Mes journées

Publié le par Juliette

Je me réveille comme tout le monde le matin, je ne prends pas de petit-déjeuner, pas comme tout le monde. Je repousse.
Pourquoi manger ? Je n’ai pas faim !
Arrive 12h, je n’ai toujours pas faim, je sais qu’il faut que je mange, que j’ai la tête qui tourne, mais non, une petite voix me crie d’arrêter, de ne même pas y penser, qu’elle ne me laissera pas faire. « et notre pacte ? tu veux toujours de moi à tes côtés ? parce qu’un faux pas et tu restes seule ! »
Je l’écoute. Elle me rassure, m’encourage, il faut tenir encore…

Arrive l’après-midi. Je suis en hypoglycémie. J’ai l’impression que tout mon corps tremble et pourtant rien ne bouge. Je suis énervée contre le monde entier, tout m’énerve : une phrase trop longue, quelqu’un qui tourne autour du pot, un mot en trop, un raclement de gorge, un « heuuuu » au milieu de la phrase, le temps de chercher ses mots, une lumière, un coup de klaxon, une moto qui passe, mon téléphone qui sonne, les gens qui montent sans laisser descendre les autres dans le métro, des gens qui restent assis sur les strapontins alors qu’on est tous agglutinés…
Je pourrais mordre tellement mon état est nerveux, je suis à fleur de peau.

(La semaine dernière, j’étais dans un bar avec une amie et ma main a tremblé.
On était assise à côté de 2 personnes qui avaient mangé, elles avaient commandé une énorme part de cheese-cake en dessert. Elles l’avaient devant elles. Une part belle, j’en bavais autant que j’étais dégoûtée. Je n’avais qu’une envie, les voir manger, je les regardais, ils prenaient leur temps.
Ils avait cette part délicieuse que, eux pouvaient manger et non, ils prenaient leur temps, ils mettent un sucre dans leur café, touillent, fument une cigarette, discutent.
La part est devant eux, mais ils la laissent de côté, ils attendent.
Enfin ils se mettent à manger. Enfin ! Ils prenaient leur temps et moi je commençais à perdre patiente, à perdre la tête.
Ces abrutis ont mis plus de 24 minutes pour en venir à bout.
J’étais remplie de violence, je crevais la dalle, ils ne voulaient pas manger à ma place, pas faire disparaître cette chose de sous mes yeux…
Je n’avais qu’une envie : leur retirer cette part.
Ils ne la méritaient pas !
Si encore ils l’avaient mangé doucement mais sans s’arrêter, si encore ils avaient fait comme moi : manger couche par couche, mais non, ils posaient leurs cuillère. Moi j’ai ça devant moi je suis hypnotisée et angoissée…)

Mais malgré tout, j’ai la faim euphorique, je reste.
Arrive la tranche cruelle : entre 16 et 18h. Je crève de faim, je n’ai pas mangé, peut-être avec un peu de chance une banane ou un abricot sec…
Que je sois chez moi ou non, la bouffe m’appelle, la boulangerie,…
Je sens déjà l’odeur des viennoiseries…
Au pire j’y cours, au mieux j’avale mon Fortimel de secours, j’essaie d’avoir toujours une bouteille de secours dans mon sac…
Le soir, je pourrais dévorer tout ce qui me passe sous la main. La soirée est périlleuse, une chance sur 2 de faire un « repas », 1 chance sur 2 de faire une crise.
C’est ce qu’il c’est passé vendredi soir.

Comment cette crise est venue ? Je ne sais plus…
Ca faisait très longtemps, plusieurs mois que je n’avais pas fait de boulimie. La plupart du temps, ça ressemblait à un goûter d’enfant de 5 ans ou alors j’allais me débarrasser de quelque chose que je ne voulais pas savoir resté en moi.
Vendredi, des voix m’ont appelé. (1 paquet de galettes bretonnes, un paquet de roudor au chocolat, une pizza, un paquet de pringles, 3 tartelettes au citron, 4 chocolats liégeois, le tout arrosé par 4 ou 5 litres d’eau…)
J’étais vraiment mal. Je fumais une cigarette au bord des larmes, le temps que tout se mélange. Mon ventre tirait tant, je me suis levée très doucement et j’ai avancé lentement jusqu’à la salle de bain, j’avais peur que mon estomac explose, que je m’évanouisse en me rendant dans la salle de bain. M’évanouir, ne pas vomir, non ce n’était pas possible.
Je n’ai plus la même force qu’avant. Fut un temps, tout était réglé si rapidement. J’étais si efficace, si puissante, si rapide, si fière de moi…
En 5 minutes maximum et 2 jets, tout était réglé.
Je reste plus d’1h30 sur les wc dorénavant. Je suis tant en colère contre mon corps et moi.
Je n’en pouvais plus. Tout n’est pas ressorti, il a dû rester plein de biscuits, tant pis, du sang venait, j’étais à bout de force.
Comme une idiote j’ai avalé une poignée de laxatifs.
Dans un « élan de survie », je suis allée les faire sortir, je n’aurai pas tenu le coup, j’y serai restée le lendemain.
J’aurai jamais cru prononcer ou écrire des paroles pareilles un jour , mais je suis contente d’avoir vomi ces laxatifs…

