Mercredi 19 décembre 2007


J’ai si peur des "vacances" qui approchent à grands pas, si peur de moi.

Voilà une semaine ce soir que je n’ai pas fait de crise, je suis dans un état de nerf que j’aurai du mal à qualifier, du mal à expliquer. Je ne comprends rien, je suis dans un état second, je frise la folie. Tantôt en hyperactivité, tantôt allongée sans tension. Tantôt en train de rire sans savoir pourquoi, des fou -rire nerveux, tantôt en train de pleurer sans comprendre, sans m’arrêter, ça coule seul, je ne peux qu’attendre la suite, et tantôt à deux doigts de l’automutilation.
Je n'ai jamais été si agressive, si déroutée, merci à C... d'avoir réussi à me supporter. J'avoue que je suis épatée de la savoir toujours à mes côtés après mes crises de nerfs, mes crises de pleurs, mes cris, mes repproches...

Tout est trop vide, tout est trop plein. Comment m’occuper ? Penser à autre chose, oublier, refouler…

Une semaine sans vomissements, une semaine sans crise.
Pour être plus exacte, 9 jours sans crise ni vomissements, 9 jours avec 8 repas qui me font tant culpabiliser, qui me font tant de mal.
En fait, je ne trouve pas très juste de dire "sans crise" dans la mesure où la voix était là, ce fut 9 jours sans que j'assouvisse ses ordres, ses critiques et son vouloir, mais en aucun cas une semaine sans elle et encore moins une semaine sans crise si je tiens compte des crises de nerfs, de pleurs, d'euphorie, de folie, d'hypoglycémie, de tension et d'hystérie...

Partagée entre deux voies, entre deux voix qui m’assènent, qui me culpabilisent, qui me détruisent et me fragilisent, je deviens double.
Aurais-je dû jeûner pour tester les limites ? Aurais-je dû abandonner et me remplir pour mieux vomir pour mettre fin à cette tension qui me fait trembler.
Mon corps tremble, ma tête tremble, mon esprit est secoué, il est ailleurs, mes pensées ne sont plus et mes émotions sont saccadées.

J’ai si peur de noël. La raison exacte qui explique le fait que je n’aie pas fait de crise, je l’avoue et je l’assume, n’est pas le fait de la sagesse, de la voix de la responsabilité.
Je n’ai pas fait de crise et j’ai résisté jusqu’à l’aliénation car je n’arrive plus à vomir comme avant. Je me suis mit dans la tête qu’un jour ce serait dur et je n’arrive plus à vomir sans ces deux doigts que je sali.
Debout, en ouvrant la bouche, juste à attendre que la vermine, que le pue ressorte est devenu presque impraticable, impossible, je me sers de mes deux doigts pour le premier jet. Je suis si contractée que je n’arrive plus à "ouvrir le haut", mon sphincter reste bloqué, mon ventre se contracte et mes pressions ne sont plus d’aucune efficience. Je me retrouve adolescente, seule avec ma peur, seule avec mes doigts.

Vais-je devoir vomir dans des sacs plastiques comme fut un temps ? Je ne pourrais pas.
Vais-je devoir faire les poubelles de la maison, prendre tous les emballages solides, les emballages en carton et les fourrer d’un sac plastique pour vomir dedans, pour empiler, entasser, déposer les boites les unes à côté des autres pour que tout tienne droit ?
Rien ne doit couler, il faut que ça tienne, du sopalin, des lingettes, du déodorant, des journaux… Toute une organisation encore possible quand je pouvais vomir à ma guise, quand je maîtrisais tout. Tout un savoir faire que je n’ai plus car avec mes doigts, je ne peux contrôler le débit, je ne contrôle plus rien…

Alors que la plupart des gens s’inquiètent de savoir si les cadeaux qu’ils ont achetés vont plaire, alors que tant d’autres s’inquiètent pour la santé de leurs aïeux, alors que beaucoup se demandent qui va encore crier le plus fort, qui va avoir le dernier mot à propos de la discussion politique, alors que certains se délectent du menu, moi je me demande comment vomir et élabore des plans. Je fais des listes (lingettes, kleenex, sopalin, sacs poubelle, sacs plastique, pochettes en plastique, papier aluminium, déodorant, febreze…)
Tout ça dans mon sac à dos ? Tout ça dans ma chambre ?

