Vide

Publié le par Juliette


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Je n’écris plus car je ne ressens plus, c’est le vide.
M ma tête est tantôt si vide, tantôt si pleine que mon ventre.
Les crises d’angoisse se multiplient, la phobie sociale prend une tournure exponentielle.
Le courrier dans la boîte au lettre s’entasse, les tâches administratives (mes préférées) s’accumulent, le poids… 
Ca s’en va et ça revient, tout comme les crises et restrictions.

« C’est assez étrange, vous n’avez pas l’air d’en souffrir autant qu’avant, je ne vois pas d’expression sur votre visage, vous ne pleurez plus, on dirait que ça va mieux. »
Ah cher docteur, c’est le Prozac, je suis loin de moi, je me regarde, je découvre une personne froide et distante, je ne ressens presque plus rien .
Tout est froid, tout est distant, tout est lointain, et surtout : tout le monde, je ne réponds plus au téléphone, plus à mes mails.

Depuis 2 ans, je me suis isolée, il fallait qu’on me laisse maigrir en paix, personne ne devait s’immiscer, personne ne devait me déranger, je n’avais qu’une idée : maigrir et ce tout en mangeant.
Bien voilà, c’est chose faite et je suis seule avec mes démons, seule avec cette dépression, seule avec ces phobies et de plus en plus vide, je n’arrive plus à écrire, plus à penser, voilà pourquoi je n’écris plus ici.
Je jeûne pour m’anesthésier, pour ne ressentir que la faim euphorique, je refoule tout sentiment et tout souvenir, c’est dire si j’avance…
Je suis de plus en plus méchante, de plus en plus hargneuse, amère quant à l’égocentrisme, l’égoïsme, la méchanceté, l’agressivité…
Ils sont ma définition actuelle.
Je ne cesse de hurler sur ma mère, qui finalement finit par espacer les appels, c’est la seule « méthode ».
Si je ne suis pas ignoble, elle continue à appeler et me demande des comptes- rendu quotidiens.
J’ai honte de moi, de mon indifférence, de mes propos, que je ne pense pas toujours d’ailleurs.
Je laisse tomber tout le monde, mes « amis » ne voient que mépris et pourtant, je les garde à côté, je ne vois pas les jours passer, tous les jours je me répète « demain », « plus tard ».
Ils pensent que je les ignore, que je les délaisse, en fait j’ai peur.
Je reste enfermée chez moi tant je frémis à l’idée d’ouvrir la porte,.
Allumer mon ordinateur m’apparaît comme un mur.

J’ai envie de dire que je « subis » l’absence de crise.
Je lis des blogs, beaucoup répètent qu’elles préfèrent l’anorexie à la boulimie. Moi je ne sais pas, je m’en fou, tout ce que je sais c’est que mon compte est dans un état moins lamentable pendant la boulimie et durant les cycles anorexiques, il se remplume. (A l’inverse de moi)
Ceci- dit les restrictions sont dures d’un point de vue mental.
Je subis le temps, je le regarde passer en silence, en plein mutisme, silencieuse, anesthésiée.
Au moins les crises de boulimie me permettent de me défouler, un mensonge, encore un autre, toujours un leurre, je le sais, mais je suis capable de passer plus d’épreuves et d’être plus dans l’action (à moins qu’il ne s’agisse que de réaction) quand je fais des crises.
Je me mens en me disant « une petite crise pour se donner du courage », « défoule toi un bon coup avant ».
Certains se disent avant des entretiens ou épreuves « impressionnantes » : « respire un bon coup et ça ira », ; moi je me dis « gerbe un bon coup et tout ira mieux », « et puis, si tu réussis, t’auras le droit de recommencer après pour te récompenser… ».

