Mardi 11 septembre 2007




23 jours sans !!
Chaque soir, je suis fière de voir les jours s'aligner et pourtant, ce que ça peut me manquer !
La période de manque véritable est, je pense passée.
J'entre dans la période "nostalgie" où je me demande chaque jour si après tout, ce serait grave
« Si après tout... »
Chaque jour mon cerveau tourmenté et détraqué trouve une raison de me persuader qu'après tout, un vomissement...

J'ai réussi à jeter des laxatifs grâce à l'aide d'une amie, qui je l'espère de tout mon coeur ne passera jamais par ce blog. En souhaitant que jamais tu ne lises ce blog, je pense à toi et un merci immense.
Je me rappellerai toujours de ce moment quand on a tenu et jeté ensemble la plaquette maudite dans les égouts.

J'ai même réussi à avaler une soupe ce soir grâce à une autre amie.
Sans elle, je serai encore à jeun, en train de punir ma compulsion de la veille.

Ce soir, je suis contente et pourtant toute la journée, le mal me manquait.
Comment expliquer qu'en repensant aux périodes les plus sombres quelque chose vienne à manquer ?
Comment je peux ? Pourquoi cette noirceur et ce masochisme ?
Ce trou noir, ce néant, ce désespoir et pourtant aujourd'hui j'ai eu peur en réalisant que j'allais bien mieux...

Je me fais peur et en même temps j'ai si peur de cet avenir que je n'arrive pas à choisir, que j'ai du mal à envisager.
Dès lors qu'une décision s’impose, je ne cherche qu'à fuir, à ne pas la prendre.
À fuir en retrouvant ce mal, cette douleur si inconfortable que confortable.
Cet abyme si rassurante qu’effrayante.
La fuite pour un retour dans un monde que je connais contre un monde qui me dépasse, que je n'ai pas apprivoisé.
La peur de l'inconnu.
La peur de ne pas être à la hauteur, la certitude d’échouer…

Je me rappelais l'année dernière et dans quel état j'étais, cet état dépressif, cet état de panique, cet état anorexique, cet état de coupures, de cocktails de cachets.
Le début du prozac, le début de l'enfer.
En moins d'un mois, j'avais réussi à me faire prescrire par différents médecins du Xanax, du Lysanxia, du Stilnox, de la Mépronizine, du Valium, de l'Atarax, de l'Imovane et je crois que c'est tout...
Sans compter la réserve monumentale d'Urbanyl, de Lexomil et de Rivotril que j'avais déjà à la maison…
Chaque soir je faisais des mélanges dans l'espoir d'en trouver un qui me ferait dormir plus de 3h.
Chaque jour je tremblais, je n'arrivais plus à sortir de chez moi à part pour aller voir des médecins, pharmaciens (mes dealers) et quelques très rares amies.
Chaque jour, je me nourrissais de 3 capuccinos et de thés.
Je ne tenais plus debout, j’avais moins de 9 de tension et on m’interdisait de rester plus de 20 minutes debout, je devais aller prendre ma tension tous les jours à la pharmacie.
L'année dernière je me suis évanouie dans les toilettes après une prise de laxatifs.
L’année dernière j’ai commencé à utiliser le cutter puis la lame de rasoir.
L’année dernière mes cheveux ressemblaient à du crin pour le peu qui restait, j’avais peur de les brosser, peur qu’ils restent tous sur la brosse, je me les attachais seulement.
Je hurlais mon désespoir et appelais à l’aide avec un langage que personne ne comprend : celui du corps et de la destruction.
J'ai commencé à arrêter de regarder la télé, d'ouvrir mon courrier afin d'installer un climat intemporel...

Il faut que je me rappelle à quel point c’était noir, à quel point c’était sombre et à quel point je voulais en sortir.
Il faudrait que je relise des articles écris l’an passé.
Demain, je revois mon dentiste, habituellement ça me remet les idées en place.



23 jours sans vomissements


Par Juliette - Publié dans : Au quotidien
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Lundi 10 septembre 2007



Mot de l'éditeur

Une adolescente sur dix souffre de troubles alimentaires. Une sur cent en présente la forme la plus grave pouvant conduire à la mort : l'anorexie mentale. L'opinion publique cherchant des coupables, on incrimine tour à tour la mode, l'obsession des régimes « minceur », l'ambiance et les relations familiales. Mais l'anorexie est une maladie qui résiste à ces explications. Et, pour la soigner efficacement, il faut tenter de la comprendre en profondeur.
Deux « spécialistes » de l'anorexie croisent leur expérience et leur regard. L'un est responsable d'une unité hospitalière dévolue aux jeunes anorexiques. L'autre est essayiste, journaliste et a traversé l'expérience de l'anorexie au sortir de l'adolescence. Pour la première fois, ils se sont risqués à franchir la frontière qui sépare soignés et soignants, et à engager un dialogue sans concession. En sortant des sentiers battus, en acceptant d'aborder les points les plus obscurs et les aspects trop souvent laissés dans l'ombre, ils nous font entrer dans le mystère de cette  faim de non-recevoir qu'est l'anorexie. Mais plus que tout, c'est l'humanité et le souffle même qui se dégagent de ce face-à-face qui permettent d'entrevoir des solutions thérapeutiques.

