour les nombreuses personnes qui suivent ta vie et qui s'identifient à toi, qui essaient de s'en sortir en prenant exemple sur toi. Personnellement, ce que tu écris me fait réfléchir sur moi-même et me permets de comprendre certaines choses...
Bon courage, bisous

Dolores 29/06/2007 23:05

Bravo accroche-toi. C'est difficile de fournir de tels efforts je ne le sais que trop. Ca m'arrive aussi de ressortir du psy plus qu'énervée, parfois j'ignore si c'était calculé, puisque mon côté rebelle est trop censuré, il cherche à me pousser à bout pour enfin me libérer. Enfin cela dépend des séances, car parfois je n'ai droit qu'au maudit silence !! Je déteste ça, allongée sur le divan à poser une question qui ne connaitra de réponse!!
Continue sur ta lancée, et peu importe d'ailleurs si tu ne tiens pas tout le temps ce rythme (on le sait le chemin est dur, douloureux et ne se résoud pas si simplement) mais pour le moment c'est toujours cela de gagné ! Et ton corps a besoin de soin ! Tous ces noeuds diffus en nous, que ce soit à la gorge au ventre au cerveau...il faut toute une vie pour en défaire quelques un.
Je te souhaite un bon week end et courage ! Bisous.