Là, je suis inerte, tout me fait peur, tout est bloqué, le temps ne passe pas,ou plutôt il passe sans moi, je reste avec moi, autant dire en mauvaise compagnie.
Les journées passent, je ne mange plus (ou plutôt presque plus), si je maigris ? Aucune idée et puis je m’en fou, ça fait longtemps que ce n’est plus le but, un jeu morbide s’est installé et j’ai l’impression de m’en foutre complètement.
Maigrir, j’ai l’impression de n’en avoir rien à faire et pourtant manger m’est impossible, tout du moins manger des choses cuites.
Ma variété culinaire : endives, poivrons, champignons, surimi, blanc de dinde, yaourt, soupe et pain.

Tout dans ma tête est en désordre, à moins qu’il n’y est plus rien, alors à quoi bon écrire ? Je n’y arrive plus, ce que j’écris est aussi vide, distant et amer que moi…

Je me suis éloignée de la vie, éloignée des autres, tout ça pour m’éloigner de moi-même…

Mon psy me propose d’ajouter à mon traitement des neuroleptiques ou de doubler le Prozac.
Prendre des neuroleptiques, c’est hors de question, rien que le nom me fait froid dans le dos et me ramène à mon passé : « épileptique ».
Il risque de me faire grossir, et je n’envisage pas cette possibilité ne serait-ce qu’un quart de seconde.
Je me suis déjà assez « cassé le cul », (pardon pour tant de vulgarité, je devrais, pour être plus réaliste dire : cassé la gorge, les dents » à maigrir depuis 2 ans sans avoir réussi à faire partir tout ce que le Tégrétol et la Dépakine m’ont fait prendre pour recommencer, parce que là, je termine à l’asile, j’irais à Sainte Anne à nouveau, mais cette fois dans les quartiers nord.
Doubler le Prozac ? Je voudrais bien, mais seulement deux raisons m’en empêchent, il m’assèche, je ne peux plus pleurer.
Je ne pleure qu’en vomissant, je suis froide et indifférente, complètement cloisonnée et surtout, je m’étonne moi-même de cette réaction : il me coupe déjà assez la faim comme ça.

Je n’ai ni envie de reculer, ni envie d’avancer, je voudrais faire l’autruche, je voudrais dormir, tout oublier, faire une pause, et pourtant c’est ce que je fais.
Si seulement je pouvais dormir pendant ce temps mort, je ne me rendrai compte de rien et ne serai pas obligée de subir la faim, les crampes froides pour penser à autre chose.

Pourquoi suis-je comme ça ? Pourquoi je m’enfonce ? Pourquoi je traite tout le monde comme je crains le plus qu’on me traite ? (par l’abandon),
Ça ressemble à une vengeance programmée, une revanche, une colère, un mépris, la misanthropie même. Je ne sais plus, je comprends plus.

J’étouffe, je me sens seule, trop seule, je veux qu’on vienne me sauver et pourtant j’empêche quiconque de m’approcher…

Quelques fois, il m’arrive de regretter les crises de boulimie.
Je me crie dessus toute la journée, une vraie tarée, je m’insulte, encore et toujours et j’en ai peur : pour toujours…
Ce n’est pas une vie et pourtant j’ai si peur.
A vrai dire, je me demande ce qui ne me fait pas peur. J’ai peur de mes peurs, je ne sais plus rien faire seule.
J’ai toujours besoin pour accomplir une tâche, pour un labeur administratif d’une « maman de substitution », d’une personne gentille qui m’accompagne, je ne sais rien faire seule, ça doit être la définition de la personne dépendante.
Si on essaie de me bouger, de me « botter les fesses », je réagis comme je réagis avec ma mère, je deviens hystérique, je crie, je hurle, je crache, je fais le contraire et finalement, moi seule suis punie, moi seule ai l’air d’une conne.
Si on m’accompagne, si on me tient la main, si on me montre qu’on m’aime, je deviens une petite fille qu’on assiste et tout d’un coup je me débloque et accomplis.
J’ai cherché à devenir chétive et malade plus jeune, je me disais que quand on était malade, les mamans étaient gentilles, attentionnées, pleine d’amour, ça va faire presque 20 ans que je joue ce jeu morbide : être la plus fragile, la plus triste, la plus malheureuse et ce dans le but d’être la plus importante et je suis de plus en plus seule, de plus abandonnée.
Je voulais, petite qu’on m’entoure, qu’on me cajole, qu’on me demande ce qui n’allait pas, je voulais que tout le monde s’inquiète, s’intéresse à moi, je ne croyais que ça n’était possible qu’en ayant l’air la plus fragile, finalement, c’est tout le contraire. Je suis plus seule que jamais, plus solitaire que jamais.
Je n’ai pas de sourire ni d’attention autour de moi, je n’ai que de l’indifférence et l’indifférence est le pire des sorts, mieux vaut une crise de nerf, une dispute mémorable.
La transparence, tout en se sentant prendre trop de place…