Par Juliette - Publié dans : Bibliothèque
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Lundi 10 septembre 2007



L’automutilation est une forme particulière de lutte contre la mal de vivre, analyse David Le Breton.
En s’infligeant une douleur incontrôlée, l’individu lutte contre une souffrance infiniment plus lourde. Ce n’est nullement une volonté de mourir mais, à l’inverse, une volonté de vivre. Il s’agit de payer le prix de la souffrance pour essayer de s’en extirper. L’atteinte corporelle est une forme de contrôle de soi pour celui ou celle qui a perdu le choix des moyens et ne dispose pas d’autres ressources pour se maintenir au monde. Elle est une forme d’auto-guérison. » Contrairement aux tentatives de suicide, l’automutilation n’est pas un geste destiné à en finir avec la souffrance mais à s’en sortir.


Phosphore : Quel sens donner à ces actes de scarification et d'incision de sa propre peau?
David Le Breton : Une première signification est de couper court à une souffrance intense, dévorante. On provoque de la douleur physique pour lutter contre la souffrance morale. Là, vous y mettez "un cran d'arrêt" en matérialisant votre désarroi paur une plaie.
Il peut être aussi question de purification, une signification que l'on rencontre chez des victimes de sévices sexuels. Le sang qui coule matérialsie le souhait d'évacuer une souillure personnelle. Les actes de scarification sont toujours un moyen de se prouver que l'on existe, que l'on reste maître de son corps, surtout quand on est sous l'emprise d'un chaos intérieur. Ils donnent l'impression que l'on s'arrache de ce chaos en se déchirant à l'extérieur.


Ces actes concernent plus les filles que les garcons. Pourquoi?
Chez les garçons, l'incision est plutôt une affirmation de virilité et une démonstration de force de caractère... Ils vont alors davantage rechercher des témoins. Les filles, elles, sont plus dans l'intériorisation de leur souffrance. Ce sont des coupures silencieuses, dans le secret, discrètes, elle ne vont en parler à personne. Ca ne se voit pas car le visage est le lieu sacré de notre identité personnelle. L'atteinte au visage est alors le signe du basculement vers la folie et la psychose. Un signal de non-retour vers le monde ordinaire. 

(...)



SCARIFICATION SOLITAIRE

Mais comment se fait-il que toutes ces filles "choisissent" la voie sanglante de l'automutilation et ne deviennent pas "simplement" névrosées... comme tout le monde ? D'après La der et Contario, il y a une dimansion sociologique dans le phénomène de la blessure volontaire: "Depuis l'aube de l'humanité, les êtres humains se marquent, se scarifient, se tatouent, pour exprimer leur appartenance à un groupe, leur statut social, leur accession ritualisée à l'âge adulte. Ce qui était autrefois un acre social est devenu une pratique solitaire. Nous vivons dans un monde de plus en plus centré sur l'individu et sur le corps. On est constamment bombardé de messages contradictoires et mensongers qui affirment que l'on se resentira mieux si l'on modifie son apparence. Les jeunes sont de plus en plus coincés entre survalorisation et haine du corps. L'enlaidissement volontaire de tous ces ados qui arborent "baggy look", cheveux verts et ongles noirs témoigne d'une crainte grandissante de la sexualité. Pas étonnant, dans ce contexte, que l'automutilation progresse comme une péidémie silencieuse."
Mais quelle est la frontière entre le normal et le pathologique ? "On ne peut pas parler d'automutilation morbide chez les femmes qui usent de la chirurgie esthétique d'une manière sensée, ou chez les gens qui se font faire des pîercings parce qu'ils trouvent ça joli. Cela dit, le piercing peut constituer une voie d'entrée dans l'automutilation. Si la personne qui se perce ressent une jouissance qui la pousse à recommencer d'une manière de plus en plus extrème, on entre dans le pathologique. C'est l'aspect addictifs qui est inquiètant. "
Pourquoi les femmes constituent-elles plus de 95 % des gens qui se blessent volontairement ? "Malgré des années de remise en question de la condition féminine traditionnelle, les filles continuent d'être socialisées différemment des garçons. On attend d'elles qu'elle soient douces, et surtout qu'elles soient parfaites. Face à cette exigence de perfection, les femmes retournent leur violence contre elles-mêmes. Les garçons ont davantage tendance à s'attaquer aux autres. Ils se retrouvent en prison alors que les femmes échouent les psys. Et puis il y a le corps: celui de la femme est beaucoup plus "encombrant", infiniment plus exposé aux jugements, à la pression des regards et aux agressions sexuelles que celui des hommes."

(...)

Par Juliette - Publié dans : Automutilation
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