Un poids en moins

Publié le par Juliette


Je suis retournée à l’hôpital, c’était la raison de mes derniers articles un peu trash et pas tellement en rapport avec les TCA et de cette absence prolongée.

Je devais revoir le neurochirurgien qui m’avait opéré pour la dernière fois.

J’ai souvent un peu le trac quand je dois le voir. Déjà parce que je sais que je vais devoir faire face à des sentences sur mon sort, parce que je sais que je vais apprendre à quoi ressemblera ma vie et quelle sera ma santé sans que je puisse faire quoi que ce soit pour réellement changer les choses. Ma seule possibilité : l’adaptation avec comme option : la dissimulation…
Je crains toujours de revoir ce médecin. Il est vraiment très demandé, en fait c’est le plus compétent qui soit dans ce domaine et disons qu’il a le comportement qui va avec : mi-médecin, mi-homme d’affaire.
Des Mac géants partout dans le bureau, un bureau… un tel bureau dans un hôpital surtout à La Timone.
A chaque fois il me fait « le coup du dictaphone ». C’est à dire qu’on parle 5 minutes, un petit topo vite fait puis il se met à jouer avec sa petite machine. Il dicte plusieurs lettres à ses secrétaires et fait des pauses en me demandant des détails et j’entends la conclusion de cette manière…
Cette fois il a été bien. J’ai apprécié. Je n’avais pas fait 3h de TGV et attendu 2h50 dans la salle d’attente pour 10 minutes de parlote.
J’ai eu droit à presque 3/4h, ce qui est assez énorme pour lui.

J’avais aussi eu peur simplement parce qu’il y a un an, je lui avait demandé si enfin, je pouvais entreprendre un régime. Je n’avais plus les médicaments qui m’avaient fait grossir, je n’étais plus en danger à la moindre faiblesse physique, je commençais à retrouver la santé et la réponse fut très diplomatique !
Il avait rit en disant : « ah maintenant, il n’y a plus de problèmes et si je puis me permettre, ça ne vous ferai pas de mal… »
J’étais en colère et détruite ! Ils m’avaient fait prendre des pilules et presque 50 kilos et maintenant ils me riaient au nez !!???

Quand il m’a appelé, il me regardait m’avancer vers lui et son bureau. Il avait l’air choqué. Il cherchait à me reconnaître, on aurait dit qu’il vérifiait surtout si c’était moi.
Bien entendu on n’était pas seuls, il y avait un autre neurochirurgien du Viêt-Nam qui était en « stage »...
Il ne savait pas par quoi commencer. Finalement il a opté pour : « le poids » en premier.
Il m’a demandé la classique : combien ? est-ce que j’étais suivie ? et tout ce qui s’en suit.
Je lui ai dit que j’attendais un rendez-vous avec Cussy à Sainte Anne, ce qui est bien sûr est archi-faux. J’ai le numéro, mais je n’ai toujours pas appelé ce diététicien. Il a comprit que ça avait mal tourné quand j’ai dit « Sainte-Anne ».
Depuis des heures, je me blindais à l’idée que j’allais encore entendre : « c’est super, continuez, bravo… » sans aucune écoute et il a comprit que c’était pas net tout de suite contrairement au neurologue qui me suit depuis 8 ans, j’étais dans son service suivie par une autre depuis mes 14 ans, ils m’ont vu passer par tous les poids, ont un dossier médical de 3 tonnes mais non, il m’a prise pour une conne.
Il me répétait : « faites attention à ne pas tomber dans l’anorexie… »
Idiot va !
Là, je ne me suis pas sentie bafouée comme une pauvre chose encore trop grosse pour qu’on la prenne au sérieux..

Celui de Marseille a dû comprendre que je risquais de mentir parce qu’il m’a envoyé consulter un autre neurologue à Sainte-Anne, pour refaire des bilans neuro-psy blablabla… et m’a glissé : « vous verrez il connaît bien le service psy et nutri, il vous adressera en urgence ou assez rapidement… parce que la paperasse à Sainte-Anne !!
(l’autre, ! tu peux parler, à la Timone !!)

Puis, on a parlé épilepsie et tumeur.
Alors, conclusion :
Après diverses interprétations, dont une douche froide.
Après le radiologue, mon ancien neurologue. J’ai eu la réponse du grand ponte !
Cette tumeur ne sert plus à rien. Elle est complètement désactivée. « On lui a fait la peau » comme ils aiment à le dire…
La lésion restera toujours là et toujours visible sur les IRM et Pet-Scan…
Peut-être, un jour une autre tumeur reviendra, peut-être pas.
Cette opération a fait tout ce qui était possible. Elle a détruit la tumeur, mais ne peut pas désactiver le « carrefour ». Ou alors il faudrait me désactiver le cerveau…
J’ai eu un petit rictus « faites le ! » j’ai pensé.
Alors, peut-être plus jamais d’épilepsie, peut-être un jour une tumeur. Il existe un risque minime qui fait qu’ils ne peuvent se permettre de dire des choses en l’air.
D’ailleurs, ils sont plutôt du genre à rien dire du tout. Il m’a dit : « je vous l’avez jamais dit mais… »
Je retiens mon souffle.
« mais c’est une épilepsie très rarement guérissable, opérable et l’opération marche pour un nombre très minime, vous faites partie des privilégiés… d’ailleurs je reste épaté de vous entendre parler comme ça, de voir que votre mémoire… Il faut absolument faire des bilans, je suis intriguée »

Ben ça tu m’étonnes que t’es intrigué. Non seulement j’ai du bol, mais fallait me voir, une vraie folle.
La folle qui se bat dans le vide.
Alors que tout le monde me fuyait, alors que je ne pouvais plus lire ou parler. Rien à foutre, je restais chez moi et pas question de me faire chier à regarder la télé que je ne comprenais pas, de lire non plus, je pouvais pas.
Au bout de 10 sec, un truc pétait dans ma mémoire et je ne me souvenais pas de ce que je faisais. Alors pour se rappeler le début d’un film ou suivre un livre…
Je restais comme une dingue sur mon ordinateur. Ma concentration était meilleure quand j’écrivais. Je lisais et copiais des définitions du dictionnaire, j’avais l’impression de perdre tout mon vocabulaire !
J’écrivais chaque jour ce qu’il se passait avec une liste de petits détails à la fin, juste des noms de personnes, des indices comme les couleurs, les odeurs ou autres…
Et tous les jours, j’écrivais puis cliquais au hasard sur des jours, je commençais à lire les « détails » pour essayer de me souvenir du reste.
Je devais bien passer 6h par jour à faire ça…

Il m’a dit que la dépression post-opératoire et post-guérison était très classique.
Que c’était une espèce de deuil.
Alors voilà, je ne suis plus épileptique, je n’ai plus de tumeur et me reste à apprendre à vivre comme les autres ont grandis.
C’est une entrée dans la vie un peu tardive et qui fait peur, mais il va falloir…




Publié dans Au quotidien

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