J’ai résisté à ces crises par pure folie, juste pour perdre, pour perdre, je dois avoir une marge si je reviens de chez mes parents avec du poids. Alors que mon poids n’a jamais été si bas depuis le début de "mon régime" qui a recommencé il y a plus d’un an, je ne veux plus remonter, plus jamais, je veux y retourner, je jubile de ce nombre qui descend, je veux retrouver mon poids initial mais quel est-il ?
Je n’en ai aucune idée, je ne connais même pas mon poids de forme, tout a été biaisé, erroné par cette maladie de merde, cette maladie mon amante, cette maladie mon amie, cette maladie mon ennemi, mon refuge et mon  enfer…

Je vais être épiée, ma mère commence à avoir peur et à se demander quand vais-je arrêter, jusqu’où je vais aller…
Oh maman, je l’avoue, je le sais, même si j’aimerais souvent guérir, mon esprit reste acharné et obsédé à l’idée que j’arrêterai quand ça s’arrêtera, quand je ne pourrais plus, quand le corps refusera. Je le sais et j’ai peur. En fait je jubile d’impatience autant que je frémis, que je me fait peur sachant mon sens de la modération et mon respect des limites.
Je fuis, je laisse descendre, je fais baisser, oh je m’éloigne le plus possible de cette dizaine que je haie, je laisse une marge, déjà 3 kilos de moins, encore jusqu’à jeudi et j’en serai à 4. 4 kilos de marge, ça devrai aller sur 8 jours. Et si ça ne suffisait pas ?

Alors que d’autres achètent des chocolats pour leur famille, moi je rempli ma valise de laxatifs, de coupe-faim, de cachets pour aider à digérer, de trucs censés manger les calories.
Je n’oublie aucune molécule car laquelle me réussira le mieux pendant les vacances ? Rivotril ? Lysanxia ? Lexomil ? Xanax ? Urbanil ? Valium ? Mépronizine ? Stilnox ?

Toute une organisation, tout un contrôle pour ne pas crever la dalle pendant les vacances pour me ruer, tout une organisation pour mâcher suffisamment, pour ne pas être en manque de sensations, toute une organisation pour ne pas avoir faim, ne pas être trop vide. Ne pas craquer, contrôler, maîtriser, résister…
Je me prends pour Dieu, je suis un pauvre esprit au rabais.
Comment peut-on être aussi timbrée ? Comment en suis-je arrivée là ? Pourquoi ?


Par Juliette - Publié dans : Au quotidien
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Mardi 11 décembre 2007



Elle est arrivée à 9h, je n’avais plus de café, comment la faire taire sans café ?
J’avale du thé en pensant bouffe, je suis dans mon fantasme.
Si je m’écoutais, si je réagissais tout de suite, ma liste de courses, mon « menu » serait prêt dans ma tête.
Je vendrai mon âme et tout ce que j’ai pour une baguette aux céréales, une baguette traditionnelle, du beurre, des biscuits apéritifs au fromage, une poêlée de légumes, je rêve d’une tourte aux champignons, de gaufrettes, de brioches, du fromage…
Ca rentrerait j’en suis certaine, et puis je pourrais même prendre quelques boîtes au cas où, des pâtes…

Elle reste, elle reste, je ne veux pas, pas aujourd’hui, puis je ne peux pas, j’en ai décidé ainsi, aujourd’hui non !
Plus de café ! Comment faire ! Je n’ai plus mon « arme », mon café au lait !
Je trompe mon estomac avec du thé, mais voilà, ce n’est pas mon corps qui a faim, je n’ai pas faim, je ne sens pas qu’il réclame, je ne sens pas de place, je sens un vide immense dans ma tête, à moins que ce soit un trop plein tumultueux que je veuille faire taire et combler sous des kilos de bouffe.
Je fantasme, je pourrais me remplir jusqu’à ras bord ! J’en ai tellement envie que je rêve même le moment du vomissement !

