Préface de la fin

Publié le par Juliette



La zone d’ombre gonflée de mon cerveau n’est plus là et s’est transformée en minuscule cicatrice blanche, elle n’est plus là, désormais elle n’est qu’un souvenir, presque 15 ans qu’elle était là, 9 ans, elle m’a embêté, 5 ans elle m’a ôté la possibilité de vivre parmi les miens, les autres homo sapiens et poussé à ma perte, à mon isolement.
En moins d’une minute, juste une phrase : « c’est fini, la tumeur n’est plus là », toutes ces années sont passées derrière moi.
Elle est parti
e, désormais mon cerveau m’appartient, mon corps est ma propriété, désormais ce petit morceau ne dirigera plus ma vie ni mon corps.
Je suis seule avec moi-même, maîtresse, j’ai retrouvé ma place : je suis une pers
onne. Je ne suis plus une « malade qui n’a plus le choix »…
Mon cerveau anciennement gris et noir sur l’IRM est gris avec une pointe de blanc.

L’épilepsie n’est plus là et moi je suis seule, désormais je ne suis plus, je ne sais plus qui je suis.
Tant d’années que je suis « l’épileptique », celle qui fait de l’amnésie, celle qui parle plus lentement, celle qui n’arrive pas à se concentrer, celle qui vit dans un autre monde, celle qui énerve à cause de sa lenteur.
Désormais je suis une personne, ce passé est si jeune et pourtant je dois vivre sans.
Je dois vivre sans ces crises, sans ces fantômes, c’est avec plaisir que je vais m’y employer mais qui suis-je ? J’étais « l’épileptique », maintenant il va falloir que les gens me connaissent moi ?!
Mais comment faire ? Ils ne me voyaient pas, j’étais « l’épileptique ». Vais-je être encore plus transparente ? Plus cachée ? Plus insignifiante ?
Maintenant je parle, je peux construire des phrases entières, mais on ne m’entend pas plus ?
Suis-je donc si dénuée d’intérêt ?
J’avais espoir que le jour où l’épilepsie serait terminée, que le jour où ce chapitre se refermerait je sois enfin quelqu’un de  « normal ». J’espérais que tout ce qui me gênait chez moi et gênait les autres était l’épilepsie mais non, pas seulement.
Il va falloir que je devienne quelqu’un comme eux, quelqu’un qui sait me débrouiller seule, quelqu’un qui sait parler, se défendre, qui n’ai pas l’air attardée…
Il va falloir que je vive, je n’ai plus d’excuse…
Mais cette vie d’adulte est gerbante, je la déteste, je recule, elle me gêne.

Je préfère mon monde imaginaire. Dans ce monde, beaucoup de choses sont dures mais la justice est toujours rendue, le passé ne s’efface pas comme ça…
Dans ce monde imaginaire, chaque fait finit par équilibrer le reste.
Mon monde imaginaire est un monde beau, un monde laid, mais un monde où tout se termine bien.
Quitter mon monde imaginaire maintenant ? Je ne pense pas pouvoir, je veux bien avancer, essayer, mouiller un pieds, l’enlever, réessayer jusqu’à ce que j’ose me mouiller mais plonger…
J’arriverai dans un monde moche, un peu toute nue. Je suis une adulte qui frappe à la porte d’entrée du monde d’adulte, une peluche sous le bras droit, une boite à rêve dans la main gauche, toute tremblante et surtout : décalée…

Avancer je veux bien, mais pourquoi avancer quand cette marche n’est qu’une succession de petites ou grosses tapes qui conseillent d’arrêter, de stopper là voir de reculer ?
Pourquoi faire tous ces efforts vers une indépendance quand elle se refuse à moi ? Pourquoi le sort s’acharne ?
La banque, elle, toujours elle,

Je n’ai pas vomi mon bonheur, je n’ai pas vomi cette nouvelle, ce nouveau départ qui s’offre à moi, cette confirmation, mais j’ai peur, une boule s’est installée dans mon ventre.
Un mélange de fierté et de terreur, je ne suis plus « l’épileptique », depuis le temps
que j’attendais ça.

J’en ai rêvé, j’ai espéré, j’ai même prié, maintenant c’est là, c’est différent de ce que j’imaginais.
Ce rêve si inaccessible ouvrait les portes de l’imagination, de l’espoir, qui ouvraient celle de l’onirisme.
Aujourd’hui, je suis là dans la réalité, dans une vérité que je n’appréhendais pas.
Aujourd’hui est jour de deuil et de naissance.
Dès aujourd’hui une liberté s’offre à moi, je vais pouvoir arrêter de « jouer à  faire comme si »…

Plusieurs années que je t’attends, je croyais te connaître, j’avais tant pensé à toi, je t’avais tellement imaginé…




Publié dans Au quotidien

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the writing obsession 07/11/2007 02:00

Je ne comprends pas pq tu n'es pas aux anges de sortir de cet enfer. Si seulement moi ça pouvait être pareil!!