En colère contre moi, contre mon corps, contre * ça *…
Je n’arrive pas à manger la journée et je fais n’importe quoi le soir, les hypoglycémies me rendent la vie impossible, incapable de profiter de mon après-midi.
Je voulais me tourner vers les substituts, mais non, pas question de donner de l’argent à ces fabricants de mort et d’arnaque.
Ca m’embête fortement mais c’est soit le fruit qui me donne faim, soit le Clinutren ou autre qui au moins me tasse et me coupe la faim.
C’est hypercalorique, tant pis, ce qui reste de mes crises l’est encore plus et c’est du sucre, ça reste, ça se stocke, merci à l’insuline.

J’en parle à mon psy qui veut que j’en prenne. Il me dit que c’est au généraliste de m’en prescrire.
Je me rends donc hier chez mon généraliste. J’avais les commissures brûlées et des douleurs dans l’oesophage. Il sait tout, je n’ai aucune gêne à parler avec lui.
C’est le médecin le moins nul que j’ai rencontré, je reste persuadée qu’il doit avoir une anorexique dans son entourage pour autant comprendre et savoir.
Pourtant hier il m’a déçu.
Il était moyennement pour ces prises de Clinutren et autres. Il y voyait la solution de facilité, « l’attrape couillon » …
C’est sûr, c’est plus facile, mais je ne m’en sers pas comme d’un substitut de repas, d’ailleurs ça n’en est pas, je voulais simplement en avoir de côté, ne pas en prendre tous les jours, ne pas rentrer dans cette routine dangereuse mais juste en avoir un sous la main quand la crise et les boulangeries m’appelaient…
Il me cuisine une bonne ½ heure.
En gros, je dois absolument manger un petit-déjeuner. Le déjeuner, on s’en occupe pas pour l’instant. Tant pis s’il s’agit d’un thé au lait pour commencer, d’un fromage blanc seulement, mais il veut que je reprenne l’habitude du petit-déjeuner. Je le revois dans 15 jours, et il avait l’air assez sérieux, j’ai la menace de Ste Anne qui pèse sur moi si ça devait continuer…
Il ne m’a pas prescrit de Fortimel ni de Clinutren, m’a dit que c’était remboursé seulement pour les cas graves comme le SIDA, les cancers, les personnes âgées… !!
Et alors ? La boulimie ? C’est pas grave peut-être. Je n’ai pas réagis, je suis restée tellement bête et abasourdie !
Je sais que c’est remboursé pour l’anorexie, on me prescrivait du Rénutryl immonde, il y a moins de 4 ans !
Je suis en colère, très en colère, je ne suis pas assez mince pour le mériter, mon état n’est pas grave ?

Une semaine que je suis en colère, Delphine (une amie) n’a pas été acceptée aux Urgences, elle est dans un état critique mais non, ils l’ont laissé sortir car elle ne risquait pas de mourir dans les prochains jours, mais il fallait faire attention aux prochaines semaines !
Son potassium est désastreux, elle risque la crise cardiaque n’importe quand, elle n’arrive même plus à marcher, à tenir debout, rien ne rentre en elle, ses intestins sont en vrac, la moindre miette met des heures à être digérée et le Clinutren la fait se vider, mais non, pourquoi la garder, elle est pas en danger ?
C’est simple, pour être prit au sérieux, il faut se poster devant la porte des Urgences, rester debout jusqu’à ce que la crise cardiaque arrive…

Maintenant, j’entends mon généraliste me dire que l’anorexie est plus brutale et tenace que la boulimie.
Mon cœur ne fait qu’un tour, je riposte immédiatement.
Manger jusqu’aux frontières de l’évanouissement, vomir ses tripes et son âme et  un jeun pour que tout recommence est à mes yeux encore plus brutal qu’un jeun prolongé !
Il me répond qu’il met la bv et l’anorexie dans le même panier.
Je préfère ça !
Mais et alors, les boulimiques non vomisseurs ? Je ne parle pas des hyperphagiques ou des compulsifs mais des boulimiques non vomisseurs qui se remplissent de moutarde, de plats encore congelés, de tout ce qui traîne.
Ces personnes qui ont l’appareil digestif en vrac et qui jeûnent encore pour rattraper le truc ? Ils sont en danger aussi non ?
Et les compulsifs ou hyperphagiques, ils sont en surpoids voir obèses, mais il me semblait que l’obésité était dangereuse ?

Paraît-il que c’est plus facile à soigner, à guérir ! Je demande à voir. C’est sûr que c’est moins brutal qu’un jeun ou qu’un vomissement mais ça reste un « suicide à la bouffe ».

Je suis énervée de voir tant de sites sur les TCA sur lesquels on trouve 10 lignes sur la boulimie contre 10 pages sur l’anorexie.
Je trouve beaucoup plus d’articles sur l’anorexie à mettre sur ce blog, mais je me refuse d’en mettre plus.