Un coup de tête contre le mur de la salle de bain, puis pour penser à autre chose, les ongles plantés dans mes poignets. Je marche, je marche chez moi, à aucun prix je ne dois sortir de mon antre. Je le sais, si je sors, je reviendrais chargée, elle aura gagné.
Je tressaute, je veux sortir, je suis face à la porte d’entrée, un coup de pied, mais elle est toujours là. Elle qui m’empêche, elle qui me retient prisonnière et en survie !
J’aurai dû demander à une amie de m’enfermer, de prendre mes clés ! Elle a un double, si je l’appelais ?
Je deviens complètement folle, je donne des coups dans ma table, mes tibias sont déjà bleus.
Je perds la tête, perdue entre l’état d’euphorie, de fou rire nerveux, les pleurs et la crise de nerfs. Et si mon psy avait raison ? Et si j’étais bipolaire ?

Ne pas allumer la télé, c’est ma compagne de crise, ma plus grande alliée, ma plus grande ennemie. Elle me regarde bâfrer, mais a la grande délicatesse de ne rien dire.
Quelques fois, elle doit essayer de me ramener à la réalité en me présentant des émissions prenantes et d’autres fois elle m’encourage avec des programmes merdiques à me remplir de bouffe faute de me remplir autrement.

Il faut m’occuper, le ménage ! Je vais faire le ménage !
Seulement c’est déjà propre !
Peu importe, je recommence, je repasse dans tous les recoins, je commence même à me demander si je ne devrais pas lessiver les murs, ça m’occuperait !

Quoi faire ? M’occuper ou rester comme un zombie, assise les genoux rapprochés de mon buste et ma tête penchée dessus pendant des heures en regardant dans le vide.
Je suis sûre qu’à cet instant une boulimique doit être en train de faire une crise quelque part, je l’envie, je la jalouse, je l’exècre ! La veinarde, si elle savait sa chance !
Ca y est, tout est complètement irrationnel, je commence à envier et à traiter de chanceuse une boulimique ! Mais mon Dieu, ce que je donnerai moi aussi pour ça !!

Je sauterai bien par la fenêtre, mais du quatrième étage, je ne me ferai que mal. Je ne sais plus quoi faire ni à quoi penser, elle est dans ma tête, j’ai déjà le goût des aliments en bouche, je ne pense qu’à ça, je me promène dans les rayons, je remplis mon panier, j’en rêve, comme si c’était le paradis…

J’ai tellement envie de sortir, tellement envie de mettre le nez dehors, mais tellement peur qu’elle gagne, pas toute cette souffrance pour rien ! A moins que, j’aie justement droit à mon soulagement ! Après tout, j’ai bien mérité de me défouler.
Mieux vaut que je ne sorte pas dans la rue, je suis remplie de haine, de mépris, j’aurai envie de baffer tous ces cons, tous ces simples, tous ces hypocrites dont je ne pense que du mal !
Ah s’ils savaient ! Pourquoi eux ne se prennent pas la tête à ce point là ?
Pleine de mépris, d’arrogance et de prétentions, emplie de haine et de violence, je ne pense que du mal des autres, ces corrompus, ces suffisants, ces cons, ces intéressés, ces débiles, des décérébrés, ces insensibles égoïstes, et pour plus de vulgarité : ces enculés !