naima 10/05/2007 13:38

Salut ma belle,
ca fé longtemps que je n'avais pu venir sur ton blog faute de connection internet.Néanmoins je suis ravie d'apprendre que tu as gagné le combat contre l'épilepsie.C'est normal que tu te sentes en quète d'identité.La maladie prends tant de place qu'il est legitime de se demander ce qu'il reste derrière.Eh!Bien,derrière il y a toi avec toutes ses qualités et ses defauts,un etre unique car nous sommes tous uniques.
J'ai bcp d'admiration pour toi,tu es si courageuse!!Garde tes reves et ton imaginaire car vivre trop "pieds sur terre" ne permets pas d'evasion!Tu dois consoler et rassurer la petite fille qui est en toi pour qu'elle reste dans le passé et que tu puisses entrer dans le monde adulte,même si tu y est deja!
Bonne continuation ma belle.Bisous

chiara 28/04/2007 14:42

excuse-moi pour mon francais, je suis italienne et je m'appelle chiara. j'ai etè anorexique mais aujourd'hui je suis en santè. visite mon blog! (HTTP://BLOG.LIBERO.IT/BRICIOLEDIPANE/) un bisous, chiara

MOB 27/04/2007 17:41

Pour vivre, il faut mourir , à soi même.... C'est une vérité parfois dure à avaler, mais quand on comprend le processus on finit par l'accueillir, et même à l'espèrer ! Car comme des saisons, les pèriodes de notre vie s'écoulent.... et quand l'hiver arrive, nous mourrons à l'être que nous étions jusque là.Vous sortez de l'hiver, un hiver un peu long ? Le printemps est là, mais qu'en faire ? Nous ne nous posons pas la question le plus souvent, car nous passons d'une tranche de vie à l'autre en "dansant" (le petit point noir dans le blanc, et le petit point blanc dans le symbole du Tao exprime cela : le germe de l'avenir, déjà là, au coeur de la saison précvédente). VOus vous croyiez arrétée... et il vous faut redémarrer ! Je suis réellement touchée par votre questionnement, car nous le vivons tous à un moment ou un autre, à chaque fois que nous avons un sentiment de perte, de fin, de non retour. Il nous oblige à  chercher en nous l'amour de la vie, la confiance inconditionnelle à la vie. il nous oblige à revoir nos repères, reprendre de nouvelles marques. mais est-ce terrifiant ? Peut-être est-il nécessaire de se faire aider après une épreuve comme la votre. Vous exprimez clairement comment on vous a identifié à l'épilepsie.... reflet par les autres de votre propre identification à la maladie. J'ai toujours refusé que l'on dise que je suis une asthmatique ! Je fais parfois de l'asthme.... même si à un moment de ma vie, "parfois" c'était 24h/24, :-).... Cela m'a aidé à mettre de la distance avec ce mal, à le décoller de mavie, à m'en libérer. cela peut prendre du temps. Là, pour vous, ce n'est qu'une projection , désormais fausse. la quetion d'identit est liée au fait -fort clairement exprimée- que si je ne suis plus la maladie, qui suis-je ?Essayez de vous identifier à queqleu chose de large, de confortable : la vie elle même par exemple ! Inspirez en pensant Joie, expirez en la soufflant dans tout votre corps = vous êtes la joie, idem pour la paix, un sourire, la beauté d'un moment de la journée....etc. Et la vie vous renverra votre vrie image, votre identité humaine, libre de la maladie mais parfaitement "existante".Demandez de l'aide, votre chemin est difficile, mais qui a dit que vous deviez le faire seule ?Ne laissez pas le spleen, et sa complaisance vous reprendre ce qui vous a été redonné : vous même ! il est tellement facile de glisser dans cet état un peu morbide de l'identit absente et de l'être réfugié dans les rêves. Servez-vous de vos rêve pour projeter votre vie : "viviez-les" comme si vous aviez déjà tout ce rêve, osez rêver votre vie.... mais ne soyez pas "dans le rêve"....Vous avez une formidable chance : la "seconde chance".... profitez-en, remerciez-vous, aimez-vous.... et laissez-vous aimer !Personne ne vous prendra plus pour "l'épileptique" si vous en finissez intèrieurement avec cette identification. L'extèrieur n'est que notre miroir !Bon courage !bien sûr, tout ceci n'est que mon point de vue personnel :-)) !

trinity 22/04/2007 10:33

Je suis très touchée par ce que je viens de lire. Je n'ai aucune idée de ce que tu as pu vivre, par contre je comprends ta crainte de te plonger dans le monde adulte. C'est normal d'avoir désiré te débarasser de cette tumeur, et d'avoir prié de toutes tes forces pour ça. Maintenant tout ça est terminé. C'est normal que tu sois heureuse, mais que ça te fasse peur en même temps. Pourtant tu dois saisir cette chance. Tu as pu guérir. Tu peux tout reprendre à zéro. Le problème que tu as est le même que le mien. Ce n'est ni l'epilepsie, ni le fait que tu sois désintéressante (si tu l'étais, je ne viendrai même pas te lire). Le problème, notre problème et celui de plein de bloggeuses, c'est notre manque de confiance en nous. C'est parce que tu n'as pas confiance en toi que tu baisses la tête, que tu as peur d'entrer dans le monde adulte. Moi ça fait seulement un an et demi que j'essaie de combattre ce manque. Et j'y parviens, tout doucement. Mais c'est clair que plonger d'un coup, je n'aurai pas pu non plus. Tout est loin d'être réglé, mais je progresse. Et toi aussi tu vas progresser. Parce que quoi que tu en penses, tu es une personne très bien et très intéressante, qui as eu énormément de courage pour faire face à la maladie.
Je t'envoie plein de courage, je pense à toi. Tendrement.