J’aimerais comprendre, j’aimerais savoir et pourtant, plus je sais.
Plus j’apprends avec la psychanalyse, pire c’est.
Je fuis, je ne suis plus qu’un fantôme, pour les autres et pour moi-même. A quoi bon ?
Pourquoi continuer ? Peut-être parce que j’ai une peur irrationnelle de la mort.

Je suis perdue et amorphe, je ne sais plus quoi faire, je n’y arrive plus, je régresse, je rechute. Que faire ? Ajouter du Risperdal ? Doubler le Prozac ?
Et le Lysanxia ? Et la Mépronizinne ? On les enlève ?
Je ne sais plus…





Publié dans Au quotidien

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inconnue 09/12/2010 04:03



Tu va arriver a sortir de ce trouble mais fau ty croi et tu travaille tres tres fort et perseverre . moi aussi au debut je croyai jtai un cas desesperer encore aujourdui jai rechuter
malheureusement mais jsai que jai manquer a deux doigt de men sortir alors je me di quil y a toujours de lespoir meme si on le voi pas faut juste perseverer aller au delas de nos capaciter et ses
sur que ses encore plus souffran letape de guerison puisque quon jou la ou on ne veu pas mais apres sa on srend compte que sen valais la peine 



kk1 26/08/2008 09:21

La vie est drolement fait.Depuis des années les gens me disent d'écrire mes emotions. Jamais j'avais ressenti le besoin de le faire mais il y aquelque mois de ça j'ai decouvert la drogue , Dans mes debuzz jai juste envie decrire decrire de toujoursécrire,J'en ai tellement a dire, mais aucun mot ou phrase sensé sortent, ce sont seulement de pales representation.Je suis tomber ici la, en cherchant des information sur google en meme temps d'être en train dessayer decrire ce que je ressens.Tes mot reflete EXACTEMENT ce que je ressens... la seule difference c'est que moi ce ne sont pas des troubles alimentaires.... C'est la drogue...Je n'ai jamais cru quand les gens me disait que je n'était pas seule....La j'y crois, et meme encore la on dirait un reve ca se peut pas que ce soit si identique....jcomprend rien juste rien!Mais merci d'avoir écrit ce texte,J'ai l'impression de dire nimporte quoi...Aucun mot est assez fort pour decrire ce que je ressens en lisant ca....J'espere sincerement que tu retrouveras l'envie de vivre et que tu seras heureuse.

Scheiro 05/05/2008 19:30

Doubler le Prozac ? Je voudrais bien, mais seulement deux raisons m’en empêchent, il m’assèche, je ne peux plus pleurer.Haahaaaa ! Excellent ! Je viens de copier cette phrase pour la coller sur mon blog avec pour intention de pleurer de rire chaque fois que je la relirai. C'est d"autant plus comique qu'on sait pertinement que le Prozac est un placébo  ;-)

Scheiro 05/05/2008 19:22

>Doubler le Prozac ? Je voudrais bien, mais seulement deux raisons m’en empêchent, il m’assèche, je ne peux plus pleurer.

Haahahaa ! Ce passage est excellent, le recopierai sur mon blog, pour le relire chaque fois que j'aurais envie de pleurer de rire ;-))

Anorchidea 03/05/2008 19:08

Je pense à toi si souvent Juliette.Me demande si tu vas.J'espére que oui. Que tu t'écoutes un peu, pas trop. Ce juste milieu qui nous donne l'équilibre.Avec toi, très fort.