Il est 17h, je n’ai rien fait d’autre de ma journée que lutter contre cette garce, contre ce monstre, contre cette chose inqualifiable, ma seconde voix, mon aliénation !
Une amie m’appelle et me conseille de manger quelque chose pour faire passer la crise, il y a une courgette et des champignons dans mon frigo… La malheureuse, surtout pas, si je commence, je n’arrête pas !

Je vais prendre ma deuxième douche de la journée, au moins sous l’eau chaude, j’oublie.
Je ne peux pas résister, je monte sur la chose, apeurée, pleine d’espoir. Quel espoir ?
Celui d’avoir une bonne raison de me faire du mal en voyant le poids monter ou stagner ou l’espoir de voir le poids baissé pour m’encourager à lutter contre elle ?!!
Enfin, la chose est gentille, 1 kilo de moins que samedi ! Merci ! Je ne gâcherai pas tout, je ne gâcherai pas tout, je résisterai !

Sortie de la douche, je ne pense qu’à elle. Oh je tuerai tout le monde, je frapperai pour du pain, pour une énorme viennoise, pour des pringles puis après tout je m’en fous, pourvu que je sois pleine à ras bord !
Heureusement une amie m’appelle (merci Dolorès), de quoi penser à autre chose, de quoi parler, de quoi m’occuper. Certains coups de fils m’exaspèrent tellement que je pense encore plus fort à la crise. Mais, Dolorès… Elle a un don pour me faire éviter les crises. C’est déjà arrivé plusieurs fois…

Il est 18h30 et une amie vient à la maison à 19h, je n’ai pas le temps de faire de crise et puis j’ai tellement tenu et ce avec un seul lexomil !
Je me mets à préparer à manger, à répartir les endives, les champignons, les tomates cerise, le poivron et le surimi dans des assiettes. Je n’ai toujours pas faim, mais mes jambes tremblent, je ne tiens plus debout. Pourvu qu’elle arrive, je sens des larmes arriver, la nervosité et trop grande. Et j’ai peur ! Si j’étais agressive avec elle, elle aussi est boulimique, si jamais je lui sautais dessus, me mettais à la frapper ou à l’insulter parce que, elle, a fait sa crise !

Elle en a fait deux, je veux tout savoir, chaque aliment, je me délecte de cette crise par ses mots. Je lui en veux, je la jalouse. Comment a-t-elle osé ? Elle savait pourtant !! Et moi ??

Un verre de rosée, je m’assois et me calme un peu, je croque quelques légumes et je me rends compte que j’ai osé en vouloir et envié une amie boulimique.
Mais sors de ma tête ! Mais qu’est ce que tu m’as fait ! Je n’en peux plus… Les larmes coulent et j’ai honte, j’en peux plus, je suis épuisée, complètement décalquée, je ne comprends plus rien, tous mes repères sont partis, je ne comprends plus rien. Je n’ai plus aucune morale, plus aucune clairvoyance, je suis dans un monde à part…

Finalement je n’aurai pas fait de crise hier j’ai même mangé le soir.
J’ai si peur, il est 14h, et elle est là depuis ce matin, encore et toujours. Je ne sais plus quoi faire.
Un jour sans crise, ça m’est souvent arrivé, mais jamais je n’ai résisté à une crise. J’ai déjà résisté à une compulsion qui aurait pu se terminer en crise, mais une crise de boulimie nerveuse : jamais.
Je fais des crises rien que par ennui, elle ne me dégoûte plus, j’étais comme résignée, comme si c’était moi, voilà, tant pis, on allait faire avec !

J’ai passé une journée atroce, j’aurai été en désintox, ça n’aurait pas été pire.
Et si j’acceptais l’antipsychotique finalement, après tout l’antidépresseur n’est pas suffisant…
Quand je lis sur les forums que des personnes ont arrêté la boulimie grâce au prozac !!





Par Juliette - Publié dans : Au quotidien
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Lundi 10 décembre 2007



Encore quelques cheveux sur l’oreiller.

