Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /2007 11:00



Elle est passée sous une voiture, renversée samedi, toute petite, elle avait 1 an et demi et je l’avais déjà rendue folle.
Pourvu que la mort aie été brutale et instantanée.
Mon chat est mort. Pas de larmes, pas d’émois, la fluoxétine m’ôte toute tristesse et émotion sans pour autant empêcher les crises d’angoisses par centaines.
A moins que ce ne soit pas la faute des cachets, à moins que je sois habituée depuis que je suis petite à refouler, retarder…
J’ai réalisé que ma grand-mère était morte 2 ans plus tard, pendant deux ans, je n’ai pas versé une larme, pas une once de tristesse, ma tête était remplie d’arrogance et de propos muet envers ceux qui la pleurait… J’oublie tout ce qui fait de la peine, je ne connais même plus la date de sa mort, 2002 ? 2003 ? 2004 ?
Je me suis souvenue de cette chose 17 ans plus tard, et tout est si trouble, pas d’image, que des angoisses…

Pauvre petit chat, que vais-je faire sans toi ?
Mon seul ami quand je rentrai chez mes parents !
Certains disent « je suis contente, je retourne chez moi, je vais voir ma famille… » moi, je disais « je vais enfin voir mon chat ! ».
Un chat que j’avais rendu fou, un chat que j’avais rendu boulimique.
J’achetais sa tendresse avec des croquettes, n’y allant pas souvent, on n’avait pas le temps de faire connaissance, le temps qu’il me ré apprivoise et qu’il se souvienne de moi…
Cruelle j’étais et en bonne névrosée et toxico de la bouffe, j’achetais son attention et son obéissance avec de la bouffe. Exactement comme * ça * le fait avec moi…
Ce chat a empêché tant de vomissements, il finissait mes assiettes.
J’ai beaucoup de mal à manger devant mes parents et depuis souvent, à moins que les repas se déroulent en « famille » car d’autres membres de la « famille » sont là, je mangeais seule, pas en même temps qu’eux.
Personne ne pouvait regarder, commenter, chronométrer…
Ce chat piochait, je l’attirais, il mangeait, finissait les restes, le « trop » qui risquait se faire se terminer le repas aux toilettes.
Il rappliquait dans la cuisine à minuit quand je faisais une crise et je m’arrêtais à temps.
Il grattait derrière la porte quand je vomissais, il venait ronronner et se coller à moi quand j’étais à moitié éteinte dans mon lit après avoir prit des laxatifs pour faire croire que j’étais malade, dans le but que ma mère soit gentille et me fiche la paix.
Il m’a si souvent prit en flagrant délit, en train de revenir avec des courses, les mêmes boites que j’avais pillé la veille. Je les remplaçais et les vidais à moitié pour que tout soit insoupçonnable.
Oh, pauvre chat, il était le seul de la famille à savoir, le seul à avoir vu, et le seul à me réconforter, il était parfait : muet et présent…
Excuse-moi Chapitre, je t’avais rendu fou, tu courrais chez tous les voisins pour manger la nourriture des autres chats, tu volais et déchirais des paquets, allait même chercher dans la poubelle, une force « sur chatienne » t’aider à ouvrir les placards ! Tu commençais même les compulsions sur la salade, la purée de brocolis…
Paix à ton âme ! Peut-être que si je ne t’avais pas attiré là-dedans tu aurais pu courir plus vite, moins lesté et passer sous cette voiture à travers les roues !
Et si tu t’étais suicidé sous ces roues comme je regarde les rails du métro.
Toujours je m’approche près de la voie, en espérant que quelqu’un me pousse, en voyant si je serai capable complètement fasciné.
Dis-moi Chapitre : as-tu eu le courage que je n’ai pas ?

Un chat mort trop tôt, mort à temps, désormais au paradis des chats boulimiques.
Cher Chapitre, "mon camarade de conso", viens me dire comment c'est, est-ce aussi beau que je me l'imagine ? Est-ce qu'on peut manger de tout sans grossir ? Est-ce un buffet éternel, un buffet de délices ? Est-ce la fin de notre sort de Tantale ?


Par Juliette - Publié dans : Au quotidien
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Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /2007 14:01




Depuis plusieurs mois, je n’avais vu son intérieur.
Je l’ai enfin ouvert, je ne savais pas s’il était plein ou vide.
Une honte et une claque de réalité sont venues m’envahir.
Il était plein, plein à ras bord, des denrées périmées depuis si longtemps, le gaspillage même.
Des personnes meurent de faim, des personnes triment pour s’acheter à manger, moi je laisse mon frigo plein pourrir en silence et dans le noir.
Tous ces aliments qui auraient pu nourrir une famille quelques jours…
J’ai ouvert mon frigo et compris.