J’en ai assez de ces jugements et préjugés. L’anorexique est maigre et fébrile, tellement fragile, tellement seule, on a envie de la protéger, elle meurt.
La boulimique est une grosse personne sans volonté, un goinfre et la boulimique vomisseuse ou boulimique anorexique est un être hybride, une personne insoupçonnable, pas trop maigre, pas trop grosse. Elle passe inaperçue. On ne voit pas sa souffrance, elle a le masque le plus solide qui soit. Elle ne l’avoue pas, forcément, son physique ne la trahit pas…



Publié dans Au quotidien

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marie 29/05/2007 13:16

bravo pour tes confidences
je te souhaite de t\\\\\\\\\\\\\\\'en sortir,
je suis d\\\\\\\\\\\\\\\'accord avec toi , je suis dépressive et  tendance boulimique, comme je grossi, je pense à vomir aprés mes excés de bouffe (j\\\\\\\\\\\\\\\'essai de ne pas le faire mais je suis prête à craquer) car personne de me comprend, ni la psy, ni le toubib, ni mon mari et encore moins la famille et les amies, je suis seule au milieu de tous
j\\\\\\\\\\\\\\\'ai l\\\\\\\\\\\\\\\'impression de faire du cinéma, j\\\\\\\\\\\\\\\'ai tout pour être heureuse (oui, mais je ne le suis pas !), j\\\\\\\\\\\\\\\'ai 8 kilos à perdre, si je mangeai normalement je maigrirai (oui, mais je n\\\\\\\\\\\\\\\'y arrive pas !)
donc je suis une grosse mollasse qui pleurniche sur son sort, alors que des millions de gens sont vraiment très malheureux, eux !
alors il faut paraître en forme et de bonne humeur pour ne pas déranger...............
je me dis que si j\\\\\\\\\\\\\\\'étais anorexique, diabétique (ou autre maladie reconnue) je serai soignée, entourée et mieux considérée, mais non,
il faut peut-être espérer qu\\\\\\\\\\\\\\\'un jour ces maladies (du cerveau) seront reconnue et correctement soignées, et pas à coup de "secoues-toi"

agathe 14/05/2007 19:09

Coucou ! Voilà je suis de passage sur ton blog parce que j'ai moi aussi des TCA (boulimie...) et, même si je ne suis pas à un stade aussi "avancé" que toi (pas de carences pour l'instant, ce n'est pas "visibles"), je m'intéresse beaucoup au sujet car ça me fait vraiment très peur en fait  =SEnfin bon je tenais à te dire que je suis tout à fait d'accord avec toi, je pense que l'on ne parle pas assez de la boulimie parce que c'est moins "visible" que l'anorexie (personne dans mon entourage n'est au courant...) alors que c'est aussi grave.Bravo pour ton blog, j'aime beaucoup.

reminiscence 03/05/2007 20:58

bonjour! je ne suis pas vraiment habituée a laisser des commentaires sur les blogs, encore moins quand il s\\\'agit de personne qui ne me connaissent pas! mais la je me reconnais tellement en toi, dans chaque phrase, chaque mots. cette souffrance, cette haine envers cette société de consommation qui juge, critique mais ne comprends pas tous les maux qu\\\'elle a engendré, ne comprends pas que la boulimie au même titre que l\\\'anorexie ou que l\\\'alcoolisme ou que la toxicomanie est un acte d\\\'autodestruction et pas simplement "un caprice" ou "une mode". ces gens qui ne comprennent pas la violence de cet acte. vomir mais, vomir l\\\'âme, vomir l\\\'autorité, vomir ce qui nous entoure. se faire du mal de l\\\'intérieur pour tuer les agressions extèrieures.

Lea 02/05/2007 23:48

Merci pour ton "coup de gueule", ca me fait chaud au coeur. Ca fait des annees que je cache mes crises d'hyperphagie compulsive (en alternance avec de l'anorexie). J'ai honte quand la crise arrive, je ne peux pas controler par exemple quand je vais faire les courses 1h apres je m'empiffre et apres je me sens sale, nauseeuse. J'ai souvent pense a me faire vomir mais je ne veux pas rentrer la-dedans. Je me degoute... comme beaucoup dans notre situation. Je repasserai sur ton blog promis ^^. Lea.

C. 20/04/2007 02:06

En à peine une heure, je lis cette même chose sur la perception de la boulimie et je suis "heureuse" de voir que je ne suis pas la seule à être abasourdie quand je me rends compte qu'on ne prête pas autant d'attention à la personne boulimique qui n'a pas "l'apparence" qui fait peur. Je suis passée par un état maigre, là oui on fait attention à tout, on a peur. Aujourd'hui je ne suis "physiquement" pas maigre, ni grosse non plus (bien que çe me semble toujours trop, forcément...), mais bizarrement on ne me dit quasiment plus rien. On ne voit pas la boulimie, même en engloutissant un placard, on ne voit rien. C'est terrible. Parce que les laxa qui bousillent l'intérieur, les vomissements qui font saigner à trop être irrité, ça non, on ne voit pas.
Je te soutiens de tout coeur...