Pas tout de suite, laisse-moi un instant, de toute façon je ne t’écouterai pas, espèce de garce, je me tiendrai, je résisterai, je t’emmerde, tu seras impuissante aujourd’hui.
Pas question de vomir une heure après mon réveil, pas question et puis vomir est si difficile le matin, je ne te donnerai pas une raison de plus de m’humilier.
Je me recouche un moment, je vais t’oublier, c’est juste un premier réveil, je m’éveillerai à nouveau et tu seras partie.

Il est 10h, tu es toujours là, mais vas t’en, pars, ne reviens pas, laisse-moi une journée au moins !
De toute façon, ça fait 3 jours que je saute le prozac, pas question que ça recommence. Je vais le prendre.
Tu vas voir, au moins 1h sans vomir.
Prozac, Lysanxia et Lamotrigine, entrez, faites effet, macérez, et surtout prenez votre temps. Oh si vous saviez, comme j’aimerais ne plus vous vomir et vous laisser m’aider, mais si seulement vous consentiez vous aussi à m’aider un peu.
Pourquoi entrer en moi, me shooter et ne pas me défendre contre cette sorcière qui m’habite, pourquoi ne suffisez vous pas à combler ce vide qui remplit mon âme ?
Combien d’autres molécules va-t-il falloir encore ajouter avant de se résoudre à la camisole ?

Trop tard, tu as gagné, me voilà dans le placard, je sors mon sac à crise, je fais bouillir de l’eau, pendant ce temps, je bois, je bois. Je sors les brioches, les viennoises, les gaufrettes, ça ne suffit pas, il faut rajouter des biscuits apéritif, il n’y en a pas assez, je vais prendre les yaourts, du tzatziki qu’il reste, je retrouve encore quelques biscuits salés, trempés dans du café, peu importe, il faut remplir, il faut ramollir cette nourriture. Il y a encore de la place, il faut faire chauffer de l’eau, il faut faire cuire des pâtes !
J’ai mal, ma tête tourne, j’ai des étourdissements, mais je dois tenir, encore quelques instants.
Tiens le coup, le temps que le liquide se mélange bien.
Je fume une cigarette pour être concentrée et ne pas m’évanouir, je rampe jusqu’aux toilettes et j’ai si mal.

Pourquoi encore une fois ? Et si je n’arrivais pas à vomir ?
C’est bloqué, je n’y arrive plus, ça ne sort pas, de la salive, voilà tout ce qui arrive, c’est très douloureux, mais peu importe, je force, jamais je ne laisserai ça rester.

Enfin ça arrive.
Il en reste, je le sens, il faut manger plus pour mieux vomir, je retourne finir les restes, tout ce qui traîne, je peux y retourner.
Je sens encore qu’il en reste, pourquoi est-ce si dur ?
Quelle bestialité, déshumanisée je dois « finir le boulot » avec les doigts, je me dégoûte, je me haie, je suis sa bête, sa pute, son esclave.

Il en reste, encore de l’eau, de l’eau chaude, en attendant que ça boue, j’avale de l’eau froide, je saute, je fait remuer mon estomac. Vomir l’eau pour faire partir les impuretés, vomir, se vider.

Tu m’as encore bien eu, je suis détruite, allongée sans tension, sans espoir et c’était bien aujourd’hui que je devais rappeler une amie du lycée que je n’ai pas vu et évité depuis plus d’un an ?
C’est donc pour ça ?
Est-ce que je lui écris que je ne peux pas, encore un mensonge ? Est-ce que je lui écris la vérité ? Que je suis devenue complètement folle, phobique et que je ne me sens pas prête à sortir, à les revoir ?
Est-ce que je l’appelle ? Je la vois, fais « comme si » et bois une bière avec elle à 16h pour ne pas réaliser que j’entendrai pour la énième fois « bravo pour ton régime, c’est super ! Mais tu t’arrêtes bientôt ? »

Je l’appelle et tout s’écroule, tout se passe mal. Est-ce que je dois m’énerver, hurler ou bien me taire et refouler ? De toute façon, je ne contrôle plus rien, c’est * elle * qui décidera.