J’ai enfin ouvert mon antre. Depuis plus de 3 ans, *ça* ne m’avait laissé l’ouvrir.
Nous avions si peur toutes les deux d’être comme violées, découvertes. Notre secret n’était plus, notre action serait figurée.
Je cachais mon appartement, je cachais mon chez-moi comme je cachais et fuyais ce qu’il se passe dans ma tête.
Il était dans le même état que mon frigo, un bordel élaboré pour que personne ne vienne, pour en boucher l’accès et par là même la seule idée qu’ils pouvait avoir une utilité. Un bordel élaboré. Habitable et visible seulement par moi, telle ma tête.
Moi seule avait le droit d’y entrer, de me l’approprier, personne ne pouvait le toucher ou le regarder, un peu comme mon cœur froid et endurci, amer, à l’état de pierre.
Je n’avais pas plus de respect pour l’espace que j’habitais que pour ce corps qui m’habite.

J’ai laissé entrer une amie, je ne croyais plus en être capable un jour.
La présence des autres chez moi me fatigue tant, je rêve d’incantation, de désenvoûtement après leur départ. Mais cette fois j’ai choisi avec sagesse, j’ai laissé entrer une amie que j’aime avec tendresse et le souvenir de sa présence me rassure.
Sentiment que je n’ai pas souvent ressenti, pratique jamais jusqu’alors inaugurée.

Je laisse les "autres" m’approcher et me donne une chance.

J’ai enfin écris cette lettre, le plus dur reste à faire : me porter pour l’apporter.
Elle est écrite, signée et à vrai dire, pas si mal, j’en suis presque fière.

Me reste à dépasser mes peurs et angoisses quand je me retrouverai face à ce bâtiment empli de souvenirs morbides et amers, cet espace déroutant, ce lieu si angoissant.

Je vomis toujours, je me mutile encore, je jeûne sans relâche, mais petit à petit, je brise les barreaux invisibles dans lesquels *ça* m’a enfermée.
Je lui donne tort et la contre en laissant entrer une personne chez moi, je lui crie mon indignation, ma lassitude et ma colère en écrivant cette lettre pour lui donner tort et lui montrer que je ne suis pas une bonne à rien, que je peux faute de réussir au moins essayer.

Depuis tant d’années, nous avons toutes les deux en binôme érigé un mur autour de nous, de notre secret et de nos pratiques, on était ensemble, si proches, si complices dans toute cette haine.
*ça* partira un jour.
Mon rapport avec la nourriture n’a pas changé, mais *ça* n’est plus si belle à mes yeux désormais, je ne la choie plus, ne la supplie plus de rester, je ne lui obéis plus autant qu’avant.
Depuis toujours je lui obéissais, m’exécutais et faisais tout le contraire de ce que les humains me demandaient ou conseillaient. Je n’avais pas le temps de penser, je me rebellais devant tout acte, toute pensée.
*ça* était ma seule amie, la seule qui me voulait du bien, je sais désormais qu’elle a tort, j’ai si peur de la quitter, si peur de lui dire au revoir et pourtant j’en ai tellement envie.
J’aimerais tellement être libérée de ce poids, de cette prison, de ce mensonge.

Avec elle j'étais en accord, avec les "autres" en désaccord, mais la laisse n'est plus si solide qu'elle le fut.

Petit à petit…
Depuis si longtemps une force passionnelle nous reliait, partagées entre amour, haine et dégoût, nous restions ensemble, insatiables.
Avec elle je ne pensais pas, je n'avais pas le temps de m'ennuyer, je mangeais, je jeûnais, je vomissais, j'accomplissais...
Toutes ces années perdues...
Peut-être n'est-elle pas si gentille...
Peut-être suis-je quelqu'un de bien...
Je peux toujours essayer de savoir, je n'ai jamais osé.




Par Juliette - Publié dans : Au quotidien
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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /2007 22:04
Voici les images qui hantent mes nuits ces derniers temps:










































Et voici ce qui soulage ces images douloureuses, ces souvenirs effrayants :


Je n'en peux plus, partez, sortez de mon esprit.
Il est si fatigué, il aimerai tant pouvoir se consacrer à autre chose.
Je commence à perdre espoir, dès qu'une porte s'ouvre, les souvenirs douloureux du passé reviennent et assènent ma tête qui me commande d'assomer mon corps.
Si seulement cette boule au ventre, cette boule de terreur pouvait partir quelques temps, s'il vous plait, seulement une nuit.
Laissez-moi dormir, une nuit, une seule nuit, je pourrai respirer sans suffoquer, une seule nuit sans que mon corps tressaute, une seule nuit sans que ma tout se bouscule.
Une nuit de paix, juste une nuit.
Quelques instants sans tremblements ni palpitations.
Les journées paraissent si longues, elles contiennent l’amertume du rêve, l’angoisse du souvenir, la terreur de la future nuit et finalement rien ne s’arrête.
Mon corps a été assez mutilé comme ça, tant par les chirurgiens que par moi.
Il n’y a plus de place sur mon bras gauche, ma main est bleue, violette… et mon poignet se meurt.

Rien ne s’arrêtera jamais ?
Le passé quel qu’il soit régnera à jamais ?



20 jours sans vomissements
( j'avoue être nostalgique)




Par Juliette - Publié dans : Au quotidien
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