Me revoilà dans la rue, mon haut de pyjama sous mon manteau, les cheveux attachés à la va-vite, et je cours dans les rues en quête de bouffe. Je me sens si vide, si seule, il faut remplir. Je ne veux plus l’entendre, je ne veux plus les entendre, je veux que tout et tout le monde se taise.
Ne pas oublier les chewing-gum, le prozac gène la déglutition, de la salive, de la salive, il faudra que ça sorte.
J’ai mon I-Pod sur les oreilles, à fond, toujours la même chanson qui tourne en boucle, le temps ne doit pas passer, tout doit s’arrêter.
Je demande en gardant le casque, des baguettes à la boulangère et rentre dans le Leader-Price, je remplis le panier. Surtout ne pas oublier le canard-wc, de prime importante, elle va finalement venir demain matin.
Je veux que mes toilettes soient exemplaires, je ne veux pas qu’elle sache ce que j’y fais, je lui ai fait croire que c’était terminé.
Ou alors, dois-je les laisser les plus crades possible pour qu’elle se rende compte de mon désarroi ?

Je mange encore, encore je comble, toujours je remplis.
J’ai si mal, j’ai des plaies sur les gencives, à l’intérieur, à l’extérieur, en haut, en bas, un aphte sur la langue.
Ca brûle, je ne peux plus et pourtant je continue, je veux faire taire cette bouffe, il faut remplir, il y a encore de la place, il faut qu’il y est assez de bouffe pour donner de la pression au vomissement.
Mâcher est une telle douleur, je pleure en serrant les jambes le plus fort possible, continuer, continuer… Je sens le goût du sang mêlé à la nourriture qui elle est insipide, juste une masse, juste une substance répugnante.

Une crise qui aura duré 6 heures durant, il est 18 h et je capitule, de toute façon, je n’ai plus de force, j’ai vomi 6 fois, ou 7, je ne sais plus, je ne veux pas savoir de toute façon.
J’arrête, j’en peux plus.
Mais je sais qu’il en reste, il en reste, je le sens, je le sais, je ne peux pas, je ne peux plus !
Je regarde les cachets effervescents faire leur travail, ça a un goût affreux, et pourtant en avalant, je sens la pureté s’installer, les bulles légères et salées. Un seul aurait suffi, mais pour plus de « pureté », j’en au mit 6.
Les laxatifs, c’est votre tour, après j’arrête, après je serais sûre, après je serai rassurée.
Une crise qui doit cesser, je ne peux plus vomir, ma déglutition est ralentie, j’ai des plaies dans la bouche, sur les gencives, sur la langue, ça brûle, ça doit s’arrêter.
Le goût est affreux, l’odeur reste sur mes mains, j’en peux plus et le contour de ma bouche me brûle.
Une amie doit venir, je dois sauver les apparences, j’ai une heure pour tout ranger, tout cacher, tout désinfecter et me laver moi en plus. Un coup de speed, de l’hyperactivité et mon cœur qui palpite. Vite, vivement ce soir, vivement cette nuit.
Mépronizine, ce sera ton tour, s’il te plait pense à moi, agis ce soir, j’ai besoin de repos, mes nerfs aussi.


J’en peux plus et je ne sais plus.
J’étouffe, je n’entends plus, je refoule.
J’avale pour ne plus entendre, pour les faire taire, je rempli pour ne plus être seule pour combler ce vide omniprésent et je recrache pour cracher sur les autres, pour vomir ma vie, me vomir moi-même.
Sauront-ils un jour à quel point je les méprise, à quel point je souffre ? Sauront-ils un jour le sens de mes actes ? Certainement pas, alors je reste seule dans ma destruction, dans ma quête énigmatique et psychotique : retarder, arrêter le temps.








Par Juliette - Publié dans : Au quotidien
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